Est-ce "fatigant" d'être bi ? Le mythe de la bisexualité comme hypersexualité

L’autre jour, une de mes amies (bi et militante) m’envoie un message hilare sur le mode : « Tu ne devineras jamais ce que je viens d’entendre ! » Au cours d’une discussion, quelqu’un avait dit : « Mais enfin quand même, ça doit être fatigant d’être bisexuelle ! T’imagines ? »

La remarque a beaucoup fait rire l’amie en question et moi aussi. Naturellement, nous ne pensons pas du tout qu’être bi soit particulièrement fatigant. En revanche, nous n’avions pas beaucoup de mal à voir en gros les clichés sur les bi qui pouvaient être à l’origine de cette phrase. « Aimer à la fois les hommes et les femmes, à la fois les gens du même sexe et les gens du sexe opposé, ça doit être fatigant à force ! »

Mais l’anecdote m’est restée dans un coin de la mémoire. En plus d’être drôle, elle avait quelque chose de surprenant. Sérieusement, pourquoi diable s’imagine-t-on des choses pareilles, qui sont évidemment fausses, avec autant de facilité ? Cela m’a donné envie de creuser un peu le sujet. Je n’ai pas souvent moi-même de grandes discussions avec mes amis ou connaissances à propos de bisexualité, ni de sexualité en général. De ce fait, ce sont souvent de petites remarques de ce genre qui laissent entrevoir la conception qu’ont les gens de la sexualité, et notamment des sexualités différentes de la leur. Et elles me semble assez révélatrices de l’ignorance, des préjugés quelque peu candides, et plus généralement des représentations et de l’imaginaire qui les influencent.

En plus, cela commençait à faire une éternité que je n’avais pas posté d’article de réflexion de fond sur ce blog, et il était temps d’y remédier.

Des dangers de l’arithmétique sexuelle candide…

Reprenons au ralenti.

« Ça doit être fatigant d’être bi ! »

Je précise que mon but n’est pas de hurler à la biphobie ou à une discrimination quelconque, ce qui ne servirait d’ailleurs à rien. L’intention n’est visiblement pas médisante. Ce genre de remarque me semble seulement typique des gens qui, avant toute chose, ne savent tout simplement pas ce que c’est que la bisexualité, ne connaissent pas de bi, n’ont jamais vu passer d’article sur le sujet et n’ont pas essayé de s’informer un minimum pour étayer (ou non) les idées reçues qu’on peut se former sur tout ce qu’on ne connaît pas. Evidemment ce genre de remarque n’a pas plu à mon amie et ne m’a pas plu non plus : on voit facilement que de cet imaginaire bizarre formé autour de la bisexualité à la discrimination biphobe, il n’y a qu’un pas qui est vite franchi (on le verra plus loin), même s’il ne l’était pas vraiment dans l’anecdote que je viens de rapporter, du moins pour ce que j’en ai su. Mais avant de monter sur mes grands chevaux roses, violets et bleus, il m’a paru important  de m’interroger sur la naissance de ces préjugés. Qu’est-ce qui fait que, pour quelqu’un qui ne connaît pas du tout le sujet, cela peut sembler « fatigant » d’être bi ?

Le premier sous-entendu qu’on peut trouver dans cette phrase, c’est que la bisexualité n’est pas considérée toute seule : elle est « fatigante » par comparaison avec l’hétérosexualité ou l’homosexualité. Lesquelles pourraient tout à fait être jugées « fatigantes » pour tout un tas de raisons : après tout, ressentir du désir pour les gens au quotidien, tomber amoureux, se heurter souvent aux refus, aux déceptions, aux échecs, à la frustration, sont bel et bien quelque chose de fatigant à vivre. Au fond, on n’aurait pas beaucoup de mal à soutenir que toute sexualité et toute vie amoureuse sont fatigantes. Ce n’est pas pour rien que, depuis des millénaires, les philosophes, les sages, etc. écrivent des traités entiers sur le meilleur moyen de maîtriser ses désirs et d’atteindre l’ataraxie, l’adiaphoria et autres notions techniques apparentées de près ou de loin à la sérénité.

Mais il semble ici que la bisexualité doive avoir quelque chose de particulier par rapport aux autres orientations sexuelles, qu’elle soit plus fatigante que l’hétérosexualité ou l’homosexualité. Pourquoi ?

