"Being Bi in a Gay World" : un article de journal (et une BD en ligne)

Un minuscule billet si vous lisez l’anglais : je relaie ici un article de l’écrivaine américaine Maria Burnham, « Being Bi in a Gay World », publié sur son blog sur le site du journal en ligne The Huffington Post. Maria Burnham, bisexuelle, évoque sa propre expérience de la biphobie dans des soirées lesbiennes. C’est le cas classique : Maria est draguée par une lesbienne qui lui demande si elle est homo, elle répond qu’elle est bi, et là… Le contexte est américain, bien sûr, mais les phénomènes de rejet sont similaires partout.

Comme vous le verrez sans doute si vous cliquez sur les liens dont elle parsème l’article, Maria Burnham est aussi l’auteure d’une BD en ligne, Jesus Loves Lesbians, Too (oui, elle est aussi chrétienne), dessinée par Maggie Siegel-Berele. La BD fonctionne par séquences indépendantes de deux ou trois pages chacune. Burnham parle de sa bisexualité dans la planche « A Brief History of Me ». EDIT : Et aussi dans « Dating Roulette », où l’on voit un panel de réactions au « I’m bi ».

Je suis tombé sur cette actualité via le Bisexual Resource Center, une association bi créée à Boston en 1985 et qui, comme son nom l’indique, met à disposition une mine de ressources, livres, brochures, vidéos, liens, etc. sur la bisexualité (dernier exemple en date : une brochure en PDF  présentant des livres sur la bisexualité, très orientée grand public – il y a aussi énormément d’écrits universitaires sur le sujet aux Etats-Unis).

Bien entendu tout ça est américano-centré et surtout en anglais, ce qui n’est pas très pratique quand on maîtrise mal cette langue, mais ça me paraissait valoir la peine d’être relayé ici. A bientôt pour un autre billet plus substantiel !

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Pourquoi une communauté bi est nécessaire

Dans d’autres pays, en particulier aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, il existe des communautés bisexuelles déjà bien structurées et bien visibles. C’est le résultat d’un mouvement récent, qui n’a pris son essor que dans les années 1980-1990. En France, ce mouvement en est encore à ses débuts. La première association bisexuelle, Bi’cause, a été créée en 1997 mais existait déjà de fait depuis 1995 sous le nom de « Groupe bi ». La Journée internationale de la bisexualité, créée en 1999 par des militants bi américains, est célébrée en France depuis 2009, de façon encore modeste. Bref, à côté des fortes communautés gay et lesbienne, la communauté bi ne fait encore qu’émerger.

Les bisexuels eux-mêmes (du moins beaucoup de ceux que j’ai eu l’occasion d’écouter ou de lire) ne semblent pas toujours très optimistes sur l’avenir d’un mouvement bi. Tout se passe comme s’il fallait se contenter d’essayer de vivre heureux en vivant cachés, ou en tout cas sans remuer beaucoup. Et pourtant les bi ont visiblement besoin d’une communauté à eux, d’un mouvement qui porterait leurs propres intérêts, au dehors et au sein d’une communauté LGBT dont ils partagent en partie les combats, mais où il est nécessaire de faire entendre une voix distincte. Mais pourquoi ? Plusieurs raisons me font penser cela.

1. Parce que la bisexualité et les bisexuels sont encore invisibles. De nos jours, l’homosexualité tend à prendre sa place parmi les perspectives de vie « normales » que les jeunes gens ont en tête pour élaborer leur identité et imaginer leurs avenirs possibles. Même s’il reste encore du travail, les jeunes générations tendent à intégrer le fait que, lorsqu’on est un garçon, on n’est pas tenu de s’intéresser aux filles, et, lorsqu’on est une fille, de s’intéresser aux garçons. La culture dominante reste hétérosexuelle, mais on sait qu’on peut être homo, que ça n’est pas une maladie, ni une tare, ni un défaut, que c’est possible, même si ça n’est pas encore vu comme aussi normal qu’on pourrait l’espérer. La bisexualité, en revanche, c’est autre chose. En raison même de la catégorisation de la sexualité en orientations sexuelles binaires et nettement tranchées (l’hétérosexualité étant le désir exclusif pour les personnes du sexe opposé et l’homosexualité le désir tout aussi exclusif pour les personnes du même sexe), tout entre-deux possible tend à être effacé.

