Manifestation du 27 janvier : Bi'cause toujours là !

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Demain dimanche 27 janvier  aura lieu un nouveau rassemblement à Paris pour soutenir le projet d’ouverture du mariage et de l’adoption – et de la PMA – aux couples de même sexe. Comme lors de la précédente manifestation, Bi’cause sera au rendez-vous pour aider à représenter les personnes bisexuelles dans ce cortège, dans un débat où les bi sont complètement oubliés mais luttent eux aussi pour les droits des LGBTIQ+++.

Voici d’abord le communiqué de l’association (il date du 12, d’où l’allusion à la manif des anti le 13) :

Chère amie, cher ami,

 Il faudrait vivre sur une île déserte (sans Internet !) ou dans le blizzard sous un igloo pour ne pas être au courant de la démonstration que les « antis » préparent pour ce week-end.

 De leur côté, l’intolérance, le rejet, le refus, l’inégalité.

 Du nôtre, du côté que nous partageons, celles et ceux qui représentent toute la diversité de la société : le homos, les hétéros, les bis et les autres, les jeunes et les moins jeunes, les parents et les enfants, l’ouverture…

 Oui, Bi’Cause partage les valeurs pour l’égalité des droits, quels qu’ils soient. Oui, Bi’Cause se sent bien dans ce mouvement qui monte et prend de l’ampleur, et ce, quelles que soient les positions personnelles sur « l’institution mariage », sur le fait d’être individuellement attiré par elle ou non.

 Oui, Bi’Cause se sent partie prenante de cette chaleur qui se construit, et qui devrait submerger les rues, de Paris le 27 janvier, de province aussi.

Nous vous invitons, si vous habitez en province, à rechercher une éventuelle manifestation, notamment le 19 janvier, dans votre ville ou dans une ville proche. Et si vous le voulez, belote et rebelote, nous vous accueillerons avec plaisir le 27 dans notre petit cortège(*).

Oui, nous voulons faire entendre la voix des bisexuelles et bisexuels lors de ces journées, cette voix que résume notre conviction :

« Aimer en toute légalité, c’est aimer en toute égalité ».

Et les informations pratiques pour retrouver Bi’cause : le cortège de l’association se trouvera à hauteur du 98, boulevard Arago pour prendre le départ de la manifestation à 14h avec le reste du cortège.

Venez nombreuses et nombreux !

(Au fait, si vous n’avez pas de drapeau bi à apporter, sachez que l’association en vend généralement : de mémoire, c’est 10 euros par défaut, 5 euros pour les adhérents. Sinon, on peut aussi en trouver sur Internet, bien sûr, mais vu le délai de commande c’est plutôt à faire en prévision des prochaines manifs.)

Drapeau de la fierté bisexuelle. Source : Wikimedia Commons.
Drapeau de la fierté bisexuelle. Source : Wikimedia Commons.

Pour la manifestation de demain et pour les prochaines, je rappelle quelques sites précieux pour se tenir au courant des rassemblements dans les différentes régions de France et pour la logistique (covoiturages, logements, préparations de slogans et d’affiches, etc.) :

Pridemap pour les rassemblements en province et la logistique de déplacement.

Agissons pour l’égalité pour l’organisation, les argumentaires et les affiches.

– Si vous êtes sur les réseaux sociaux, prenez le temps de chercher les nombreux événements consacrés au soutien à ce projet de loi, par exemple l’événement Facebook de la manif’ du 27.

– Des petites choses utiles : le tract-argumentaire de l’Inter-LGBT (lien vers le document pdf sur leur site), et une BD pro-mariage avec de vrais arguments dedans sur le blog BD de Silver (merci à lui !).

Enfin et surtout, si jamais vous ne pouvez pas venir vous-même :

– Pensez à manifester votre soutien à vos fenêtres et/ou sur Internet, sur les forums, les réseaux sociaux, etc.

– Parlez-en autour de vous, invitez les gens à venir, et, si vous tombez sur des opposants au projet, argumentez pied à pied !

Bonne manifestation à tous et à bientôt pour la suite !