On pourrait dire : « Peut-être parce que les personnes bisexuelles font l’objet de discriminations particulières, qu’elles sont encore trop peu représentées, souvent méprisées, etc. » Mais visiblement ce n’était pas le propos. Il s’agissait de comparer les orientations sexuelles prises en elles-mêmes, sans rapport à un contexte social particulier. Alors pourquoi ?

Qu’est-ce qui différencie la bisexualité de ces deux autres orientations sexuelles que sont l’hétérosexualité et l’homosexualité ? C’est le fait que ces deux-là sont aussi des « monosexualités », c’est-à-dire des attirances éprouvées potentiellement envers les personnes d’un seul sexe, ou plutôt d’un seul genre – grosso modo. Les bi sont les seuls à être attirés potentiellement par des personnes des deux sexes.

Pour quelqu’un qui ne connaît pas du tout la bisexualité, le premier moyen de la définir consiste donc à réaliser une espèce d’opération d’arithmétique sexuelle : la bisexualité, en gros, ce serait l’hétérosexualité plus l’homosexualité.

Si je pose l’équation : Homo + hétéro = bi, un peu comme 1 + 1 = 2.

Et au fond c’est bien la définition étymologique de la chose : la bisexualité est une sexualité « double », caractérisée par l’attirance pour deux sexes, au lieu d’un seul comme la majorité des gens. Techniquement, donc, c’est vrai.

… surtout quand la norme hétéro s’en mêle

Là où les choses se compliquent, c’est lorsqu’on quitte le domaine de la définition technique, pratique, et qu’on entre dans le domaine des connotations dont le mot et sa définition sont porteurs.

Les connotations, ce sont tous les petits points d’accroche où l’imagination vient se nicher, elle-même la main dans la main avec sa grande amie l’émotion, tandis que leur pote le jugement moral ne se balade jamais très loin. C’est normal, et c’est ce qui fait que nous ne sommes pas des ordinateurs, puisque nous ne nous contentons pas d’enregistrer froidement des « données » ou des « informations » qui seraient purement factuelles, mais que nous réagissons à elles comme deux produits chimiques réagissent ensemble, de façon très complexe, pour le meilleur et le pire.

(Il  y a  ça, et il y a le fait que la définition ci-dessus est tout sauf purement factuelle et objective : le choix des termes de la définition, de l’approche adoptée et du nom même de bisexualité ne sont pas « factuelles » ou « objectives ». Toute définition n’est jamais qu’une approche de quelque chose selon une méthode donnée, et toute définition a ses limites, comme nous le verrons plus loin pour la définition de la bisexualité dont nous sommes partis. C’est pour ça qu’il est rarement mauvais de réfléchir sur les mots qu’on emploie, sur les concepts et les notions qu’on manie, afin de les confronter entre eux et de nuancer leurs limites habituelles.)

Bref, quelles sont donc les connotations courantes qu’éveille une pareille définition d’une orientation sexuelle ?

Eh bien, il y a un côté extraordinaire. Non pas un type d’attirance, mais deux. Une attirance double qui s’oppose à deux attirances qui par contraste ont l’air « simples ». Si nous partons de la norme hétérosexuelle telle qu’elle a régné disons aux XIXe et XXe siècles, avec ses postulats de base qui sont qu’il existerait deux sexes distincts et étanches et deux formes de sexualité distinctes et étanches, la « normale » étant celle qui consiste à désirer les gens du sexe opposé, nous voyons que, aux yeux de quelqu’un qui a endossé cette norme (c’est-à-dire beaucoup de gens, de nos jours),  l’homosexualité déroge à la norme sur le mode du retournement : les homosexuels sont des gens qui désirent non pas l’autre sexe mais le même sexe. La bisexualité, elle, a pour caractéristique principale une idée d’accumulation : non pas l’un ou l’autre, mais les deux. Par rapport à la norme hétérosexuelle, la bisexualité ainsi définie est doublement transgressive. Elle remet en cause non pas seulement l’idée que l’attirance « normale » serait l’attirance pour les gens du sexe opposé, mais aussi le postulat plus fondamental selon lequel il existerait deux sexualités distinctes et étanches.