J’irai même jusqu’à dire qu’il est peut-être plus difficile d’être bisexuel (et de se concevoir comme tel) de nos jours qu’il y a un siècle ou deux, aux époques où il n’y avait pas d’identités essentialistes mais simplement des pratiques. L’époque présente est, en matière de sexualité, une dictature des cases : il y a deux grandes catégories, pratiquement assimilables à deux camps ou à deux mondes bien soigneusement distingués, où chacun est sommé de se ranger une fois pour toutes, en fonction d’une sorte de révélation mystique consécutive à une découverte de la sexualité qui engage la personne tout entière. Ce n’est plus « je suis un garçon et j’aime sortir avec des garçons », c’est « je suis homosexuel ». On ne devient pas homo ou hétéro, on le naît, ou alors cela se révèle à vous une fois pour toute. C’est une sorte de vérité intime et indéboulonnable, qui vous engage tout entier, et qui, pour un peu, autoriserait à vous lire tout entier (physique, goûts, idées, vision du monde) en fonction de ce que vous faites au lit. Étrange époque !

Ce classement bien lisse et bien tranché arrange tout le monde, au fond. Les hétéros sont rassurés : les homos ne sont décidément pas comme nous, ils ont leur univers qui a le droit d’exister mais seulement d’exister à part du nôtre, séparé bien qu’égal… Quant aux homos, une bonne partie de leur culture, qui est une contre-culture, s’est construite sur l’exagération de cette différence et sur l’élaboration de valeurs en rupture volontaire avec celles de la culture dominante. Voici donc distinguées les deux forces en présence : à ma droite le camp hétérosexuel, à ma gauche le camp homosexuel. C’est simple, quasi manichéen, et indécrottablement naïf à côté de la complexité des sentiments et des attirances que chacun expérimente dans la réalité, mais qu’il est indispensable, pour la paix sociale, de sangler dans un ordre simpliste.

Arrive quelqu’un qui se découvre une attirance pour les deux sexes. Il ne rentre nulle part. Chaque camp le somme de choisir le sien. Il hésite. Il n’y arrive pas. Il ne se reconnaît nulle part. On fronce les sourcils sur lui, on l’accuse de refoulement, de lâcheté, de traîtrise, de double-jeu. A vrai dire, à moins qu’il ait de la chance, on ne lui dira pas : « tu es bi », mais : « tu es bizarre, choisis donc ! » Mais le problème commence à se poser bien avant. Autant quelqu’un qui se découvre des attirances pour le même sexe saura de nos jours s’orienter sans trop de problèmes vers la communauté homosexuelle, autant quelqu’un qui (à l’adolescence ou bien plus tard) se découvre attiré par les deux sexes court tous les risques de n’avoir jamais entendu parler de bisexualité avant d’en faire l’expérience. Même les livres ou les fims où il est, de facto, question de bisexualité, n’emploient pas ce terme et ne sont pas évoqués en ces termes (sauf par les bi eux-mêmes). Un personnage qui, dans une intrigue quelconque, tombe amoureux et/ou fait l’amour tour à tour avec quelqu’un du sexe opposé et quelqu’un du même sexe est tout simplement conçu comme un personnage « hétéro qui devient gay », malgré le paradoxe criant d’une pareille affirmation. Tout est ramené à une binarité hétéro/homo ou interprété dans ces termes, même lorsque le discours qui en résulte est une absurdité complète. Rien d’étonnant, alors, que les bisexuels aient plus de mal que les homosexuels à reconnaître ce qu’ils sont, à savoir où se situer !