Une bisexuelle parisienne dans les années 1920-1940

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Ce n’est qu’une brève, mais ce n’est pas si souvent qu’on voit passer des travaux universitaires sur la bisexualité en France (et en français), alors je relaie ici une annonce de parution dénichée par le blog de l’association bi lyonnaise France Bisexualité Info : un article d’Anne-Claire Rebreyend paru dans le n°119 de la revue savante Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique et intitulé « Des amours bisexuelles dans le Paris des années 1920 aux années 1940 : le parcours de Charlotte ». Le numéro dans son ensemble a pour thème « Homosexualités européennes (XIXe-XXe siècles) » et paraîtra avant la fin janvier 2013. Voici l’aperçu de l’article fourni sur le site de la revue sur Revues.org, l’un des principaux portails français de revues universitaires :

Plan

La question de l’identité sexuelle
Désirs et plaisirs bisexuels

Aperçu du texte

« Paris est une fête » proclame Hemingway, fasciné par la liberté des mœurs parisiennes dans l’entre-deux-guerres. Il est vrai que la vie festive, la tolérance et surtout l’anonymat de la capitale française, permettent à des femmes de vivre plus librement leurs amours homosexuelles ou bisexuelles que dans les petites villes ou les villages de province. La visibilité lesbienne est réelle dans le Paris des années 1920, où la mode de la garçonne séduit nombre de femmes, et parmi elles des homosexuelles ou des bisexuelles qui en font un signe de reconnaissance. Dans les années 1940, le climat se durcit, imposant plus de discrétion à ces femmes dont le comportement ne correspond pas aux normes de la conjugalité et de la maternité. Si l’on connaît bien la vie et les amours de lesbiennes et/ou bisexuelles célèbres à Paris comme Natalie Clifford Barney, Sylvia Beach, Gertrude Stein, Alice B. Toklas ou Colette, il est plus difficile de retracer les désirs et les plaisirs de femmes anonymes. …

L’article n’est pas intégralement disponible en ligne : il le sera en… avril 2015, Cahiers d’histoire faisant partie des revues qui ont choisi de mettre en ligne librement leur contenu mais avec un décalage d’un ou deux ans. Toutefois, le sommaire complet du numéro se trouve là et que la plupart des articles qui ne relèvent pas de ce dossier thématique sont déjà en ligne. Notez tout de même que le mot de la rédaction introduisant le numéro (et le dossier) est déjà consultable.

Mais pour l’article sur le parcours bi de Charlotte, rendez-vous dans quelques années… sauf si vous avez la chance de pouvoir accéder à une bibliothèque universitaire qui reçoit cette revue, auquel cas c’est le moment où jamais d’aller y faire une petite expédition !

Si vous n’en avez pas la possibilité, vous pouvez toujours aller fouiner dans les anciens numéros de la revue, qui, sont intégralement disponibles en ligne à partir de 2001, par exemple justement le n°84 de 2001, « Sexualité et dominations ». Ou bien vous tourner vers d’autres revues intéressantes sur le portail : la plus « en plein » dans les thèmes LGBT est la revue de sociologie Genre, sexualité et société mais il y a aussi la revue d’histoire Clio. Histoire, femmes et sociétés.

Voilà, c’était l’occasion de signaler les trésors de culture que les universitaires mettent en ligne en permanence sur le Web, mais qui n’ont pas toujours la médiatisation qu’ils méritent. Si vous êtes étudiant-e, jetez-vous dessus, et sinon… pareil !

"Plus gay sans mariage" : le nuage de fumée de Xavier Bongibault

Bon, pas besoin de vous redonner le contexte… Je voudrais simplement poser une question urgente.

Voilà : Xavier Bongibault, la « caution gay » des militants anti-mariage pour tous, se présente partout comme le « président de l’association Plus gay sans mariage ».

Ma question est : cette association existe-t-elle ? Si elle existe, a-t-elle une existence autre qu’administrative ? Combien d’adhérents compte-t-elle ? En dehors du fait d’avoir des adhérents, que fait-elle (en dehors de servir de caution à Bongibaut) ? Et surtout, que représente-t-elle réellement ?

