Aux Etats-Unis, les femmes bi sont plus exposées à la dépression que les hommes bi

Une étude dirigée par une chercheuse de la George Mason University, aux États-Unis, et publiée fin octobre 2011, a apporté des données supplémentaires sur les risques de dépression et d’alcoolisme dans la population bisexuelle américaine. Cette étude aboutit à deux conclusions principales : d’une part, les adolescents bisexuels des deux sexes sont plus exposés que la moyenne à la dépression, au stress ou à l’alcoolisme ; d’autre part, on constate au fil du temps une baisse de ces risques chez les hommes bi, mais pas chez les femmes bi.

L’étude a été menée par Lisa Lindley, chercheuse à la George Mason University, en Virginie, et par Katrina M. Walsemann et Jarvis W. Carter Jr. de l’université de Caroline du Sud ; elle a été publiée le 24 octobre dans l’American Journal of Public Health. L’équipe a mené une étude à l’échelle nationale sur un échantillon de population représentatif comprenant 14 412 personnes (7 696 femmes et 6 716 hommes). L’étude a été menée sur le long terme, en deux temps : elle a été menée une première fois en 1994-95, puis une seconde phase a été menée en 2007-2008 (les personnes interrogées avaient alors entre 24 et 32 ans). Les personnes interrogées, en majorité blanches (68% et des poussières) et en bonne partie mariées (près de 44%), avaient un âge moyen de 28,8 ans. Environ 43% d’entre elles avaient suivi des études à l’université ou bénéficié d’une formation professionnelle.

Ces personnes ont été interrogées sur leur identité sexuelle (s’identifiaient-elles comme hétérosexuelles, homosexuelles, bisexuelles, « plutôt homos », « plutôt hétéros », ou sans revendication particulière ?) ; des questions distinctes ont porté sur leurs pratiques sexuelles (quel(s) étai(en)t le(s) genre(s) de leurs partenaires sexuels) et sur leurs attirances (par quel(s) genre(s) elles étaient attirées sexuellement). Le nombre de partenaires sexuels n’a pas été évalué. D’autres séries de questions ont porté sur les problèmes de santé de ces personnes, sur leur moral et leurs problèmes de dépression au moment de l’enquête, et ont mesuré plusieurs facteurs de risque comme le tabagisme et l’alcoolisme ; d’autres encore ont évalué les violences dont les personnes interrogées avaient été victimes (violences, agressions avec armes, etc.). L’usage de drogues dures n’a pas été évalué. Ces différentes séries de questions ont ensuite été analysées et rapprochées les unes des autres.

Les conclusions de l’étude montrent que les adolescents bisexuels de tout sexe sont fortement exposés à la dépression, au stress et à l’alcoolisme. Les risques diminuent avec l’âge chez les hommes bi. Chez les femmes bi, en revanche, ils restent tout aussi élevés avec l’âge. L’étude a également permis d’observer que les femmes qui s’identifient comme strictement hétérosexuelles ou strictement homosexuelles sont moins exposées que les femmes bisexuelles à différents facteurs de risque comme la dépression, l’alcoolisme ou le tabagisme, et qu’elles semblent moins en butte à des violences que les femmes bisexuelles.

Cette étude en appelle d’autres, car peu de recherches ont été menées jusqu’à présent sur les différentes identités sexuelles et sur les risques auxquels sont exposées chacune des communautés de la nébuleuse LGBT.

La directrice de l’étude, Lisa Lindley, reste prudente lorsqu’il s’agit d’expliquer ces risques particulièrement élevés auxquels sont exposées les femmes bisexuelles, et se contente de formuler quelques hypothèses. Elle suppose que cela peut être lié en partie aux discordances observées entre l’identité sexuelle, les attirances et les comportements de ces femmes : « Elles disent : je m’identifie comme ceci, mais je me comporte d’une autre façon et j’ai des attirances encore différentes » (« They’re saying, ‘I identify one way, but I behave in a different way and am attracted in another way »). De ce fait, ces femmes sont plus susceptibles de se sentir isolées et de ne pas bénéficier d’une écoute qui leur permettrait d’exprimer ce qu’elles vivent et ressentent.

Les hommes bi, de leur côté, ne se disent pas déprimés ou stressés au même point que les femmes bi ; ils fument moins et boivent moins. Lisa Lindley suppose que cela pourrait être dû à une plus forte appartenance des hommes à une communauté (en l’occurrence la communauté gay).

« Les femmes sont plus susceptibles d’avoir des identités sexuelles qui fluctuent avec le temps, tandis que chez les hommes, cela tend à être soit « je suis hétéro » soit « je suis gay. » (“Women are more likely to have sexual identities that fluctuate over time,” Lindley says. “Whereas with men, it tends to be either ‘I’m straight’ or ‘I’m gay.’”)

« Mais « Je ne sais pas » est la réponse la plus honnête », nuance Lindley. « Peut-être est-ce parce que les hommes, s’ils sont gays ou hétéros, ont une plus forte connexion avec leur communauté. Les femmes bisexuelles n’ont peut-être pas le sentiment qu’il existe une communauté pour elles. » (“I don’t know is the honest answer,” Lindley says. “Perhaps it’s because men, if gay or straight, have a stronger connection to their community. Bisexual women may not feel as if there is a community for them.”)

Lisa Lindley compte mener une autre étude portant spécifiquement sur les comportements des femmes bisexuelles, afin d’en apprendre davantage sur cette différence entre les sexes au sein de la population bi américaine.

Source principale : « Bisexual Women Suffer More from Health Risk Factors Than Males, Study Finds », article de Michele McDonald le 28 octobre 2011 sur le site « University News » de la George Mason University.

Deux articles de presse évoquant cette étude :
* « Bisexual women “more like likely to suffer depression than men” », article de Stephen Gray sur PinkNews le 9 novembre 2011.
* « Bisexual women depressed, binge-drink », article d’Ani dans The Times of India le 7 décembre 2011.

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