Non seulement il est important d’informer les gens que la bisexualité existe, qu’elle est possible et qu’elle n’est pas plus anormale que l’hétéro- ou l’homosexualité, mais il est important que les bisexuels soient visibles et puissent être visibles sans rien avoir à craindre, ni en dehors ni à l’intérieur de la communauté LGBT. Car il faut bien voir qu’au sein de la communauté LGBT, l’affirmation de l’homosexualité est en position dominante, tout comme l’affirmation de l’hétérosexualité l’est en dehors de la communauté. Et tant que les bisexuels ne donneront pas de la voix, les personnes qui se découvrent bi continueront à ne pas oser s’identifier (ou s’identifier ouvertement) comme tels.

2. Parce que la biphobie existe. Le « groupe bi » formé en 1995, précurseur de l’association Bi’cause, a été créé par des femmes bisexuelles qui en avaient assez d’être en butte à l’hostilité des lesbiennes dans les associations où elles se réunissaient auparavant (cette période des premières années de Bi’cause est détaillée par Catherine Deschamps dans son livre Le Miroir bisexuel, paru chez Balland en 2002 – un ouvrage passionnant dont j’aurai sûrement l’occasion de reparler ici). Comment expliquer la biphobie ? C’est une question complexe, qui mériterait un billet à part entière. Je me contente ici de cet exemple comme preuve qu’il existe bel et bien une forme de discrimination ciblant spécifiquement les personnes bisexuelles, et que cette discrimination peut être exercée non seulement dans les milieux (supposés) hétérosexuels mais aussi dans la communauté LGBT elle-même.

Sans avoir été confronté moi-même à une biphobie ouverte, j’ai plusieurs fois, en discutant au sein d’associations LGBT, constaté une certaine méfiance envers les bi de la part de gays et de lesbiennes. Si les imbéciles existent, il faut aussi faire la part des choses : cette méfiance est engendrée en partie par la méconnaissance de la bisexualité. L’ignorance étant un terrain propice aux préjugés hostiles, surtout lorsque la paresse intellectuelle et les raccourcis hâtifs s’en mêlent, c’est là encore une preuve qu’il est indispensable que les bi s’expriment et se fassent connaître. Et montrent aussi, certes, qu’il n’est pas tolérable de dire n’importe quoi à leur sujet.

3. Parce qu’il y a un mal-être (ou des mal-êtres) bi qui rendent nécessaires des espaces de discussion proprement bi. Des bi qui se sentent mal, il y en a beaucoup. Je ne sais pas si c’est connu (je pense que non, ou alors pas assez). Mais il y en a beaucoup. Deux preuves à l’appui de ça.La première, on la lit encore une fois dans Le Miroir bisexuel à propos des débuts de l’association Bi’cause. Catherine Deschamps observe à ce sujet p. 129 :

Les fondatrices avaient incontestablement sous-évalué l’incidence du mal-être de certains participants sur les activités du groupe. Alors qu’elles pensaient leur action avant tout en termes de visibilité offensive et de politique, les « souffrants » sont venus réclamer une aide sociale : avant d’envisager toute action d’affirmation, il fallait apporter un soutien, entourer et rassurer.

Personnellement, j’ai connu Bi’cause après la période des observations réalisées par Catherine Deschamps, et je ne me suis rendu pour le moment qu’à quelques réunions à intervalles très espacés ; mais c’était suffisant pour me rendre compte qu’il est toujours vrai que beaucoup de gens viennent aux réunion de Bi’cause (en particulier les réunions « Bi’envenue », spécialement consacrées aux nouveaux arrivants) non pas pour militer, mais d’abord pour bénéficier d’un espace de discussion. Autrement dit, pour être écoutés et pouvoir discuter avec d’autres bi, des gens à qui il est arrivé le même genre de choses, qui ont connu le même genre de situations et de problèmes.

La deuxième preuve, ce sont les multiples messages postés sur le forum du site Bisexualite.info (indépendant de Bi’cause), que je lis depuis plusieurs années. Beaucoup de gens viennent parler parce qu’ils sont dans une situation qui ne correspond à rien – ni hétéros, ni homos -, et qu’ils ont besoin d’en parler ailleurs que sur des forums gays. Plus encore, ils ont besoin de se situer. Certes, tous ne deviendront pas des militants bi avec drapeau, réunions, etc. Mais ils ont besoin d’un mot, d’une identité, qui puisse leur donner une idée de ce qu’ils sont et leur permettre d’en parler. Sur le plan psychologique, sans être un expert en la matière (loin de là), mais pour être passé par là moi-même et pour avoir lu ensuite de nombreux témoignages similaires, c’est une grande source de mal-être que de se découvrir une double attirance dans un contexte où l’on est sommé d’être soit hétéro, soit homo.