Autrement dit, pour quelqu’un qui a cette norme en tête (et nous y avons tous eu droit à un moment donné), la personne bisexuelle est davantage transgressive que la personne homosexuelle. La personne homosexuelle ne fait que subvertir, retourner l’attirance présentée comme « normale », mais elle reste dans la norme au sens où elle a le bon goût d’être complètement différente. Elle a un côté symétrique. Les gens du sexe opposé pour l’hétéro, les gens du même sexe pour l’homo. Les deux se complètent tout en restant admirablement séparés. La personne bisexuelle, en revanche, transgresse cette symétrie parfaite. Elle dépasse le cadre qui a instauré cette division.

Mais de ce fait, puisqu’elle est comprise comme ce qui accumule les deux, elle devient ce qui enveloppe tout. Elle a des airs de totalité, tout comme la figure de l’androgyne est parfois conçue comme l’être qui accumule en lui tout l’humain en étant à la fois homme et femme dans un seul corps. La personne bisexuelle, dans cette perspective, semble être, de son côté, celle qui totalise par son attirance toute la sexualité possible. La bisexualité est l’attirance-limite, l’attirance qui se confond avec le cadre de toutes les attirances possibles, l’attirance qu’on ne peut pas dépasser parce qu’elle dépasse tout le reste elle-même. La personne bisexuelle est la personne qui désire non pas telle ou telle partie de l’humanité, mais tout le monde.

Ces airs extraordinaires sont donc liés à l’aspect transgressif de la bisexualité et au fait que, dans la perspective adoptée par la norme hétérosexuelle, elle ne peut qu’être placée sous le signe de l’excès, et même du superlatif, du plus haut degré possible, du désir le plus étendu possible. La bisexualité est alors considérée comme l’hypersexualité, la sexualité « la plus sexuelle » qui soit.

Avec cette idée-là va une autre idée, qui se glisse insidieusement dans la tête à ce moment-là : celle que la bisexualité serait nécessairement plus intense, plus puissante que les autres sexualités.

Mais pourquoi aboutit-on si facilement à un tel glissement ? Faisons une pause et voyons ça.

Reprenez les définitions dont nous sommes partis. Elles définissent les orientations sexuelles en fonction du ou des sexes des gens qu’une personne désire potentiellement. Une personne homosexuelle peut désirer des gens du même sexe qu’elle. Une personne hétérosexuelle peut désirer des gens de l’autre sexe. Une personne bisexuelle peut désirer des gens du même sexe et/ou des personnes de l’autre sexe.

Mais le danger de l’arithmétique sexuelle à laquelle on se livre par commodité pour se représenter la bisexualité quand on ne la vit pas soi-même, c’est qu’elle a vite fait de faire oublier un mot important de la définition (enfin, tous les mots sont importants dans une définition) : l’idée qu’il s’agit des attirances potentielles d’une personne. Il s’agit de définir le champ des possibles. Cela ne veut pas du tout dire qu’une personne bisexuelle désire en permanence et à la fois l’ensemble des personnes qui peuvent l’attirer. D’où l’intérêt du « et/ou » que j’ai casé dans la définition de la bisexualité au paragraphe précédent.

Nous touchons là au nœud du problème, qui est au fond très simple dès lors qu’on l’envisage en termes de logique. Les définitions des orientations sexuelles utilisent pour critère un certain attribut des personnes désirées. L’homosexualité peut se définir comme l’attirance d’une personne envers des sujets appelés êtres humains qui ont pour attribut d’être du même sexe qu’elle. Idem pour l’hétérosexualité, l’attribut des personnes désirées étant d’être de l’autre sexe. La bisexualité consiste alors à désirer des personnes qui peuvent avoir deux attributs possibles (être du même sexe ou être de l’autre sexe). Mais aucune de ces définitions ne dit rien sur la quantité de personnes totales que l’on désire, ni sur l’intensité du désir. Le problème de « l’arithmétique sexuelle » (le « bi = homo + hétéro »), c’est qu’elle amène très facilement à penser en termes de quantité des choses qui devraient être pensées en termes de qualités ou de propriétés attribuées aux gens.

Car ce que dit la définition de la bisexualité, c’est qu’une personne bisexuelle peut désirer des gens ayant deux propriétés différentes possibles (au lieu d’une seule pour l’hétérosexualité et l’homosexualité). Mais l’addition porte sur les propriétés différentes possibles des personnes que l’on peut désirer, pas sur la quantité des personnes qu’on va désirer pour de bon !