Pour le moment, en tapant « Plus gay sans mariage » dans un moteur de recherche, on tombe sur un blog WordPress qui ne compte qu’un seul billet, posté en juillet 2012, qui consiste lui-même en une image contre le mariage pour tous. Si vous cliquez sur « A propos », il n’y a rien. Voilà tout ce que je peux trouver pour le moment. Les annonces d’associations parues au Journal officiel ? Rien. Le chiffre de 250 membres qu’on trouve dans deux ou trois articles sur le Web ? Je ne trouve aucune source. Tout le reste, ce sont des articles, soit sur des sites d’extrême-droite (la fachosphère, quoi), soit dans les médias.

Vous pardonnerez mon caractère terriblement sceptique. Je ne crois pas à la réalité de cette association. Je crois déjà à peine à Xavier Bongibault (à peine davantage à Frigide Barjot, d’ailleurs).

Je pense que tout le pays, y compris les médias généralistes, est actuellement victime d’une campagne de comm’ adroitement ficelée menée par une minorité d’opposants farouches et bien organisés au projet de loi, qui, en vrais petits terroristes de l’information, sont occupés depuis quelques mois à se faire passer pour beaucoup, beaucoup plus représentatifs qu’ils ne sont de la réalité du pays, et qui en profitent pour embringuer les hésitants en agitant leurs pires fantasmes, par désinformation interposée (vous savez, « parent 1, parent 2 » et autres mensonges).

Un nuage de fumée qui essaie d’allumer le feu.

Mais au bout d’un moment, il faut arrêter de tousser et dissiper la fumée.

Bien sûr, je ne dis pas qu’il n’y a pas vraiment d’opposants à cette loi dans l’opinion ; je dis qu’une petite minorité farouche déploie en ce moment une comm’ monstre pour donner à ses idées réacs beaucoup plus d’importance qu’elle n’en ont réellement dans le pays en 2012-2013.

Si, comme je le pense, cette association n’a pas vraiment d’existence, alors, à quel titre ce monsieur Bongibault se répand-il dans les médias depuis des semaines ? À quel titre est-il interviewé par tous, plutôt que… n’importe qui d’autre, en fait ? À quel titre, à part celui d’avoir été littéralement inventé en quelques semaines grâce aux efforts d’une poignée de militants et une série de soutiens ponctuels opportunistes, bien contents de compter une nouvelle faction, fût-elle fictive, parmi leurs rangs qu’ils grossissent déjà par toutes sortes de procédés douteux ?

Parce que bon, moi je fais partie d’au moins trois ou quatre associations et je peux m’arranger pour entrer au bureau d’une ou deux, si je sais que ça va me permettre d’être partout dans les journaux et à la télé du jour au lendemain…

Alors, quelqu’un a plus d’informations ? (Des vraies, je veux dire.)

Parce que bon, en l’absence d’autre chose, pour moi, Bongibault n’est rien du tout.

Il pourra être roi à la prochaine galette, s’il veut. Et encore. Il faudra qu’il trouve la fève. Sinon, nada.

Il est plus que temps que cette mauvaise farce, dont les médias qu’on croyait les plus sérieux finissent par être aussi les dupes, se termine enfin.

EDIT le 22 mars 2013 : le site du journal Le  Monde publie aujourd’hui une enquête de Samuel Laurent : « Derrière la grande illusion de la « Manif pour tous » ». Le journaliste y montre notamment qu’un tiers des associations composant la « Manif pour tous » sont des coquilles vides. Pourquoi a-t-il fallu attendre des mois pour qu’un travail journalistique sérieux soit effectué en profondeur sur ce mouvement, alors que les médias LGBT et des gens comme moi (je n’étais pas le seul, loin de là) avaient dénoncé depuis longtemps ce nuage de fumée organisé ? Enfin, mieux vaut tard que jamais…

DucDeWestminster(Illustration : De Cape et de crocs, d’Ayroles et Masbou, tome 4, page 10.)