En dehors de ces situations de découverte de la bisexualité (qui peuvent arriver visiblement à tout âge de la vie, y compris passé la cinquantaine, à en juger par la grande diversité des gens qui viennent s’exprimer sur le forum), il y a aussi les nombreux problèmes liés au couple, et qui, s’ils brassent des enjeux de fidélité et de dialogue similaires à ceux que peut rencontrer n’importe quel couple (de même sexe ou de sexes différents), ne se posent pas dans les mêmes termes pour des personnes bisexuelles.

Enfin, il ne faut pas négliger non plus les témoignages de compagnons ou de compagnes de personnes bisexuelles, qui, sans être bi eux-mêmes, viennent tenter de comprendre, d’accompagner, en devant surmonter pour cela leurs inquiétudes et parfois leur méfiance envers leur partenaire.

Les réunions de Bi’cause comme le forum de Bisexualite.info se retrouvent donc investis de fonctions quasiment thérapeutiques. Les gens de Bi’cause ont même dû (toujours à lire Catherine Deschamps) rechercher des intervenants extérieurs qualifiés afin de répondre à ce besoin d’écoute et d’assistance psychologique. Ce n’est pas le cas lors de toutes les réunions, et ce n’est pas du tout le cas sur le forum… mais si ça fonctionne, c’est parce que, dans de tels espaces, les bi peuvent enfin parler ouvertement de leurs problèmes autrement que dans une grille de lecture homo/hétéro qui n’en prend pas en compte les besoins spécifiques. Ce qui m’amène à mon dernier point :

4. Parce qu’être bisexuel, ce n’est pas « juste » être « à la fois homo et hétéro ». Certains bi vous diront le contraire : ils se sentent tantôt « en mode homo », tantôt « en mode hétéro ». Sauf que les mêmes conviendront volontiers qu’ils éprouvent une attirance constante pour les deux sexes, même s’il y a souvent des préférences et des fluctuations à l’intérieur de cette double orientation générale. Or dire « à la fois homo et hétéro », ça ne veut rien dire. L’hétérosexualité et l’homosexualité se sont définies et bâties par exclusion l’une de l’autre, en opposition l’une à l’autre. Et, même en mettant de côté toute la part de conflit culturel dont j’ai parlé plus haut (ce besoin, tant chez les hétéros que chez les homos, d’une opposition bien nette et bien tranchée, mais qui s’avère artificielle), il y a le fait indéniable qu’il existe vraiment des personnes qui ne s’intéressent qu’à l’un des deux sexes et n’ont pas moyen de prendre du plaisir avec l’autre*. Mais lorsqu’on est attiré par les deux, on ne peut pas se définir en additionnant deux catégories mutuellement exclusives. Lorsqu’on est ambidextre, on n’est pas « à la fois droitier et gaucher ». Lorsqu’on est métis, on n’est pas « à la fois noir et blanc »…

À bien des égards, la situation des personnes bisexuelles est unique et ne peut absolument pas être ramenée aux problèmes des hétéros ou des homos. Elle appelle à ce titre une identité et une culture communautaire qui ne peuvent pas reprendre les mêmes thèmes (par exemple, il y a dans les communautés gay et lesbienne des plaisanteries récurrentes sur les gens de l’autre sexe dans lesquelles, en tant que bi, je ne me reconnais absolument pas : je suis un homme et j’apprécie les corps d’hommes, mais je me sens assez étranger par exemple aux blagues de certains gays sur l’étrangeté ou la laideur du corps féminin… plus généralement, il y a toute une part de non-mixité dans les communautés gay et lesbienne qui ne correspond pas – pour en avoir discuté avec d’autres bi – à ce qu’un bi peut attendre comme type de sociabilité).