Pour prendre un exemple histoire d’enfoncer le clou : voici une personne A dont je vous affirme qu’elle mange des gâteaux de telle sorte. Voici une personne B dont je vous affirme qu’elle mange des gâteaux d’une autre sorte. Voici enfin une personne C dont je vous affirme qu’elle mange des gâteaux des deux sortes. Qu’est-ce que vous pouvez me dire à partir de ça sur l’appétit des trois personnes ? Rien. (Vous pourriez tout au plus me parler de leurs goûts, mais la comparaison s’arrête là, une orientation sexuelle n’étant pas une simple affaire de préférence, contrairement au choix des gâteaux.)

Bref, dès lors qu’on y réfléchit un peu, il n’y a aucune raison de croire qu’une personne bi ressentirait nécessairement du désir envers une plus grande quantité de gens qu’une personne hétéro ou homo. Pas plus qu’il n’y a de raison de croire qu’une personne bi ressentirait nécessairement plus de désir tout court qu’une personne hétéro ou homo.

Seulement, dès lors qu’on oublie cela, on a très vite fait de se focaliser sur le « et », sur le « plus », sur le « à la fois », et d’avoir l’impression que la bisexualité serait nécessairement une hypersexualité, qu’elle supposerait plus de désir ou un désir plus intense que les autres orientations sexuelles.

Or, dans le domaine sexuel, cette idée d’accumulation, outre les transgressions dont je viens de parler par rapport à la norme hétéro, suscite toutes sortes de jugements moraux. En effet, dès lors qu’on invente une catégorie de gens qui ressentiraient davantage de désir sexuel que les autres, tout l’héritage moral visant à contrôler et à réprimer la sexualité se remobilise. Si une personne ressent plus de désir sexuel que les autres, elle est nécessairement anormale, malade par nature (donc à  supprimer ou à soigner) ou bien pervertie, dépravée (donc à contrôler, à remettre dans la limite). De là les préjugés qui font des personnes bisexuelles des gens nécessairement obsédés, qui seraient naturellement destinés à une sorte de prostitution volontaire (ah, le fantasme ! Gratis, mec !). Remarquez qu’on a parfois encore la même réaction envers des personnes homosexuelles ou des trans, lorsqu’on s’explique aussi leur orientation sexuelle ou leur identité de genre par le fait qu’elles seraient en proie à un excès de désir sexuel.

C’est de là que vient, je pense, cette idée bizarre qu’être bi serait nécessairement plus fatigant qu’être homo ou hétéro : elle est due à l’idée qu’une personne bi vivrait nécessairement dans un monde surchargé en désir (et donc en frustrations ou en courbatures post-coitum).

Vous comprenez mieux maintenant pourquoi il s’agit d’un préjugé crassement faux.

C’est un peu comme cet ami qui, il y a quelques mois, après m’avoir entendu dire que je cherchais indifféremment quelqu’un avec qui sortir, homme ou femme ou trans ou qui que ce soit, en concluait avec un sourire que je cherchais « tous azimuts ». C’était dit sans malveillance, mais apparemment avec l’idée que mon désespoir et/ou ma frustration me poussaient décidément à recourir à des moyens extrêmes pour me débarrasser enfin de mon satané célibat. Je n’ai pas voulu ou pas pu expliquer en quoi c’était faux, mais la remarque, au fond, puisait peut-être bien dans les mêmes malentendus sur la bisexualité que le « ça doit être fatigant ».

Réponse à une objection possible

Il y aura sûrement des petits malins pour venir me dire : « Mais attends, la quantité de personnes totales que tu peux désirer est vraiment deux fois plus grande que la quantité de personnes que tu aurais pu désirer si tu avais été hétéro ou homo. En plus tu as dû le voir, puisque tu as commencé par te définir comme hétéro avant de découvrir ton attirance pour les gens du même sexe. Donc tu as forcément plus de tentations qu’avant ! »

C’est encore négliger l’importance du « potentiellement » dans les définitions du début. La quantité de personnes que je peux désirer est effectivement plus grande que celle que je pouvais désirer auparavant. Mais cela veut-il dire que je désire effectivement plus de gens qu’avant ? Encore une fois, la seule définition de la bisexualité ne permet pas de l’affirmer logiquement, et cette idée reçue résulte d’une « arithmétique sexuelle » assez naïve.