Soyons clairs : il va de soi que les combats des bi sont à pas mal de titres les mêmes que ceux des homosexuels, tant sur le mariage que sur l’adoption ou l’accès au don du sang. Mais il est important qu’une identité proprement bi puisse s’affirmer et être reconnue comme distincte. Sans cela, les problèmes propres aux bi ne seront jamais pris en compte, avec tout le mal-être et les conséquences regrettables que cela ne manque pas d’entraîner.

En un mot : bi, exprimez-vous, faites-vous connaître, faites-vous entendre, tout le monde en a besoin ! 🙂

* L’affirmation selon laquelle « en fait tout le monde est bisexuel » est à cet égard, à mon avis, un mythe, un pur artifice de la rhétorique bisexuelle naissante : mais ce n’est pas parce qu’on a besoin de s’affirmer qu’il faut tomber dans des excès pareils !

Aux Etats-Unis, les femmes bi sont plus exposées à la dépression que les hommes bi

Une étude dirigée par une chercheuse de la George Mason University, aux États-Unis, et publiée fin octobre 2011, a apporté des données supplémentaires sur les risques de dépression et d’alcoolisme dans la population bisexuelle américaine. Cette étude aboutit à deux conclusions principales : d’une part, les adolescents bisexuels des deux sexes sont plus exposés que la moyenne à la dépression, au stress ou à l’alcoolisme ; d’autre part, on constate au fil du temps une baisse de ces risques chez les hommes bi, mais pas chez les femmes bi.

L’étude a été menée par Lisa Lindley, chercheuse à la George Mason University, en Virginie, et par Katrina M. Walsemann et Jarvis W. Carter Jr. de l’université de Caroline du Sud ; elle a été publiée le 24 octobre dans l’American Journal of Public Health. L’équipe a mené une étude à l’échelle nationale sur un échantillon de population représentatif comprenant 14 412 personnes (7 696 femmes et 6 716 hommes). L’étude a été menée sur le long terme, en deux temps : elle a été menée une première fois en 1994-95, puis une seconde phase a été menée en 2007-2008 (les personnes interrogées avaient alors entre 24 et 32 ans). Les personnes interrogées, en majorité blanches (68% et des poussières) et en bonne partie mariées (près de 44%), avaient un âge moyen de 28,8 ans. Environ 43% d’entre elles avaient suivi des études à l’université ou bénéficié d’une formation professionnelle.

Ces personnes ont été interrogées sur leur identité sexuelle (s’identifiaient-elles comme hétérosexuelles, homosexuelles, bisexuelles, « plutôt homos », « plutôt hétéros », ou sans revendication particulière ?) ; des questions distinctes ont porté sur leurs pratiques sexuelles (quel(s) étai(en)t le(s) genre(s) de leurs partenaires sexuels) et sur leurs attirances (par quel(s) genre(s) elles étaient attirées sexuellement). Le nombre de partenaires sexuels n’a pas été évalué. D’autres séries de questions ont porté sur les problèmes de santé de ces personnes, sur leur moral et leurs problèmes de dépression au moment de l’enquête, et ont mesuré plusieurs facteurs de risque comme le tabagisme et l’alcoolisme ; d’autres encore ont évalué les violences dont les personnes interrogées avaient été victimes (violences, agressions avec armes, etc.). L’usage de drogues dures n’a pas été évalué. Ces différentes séries de questions ont ensuite été analysées et rapprochées les unes des autres.

Les conclusions de l’étude montrent que les adolescents bisexuels de tout sexe sont fortement exposés à la dépression, au stress et à l’alcoolisme. Les risques diminuent avec l’âge chez les hommes bi. Chez les femmes bi, en revanche, ils restent tout aussi élevés avec l’âge. L’étude a également permis d’observer que les femmes qui s’identifient comme strictement hétérosexuelles ou strictement homosexuelles sont moins exposées que les femmes bisexuelles à différents facteurs de risque comme la dépression, l’alcoolisme ou le tabagisme, et qu’elles semblent moins en butte à des violences que les femmes bisexuelles.

Cette étude en appelle d’autres, car peu de recherches ont été menées jusqu’à présent sur les différentes identités sexuelles et sur les risques auxquels sont exposées chacune des communautés de la nébuleuse LGBT.

La directrice de l’étude, Lisa Lindley, reste prudente lorsqu’il s’agit d’expliquer ces risques particulièrement élevés auxquels sont exposées les femmes bisexuelles, et se contente de formuler quelques hypothèses. Elle suppose que cela peut être lié en partie aux discordances observées entre l’identité sexuelle, les attirances et les comportements de ces femmes : « Elles disent : je m’identifie comme ceci, mais je me comporte d’une autre façon et j’ai des attirances encore différentes » (« They’re saying, ‘I identify one way, but I behave in a different way and am attracted in another way »). De ce fait, ces femmes sont plus susceptibles de se sentir isolées et de ne pas bénéficier d’une écoute qui leur permettrait d’exprimer ce qu’elles vivent et ressentent.

Les hommes bi, de leur côté, ne se disent pas déprimés ou stressés au même point que les femmes bi ; ils fument moins et boivent moins. Lisa Lindley suppose que cela pourrait être dû à une plus forte appartenance des hommes à une communauté (en l’occurrence la communauté gay).

« Les femmes sont plus susceptibles d’avoir des identités sexuelles qui fluctuent avec le temps, tandis que chez les hommes, cela tend à être soit « je suis hétéro » soit « je suis gay. » (“Women are more likely to have sexual identities that fluctuate over time,” Lindley says. “Whereas with men, it tends to be either ‘I’m straight’ or ‘I’m gay.’”)

« Mais « Je ne sais pas » est la réponse la plus honnête », nuance Lindley. « Peut-être est-ce parce que les hommes, s’ils sont gays ou hétéros, ont une plus forte connexion avec leur communauté. Les femmes bisexuelles n’ont peut-être pas le sentiment qu’il existe une communauté pour elles. » (“I don’t know is the honest answer,” Lindley says. “Perhaps it’s because men, if gay or straight, have a stronger connection to their community. Bisexual women may not feel as if there is a community for them.”)

Lisa Lindley compte mener une autre étude portant spécifiquement sur les comportements des femmes bisexuelles, afin d’en apprendre davantage sur cette différence entre les sexes au sein de la population bi américaine.

Source principale : « Bisexual Women Suffer More from Health Risk Factors Than Males, Study Finds », article de Michele McDonald le 28 octobre 2011 sur le site « University News » de la George Mason University.

Deux articles de presse évoquant cette étude :
* « Bisexual women “more like likely to suffer depression than men” », article de Stephen Gray sur PinkNews le 9 novembre 2011.
* « Bisexual women depressed, binge-drink », article d’Ani dans The Times of India le 7 décembre 2011.

Décollage

Bonjour à toutes et à tous ! Je suis Silvius, et ceci est le Biplan, un blog où je vais tâcher de publier (régulièrement, si possible) des actualités en rapport avec la bisexualité, des billets sur la culture bi, ainsi que des réflexions personnelles sur la bisexualité (et probablement quelques domaines voisins).

Photographie en noir et blanc d'un homme qui s'envole accroché à un planeur biplan.
Planeur biplan dans les années 1920, Philadelphie, États-Unis.

Pourquoi la bisexualité ? Parce que je suis un bi, un jeune homme bi pour être un peu plus précis, et qu’il m’a semblé qu’il n’y avait pas assez de blogs spécifiquement consacrés aux bi sur Yagg. Je connais l’excellent blog de Prose, et il y en a certainement d’autres, mais je pense qu’à l’heure actuelle les bi en tout genre ne sont pas assez vus, et il est temps qu’on les voie – et qu’on les écoute. Or donc, les bi existent, la preuve, en voici encore un (de là à dire qu’ils « poussent de partout, comme des pâquerettes »…). L’avantage de ce blog, c’est que, moi qui me contentais jusqu’à présent de relayer à la rédaction de Yagg des actus bi qui n’étaient pas publiées, je vais pouvoir les relayer ici, moi-même, ce qui ne m’empêchera pas non plus de râler contre la place largement insuffisante consacrée aux bi dans les médias LGBT généralistes que sont Yagg et Tetu.com (je ne connais pas assez les autres pour en parler). La part d’actualité bi que contiendra ce blog viendra combler une absence coupable, mais qui doit cesser. (Rassurez-vous : je critique déjà, mais Yagg a aussi des qualités à mes yeux… sinon, je n’y ouvrirais pas un blog !)