Pour que j’aie effectivement plus de tentations qu’auparavant, cela supposerait qu’on puisse calculer arithmétiquement le nombre de gens que je désire. Il faudrait pouvoir dire : « Au départ je suis un homme hétéro, je désire uniquement les femmes. Soit A l’ensemble des femmes et soit A’ l’ensemble des femmes qui me paraissent attirantes, le second ensemble étant évidemment inclus dans le premier et plus restreint que lui. Maintenant je deviens bi, je me mets à désirer aussi des hommes. Soit B l’ensemble des hommes et, au sein de B, j’appelle B’ l’ensemble des hommes qui m’attirent. Le nombre total d’êtres humains qui me paraissent sexy est donc nécessairement égal à A’ + B’. »

Mais serait-il nécessairement égal à A’ + B’ ? Est-ce que, depuis que je suis bi, je continue à trouver attirantes autant de femmes que quand j’étais hétéro ? Vous voyez que c’est tout sauf évident. Car il ne s’agit pas ici d’une pure accumulation. Mon attention n’est pas tournée en surcroît vers d’autres personnes, elle peut aussi être détournée vers d’autres personnes. Autrement dit, la proportion globale de gens qui m’attirent n’a pas forcément augmenté. Si j’appelle C l’ensemble de l’humanité égal à A+ B, l’ensemble C’ des gens qui m’attirent en tant que bi ne sera pas nécessairement égal à A’+B’. Il sera plutôt… grosso modo égal à ce que seraient A’ ou B’, ou à la moyenne des deux.

Pour terminer de clarifier ça, il peut être utile de faire la comparaison avec les gauchers, les droitiers et les ambidextres. Être ambidextre est parfois un moyen facile de briller en société. « Wouah, la classe, tu peux utiliser n’importe quelle main ! » Un corollaire de la condition d’ambidextre auquel on pense moins est qu’une personne ambidextre, si elle est en effet davantage « polyvalente manuellement » qu’une personne droitière ou gauchère, est comparativement moins douée de sa main gauche qu’une gauchère et moins douée de sa main droite qu’une droitière. Cela pour la raison toute simple qu’une personne donnée, quelle que soit sa ou ses bonnes mains, accomplit toujours à peu près le même nombre de gestes dans la vie, de sorte qu’une personne qui se « spécialise » en utilisant toujours une de ses deux mains sera très douée avec cette main et très peu douée avec l’autre, tandis qu’une ambidextre sera certes douée des deux mains, mais seulement moyennement douée, à moins de se spécialiser en utilisant une main en particulier pour tel ou tel type de geste. Une personne ambidextre n’est donc pas plus douée avec ses mains que les autres, puisqu’elle n’a pas davantage d’occasions de les utiliser que les autres : elle se contente de les utiliser différemment. De même, une personne bisexuelle ne ressent pas plus de désir, ses besoins affectifs et sexuels sont comme ceux des autres, mais ils sont répartis différemment parmi la population des personnes désirables autour d’elle.

Pour en revenir aux orientations sexuelles, ce n’est pas parce que j’ai acquis la capacité de m’intéresser à davantage de types de personnes que je suis devenu instantanément une machine à désirer effrénée. Ce qui tombe bien, parce que, dans mon expérience personnelle, je n’ai pas eu cette impression. Il y a eu une courte période pendant laquelle j’ai prêté davantage d’attention à mes attirances en général, parce que j’avais besoin de m’assurer de leur nature, de vérifier que j’étais bien bi et pas juste un hétéro très ouvert et très enclin à se faire des films pour rien. Mais je n’ai observé aucun tsunami de nymphomanie ébouriffante (heureusement ou malheureusement, comme vous voudrez).

Je dois préciser aussitôt que ce n’est pas du tout une affaire de résistance à la tentation ou je ne sais quelle logique crypto-judéo-chrétienne bizarre. C’est tout bêtement une affaire de méthode. Car encore une fois, cette idée de diviser l’humanité en deux sexes, de penser qu’il existerait deux sexualités distinctes et étanches visant l’une les personnes du sexe opposé et l’autre les personnes du même sexe, c’est une invention récente (du XIXe siècle à peu près) visant à imposer la norme hétérosexuelle et à rendre monstrueuse toute sexualité qui envisagerait les choses différemment. Donc, cette idée de ne concevoir la bisexualité que comme « l’hétérosexualité plus l’homosexualité », c’est une conception des choses parmi beaucoup d’autres possibles. Et c’est aussi un joli artifice rhétorique quand on veut faire passer un bi pour un nymphomane à peu de frais.

D’autres conceptions des désirs, des attirances et des sentiments sont possibles. Longtemps on s’est allègrement passé de la notion même de sexualité et d’orientation sexuelle. Or l’idée d’orientation sexuelle, liée au départ à la notion du « choix d’objet du désir » en psychanalyse, ne va pas de soi et ne trouve aucun ancrage certain dans un quelconque mécanisme physiologique. Mieux, l’idée même d’une distinction biologique bien nette entre deux sexes vacille sur ses bases (merci Anne Fausto-Sterling). Or, si la notion de sexe n’est pas purement biologique mais relève en partie du social, alors la notion d’orientation sexuelle n’est pas « naturelle » non plus. Bref, tout cela ne relève pas d’une Nature immuable, mais bien plutôt des cultures et des usages sociaux.

De sorte qu’il est très simple de concevoir les choses différemment. Les notions de « pansexualité » ou d’ « omnisexualité », par ailleurs proches de celle de bisexualité, s’en distinguent par le choix de ne pas mettre l’accent sur cet aspect double, mais plutôt sur l’idée que l’on peut être attiré par tout le monde. Je préfère ne pas imaginer les réactions que ces mots peuvent provoquer chez les gens qui comprennent les choses de travers en les rapportant à une plus grande intensité du désir (« Hannn, il dit qu’il peut coucher avec tout le monde ! Ça veut dire qu’il a envie de baiser toute la planète » !). Mais ces termes, outre qu’ils ont le bon goût de ne pas donner l’impression d’exclure les trans et les personnes intersexuées, ont l’avantage de concevoir les gens que l’on désire comme un ensemble unique, et non comme une série de sous-ensembles qui seraient complètement déterminés par la distinction de sexe.

Ces termes rappellent donc opportunément que le seul critère auquel on ait vraiment recours dans la vie quotidienne, ce ne sont pas ces opérations d’apothicaire, mais simplement le critère: « Est-ce que cette personne me plaît ou non ? » Cela ne veut pas dire que le sexe ou le genre de la personne n’a aucune importance, mais que les choses ne sont pas aussi déterminées par ça que ce qu’on peut croire quand on manipule trop à la légère la notion de bisexualité.

Réponse à une autre objection possible

Il y aura sûrement d’autres petits malins (ou bien les mêmes) pour venir me dire aussi : « Mais certaines personnes bi admettent volontiers que leur idéal de vie consisterait à avoir non pas une seule relation exclusive, mais deux relations à la fois, l’une avec quelqu’un du même sexe, l’autre avec quelqu’un de l’autre sexe. C’est donc bien qu’elles ressentent davantage de désir et qu’elles ont davantage de besoin que des homos ou des hétéros. Et cela vient du fait que les bi sont attirés à la fois par des gens du même sexe et par des gens du sexe opposé, donc à la fois par des hommes et des femmes, et comme les deux sexes apportent chacun quelque chose de très différent, une personne bi aura besoin des deux pour être satisfaite. »

Ce à quoi je répondrai que je suis d’accord avec le constat, mais non avec les conclusions qu’on prétend en tirer sur les personnes bi en général. Et je répliquerai aussitôt qu’il y a de nombreuses personnes bi qui se contentent très bien d’une relation exclusive… ou bien qui font des infidélités, mais pas avec des personne d’un autre sexe que celui de leur partenaire habituel-le. Et qu’inversement, il y a aussi des homos et des hétéros qui tombent amoureux de deux personnes à la fois (voire plus) et qui ressentent le désir ou le besoin de mener de front deux relations simultanées (ou plus). Alors, comment expliquer cela ? Va-t-on, pour les bi, parler de besoin inévitable, et pour les autres, parler seulement de la toute-puissance de l’amour en général, ou alors condamner la chose comme preuve d’un caractère volage ?

Si toutes les personnes bi ressentaient nécessairement cette frustration, et si elles étaient les seules à la ressentir, alors ce raisonnement sur la prétendue inévitable frustration des bi en couple exclusif, qui prétend déduire savamment une généralité sur tous les bi à partir de ce que vit une partie d’entre eux, serait imparable. Mais l’expérience montre que ce n’est pas du tout le cas. C’est donc que la prétendue différence essentielle entre hommes et femmes n’est pas la seule raison qui peut pousser quelqu’un à rechercher deux relations simultanées. Tous les bi qui le font ne le font donc pas nécessairement pour cette raison, et, à l’inverse, toutes les personnes qui le font ne sont pas bi. Le raisonnement est donc beaucoup moins solide qu’il n’en a l’air.