Un deuxième élément m’a incité à lancer ce blog : pouvoir parler au titre d’homme bi, par distinction avec les femmes bi. Non que j’attache une importance démesurée à mon genre (je me soucie beaucoup plus d’être humain que d’être un homme), mais il faut croire que cette sorte de chose compte aussi pour se situer, se construire une identité. L’association Bi’cause a été créée par un groupe de femmes (même si j’y ai aussi croisé des hommes et des transgenres). Sur le forum du site Bisexualite.info, il y a beaucoup de femmes (même s’il y a aussi des hommes). A un moment donné, j’ai ressenti – de façon purement subjective, donc, car je n’ai aucune donnée rigoureuse pour étayer cette impression – un manque d’une parole d’hommes bi. Ou alors, c’est peut-être tout simplement un besoin de réfléchir un peu sur ce que c’est qu’être un homme bi de nos jours, par rapport à la vision de la masculinité que renvoient la culture dominante hétérosexuelle d’un côté et la culture gay de l’autre. Dans la mesure où je ne me reconnais complètement dans aucune des deux, il ne sera pas mauvais de se demander un peu ensemble ce que c’est qu’UN bi.

La troisième chose qui m’a incité à lancer ce blog, c’est l’envie de partager ce que je connais de la culture bi, et de contribuer à en construire une. Elle existe déjà (le titre du documentaire d’Arte La bisexualité, tout un art ? est très parlant là-dessus, même si les bi sont loin d’être tous artistes, bien sûr) mais elle peine encore à prendre conscience d’elle-même comme telle et à être employée par les bi comme moyen de se construire une identité et de s’y retrouver dans la vie. Il y a plusieurs raisons à cela, dont la moindre n’est pas (encore une fois) l’occultation aussi tenace qu’agaçante de la part de la bisexualité dans la culture, tant par l’hétérocentrisme que par la culture gay et lesbienne (eh oui, hélas). Verlaine ? Bisexuel, et pas seulement par vitrine comme on pourrait le croire (ses poèmes pornographiques, qui ne recherchent pas exactement le consensus au sens décent du terme, ont beau s’intituler Hombres, ils contiennent pas mal de mujeres aussi). Les personnages principaux des Chansons d’amour de Christophe Honoré ? Bisexuels, mais le mot a rarement été prononcé. Jack Harkness, de Doctor Who et Torchwood ? Pansexuel (il vous aime même alien) mais j’en ai lu parler comme d’un personnage gay, par confusion facile avec l’acteur qui l’incarne, John Barrowman. En dehors de ces références communes, sur lesquels un regard bi supplémentaire ne peut pas faire de mal, je vais parler aussi tout simplement de livres, de films, de sites web, etc. proprement bi, pour autant que je les connaisse assez pour ça.

Le tout nécessairement dans le désordre et posté dans le temps que me laissera le reste de ma vie, c’est-à-dire dans une sacrée pagaille. D’où le nom de « biplan » donné à l’appareil : pas seulement un plan bi (qui soit autre chose qu’un plan B, pour une fois) mais plus techniquement un appareil encore neuf, bricolé, pas encore très sûr, quasiment occupé à s’inventer en même temps qu’il vole, avec tous les cahots, les trous d’air et les frayeurs que ça peut occasionner. Lunettes steampunk recommandées.

Et enfin « biplan », aussi, parce qu’en devenant bi (ou en me découvrant bi, comme vous voudrez) j’ai eu l’impression de déployer une deuxième paire d’ailes que je ne me connaissais pas, et de m’envoler d’un coup. Effrayant, exaltant, intimidant… il se trouve que le militantisme bi en France n’est pas beaucoup plus vieux, à son échelle, que moi à la mienne. En tout cas, le vol ne fait que commencer. Donc, bi’envenue, comme ils diraient à Bi’cause !