Certes, en tant que bi, je constate bien qu’il y a une différence entre mes attirances ou sentiments envers des femmes et ceux envers des hommes. Je ne cherche en partie pas la même chose, et je ne trouve en partie pas la même chose. Qu’est-ce qui est essentiel ou non pour moi là-dedans, je n’en sais rien et je n’aurai pas trop de toute ma vie pour y réfléchir. Mais, d’après les témoignages de bi que j’ai pu lire et entendre, je me garderai bien d’étendre mon exemple personnel à l’ensemble des gens qui se reconnaissent comme bi.

Et ce n’est pas étonnant que l’expérience prouve la fausseté d’une telle objection, puisqu’encore une fois elle présuppose que tout ce qui est potentiellement désirable par un bi sera nécessairement désiré… ce qui est faux, comme nous l’avons vu. Cela peut arriver, mais ce n’est pas du tout une conséquence logique du fait d’être bi.

Bref…

Voilà pour cette petite séance de décorticage de préjugés et de chasse aux mythes sur la bisexualité. J’espère qu’elle vous aura permis de vous clarifier les idées, que ce soit pour vous méfier des raisonnements qui n’en sont pas ou pour apprendre à mieux y répondre si vous êtes bi et que vous avez affaire à eux au quotidien.

Et si vous avez lu toute cette page avec attention, vous aurez le droit de dire que vous ressentez de la fatigue, mais que ce n’est pas votre sexualité qui en est la cause. Enfin, pas de la façon qu’on pourrait croire.

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9 réflexions sur « Est-ce "fatigant" d'être bi ? Le mythe de la bisexualité comme hypersexualité »

  1. Wow, c’est peut-être le meilleur texte que j’ai lu sur la bisexualité ! J’en aurais presque des courbatures à force de hocher de la tête.

    J’adore en particulier pour l’analogie des gâteaux, que je vais allégrement ressortir à chaque fois que je dois avoir cette conversation. Et je sauvegarde précieusement le lien pour l’envoyer à ceux qui, des années plus tard, ne comprennent toujours pas … Voilà qui devrait effectivement me soulager d’une grande fatigue ! Merci !

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  2. A la lecture de cet article, extrêmement éclairant, je me rends compte que ma vision de la bisexualité était finalement bien parcellaire et assez orientée. Indirectement, ton texte apporte des réponses aux questions que je pouvais me poser. Et les démonstrations, qu’elles soient pâtissières ou arithmétiques, sont très bien trouvées. Chapeau !

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  3. Bonjour,

    Article intéressant. Merci de l’avoir rédigé. Ceci étant dit, il me sembles que tu oublies quelque chose d’important à ta définition : tout comme pour les homos (et les hétéros), on ne choisit pas vraiment d’être bi. C’est comme ça.

    Pour ma part, être bi est un véritable enfer.
    Pour ma part, oui, il est très fatiguant d’être bi. Fatiguant au sens ou mon cœur balance systématiquement, au sens ou à 32 ans, je n’arrive toujours pas à me fixer, à être heureux, à être bien dans ma peau. Je n’y arrive pas. Je souffre d’être bi, d’être coupé en deux. Désirer une femme, désirer un homme. Et comment fait-on pour vivre en couple (soit à deux), pour s’épanouir définitivement ? (Car n’imaginons pas qu’en étant bi, le seul mode de fonctionnement possible et de vivre à 3. Ce sont des légendes que l’on aime bien fantasmer)

    Et au delà de cette histoire de « fatigue » (qui est une façon tout juste courtoise et détournée de se moquer de nous), les bisexuels sont bien souvent considérés comme des pestiférés. Les bi ne sont globalement appréciés ni des hétéros (qui pensent que nous sommes des homos refoulés), ni des homos (qui pensent qu’on se protège derrière l’étiquette « bi »). Globalement, les bi sont tout juste bon à être considérés comme des bêtes de foires, des êtres dépravés, qui ne pensent qu’au sexe du matin au soir, à sauter sur tout ce qui bouge, hommes et femmes. La réalité est malheureusement bien moins excitante.

    Et peu être aussi qu’il est « bourgeois » ou « élégant » de se dire bisexuel dans des milieux huppés. Mais Paris (ou les grandes villes de notre pays) ne font pas toute la France.
    Je vous le dis tout net, être bi dans une petite ville de province, c’est carrément impossible. Être bi, pour moi aujourd’hui est plutôt synonyme de tristesse, d’incompréhension, de repli, de solitude. Et en cela, oui, c’est fatigant.

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    1. @Ben : Si si, j’ai précisé au passage, dans ma comparaison avec les gâteaux, que la comparaison s’arrêtait là parce qu’une orientation sexuelle n’est pas qu’une affaire de goût et ne se choisit pas. Mais ça devait être un peu noyé dans la masse, et c’est toujours bon à rappeler !
      Je dois préciser que cet article consistait uniquement à partir d’une remarque de quelqu’un qui ne connaissait pas le sujet, pour essayer de comprendre un malentendu récurrent sur la bisexualité, à savoir son image d’hypersexualité. C’est un exercice délicat, essayer de se mettre dans la tête des gens qui ne connaissent rien à la bisexualité et de voir pourquoi les malentendus, les mythes et du coup les discriminations se créent. Le but de l’article, c’était de tordre le cou à une idée reçue qui fait du bi une sorte d’éternel maudit par essence, sur la base d’un raisonnement faux, ignare et discriminant.
      Mais comme je le dis au début, cela ne veut pas dire qu’une sexualité et/ou une vie sentimentale ne peuvent pas être réellement fatigantes à vivre. Et c’est particulièrement le cas pour les sexualités minoritaires et parfois mal connues, l’homosexualité et surtout la bisexualité. Oui, dans la vie réelle, il y a bien aussi des hésitations, des fluctuations, des interrogations sur l’avenir, sur la notion de couple et d’exclusivité (je crois que j’en parlais un peu dans un ancien article « Dans la peau d’un bi »). Mais cela, nous pouvons le dire parce que nous le vivons, parfois de façon récurrente, parfois chacun-e à notre manière. Et ce sont des problèmes dont on peut parler, dont on doit parler, et qu’on peut espérer résoudre ou au moins rendre supportables, dans la mesure où on prend la peine de virer les préjugés et d’écouter vraiment les bi.
      D’ailleurs, l’image du « bisexuel chic » dont tu parles est aussi un cliché sur les bi, qui ne leur fait pas que du bien non plus (ça peut aider les gens à les accepter en voyant que tel type connu se dit bi, mais ça peut aussi associer cette orientation sexuelle à une catégorie sociale aisée, alors qu’il y a des bi dans toutes les catégories sociales, évidemment…). Par contre, c’est sûr que les grandes villes sont souvent plus faciles à vivre, parce qu’il y a plus d’associations, des lieux de sociabilité, bars, événements, etc.
      L’important, en tout cas, c’est de ne pas rester isolé ! N’hésite pas à prendre contact avec une association, à appeler la ligne d’écoute de SOS homophobie, à prendre contact avec Bi’cause ou même une association LGBT « généraliste » : c’est toujours mieux de pouvoir parler à quelqu’un, et ils pourront sûrement t’aider à prendre contact avec d’autres gens dans ta région.

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  4. Merci pour cet article très intéressant

    Un flou demeure cependant en ce qui me concerne sur la nuance que vous faites entre pouvoir désirer et désirer.

    Mais peut être est-ce juste une question de vocabulaire.

    Pour moi, il y aurait plutôt trois degrés de nuance :

    – les « goûts » sexuels, c’est à dire les différents « groupes » (définis par le sexe, ou d’autres caractéristiques) dans lesquels l’attirance sexuelle est possible

    – l’attirance sexuelle envers une personne (votre notion de désir potentiel ?)

    – la volonté d’obtenir du plaisir sexuel avec cette personne (votre notion de désir ?)

    Si j’ai bien compris, ce dont vous parlez dans votre article, c’est de l’erreur qui consiste à croire que des goûts sexuels plus vastes conduisent à une volonté d’obtenir du plaisir avec plus de personnes à la fois (donc une hypersexualité). Qu’en est-il alors du lien possible entre diversité des goûts sexuels, et nombre de personnes attirantes sexuellement ? L’arithmétique ne pourrait-elle pas s’appliquer pour ces deux notions, c’est à dire qu’une personne bissexuelle soit (en moyenne) attirée par plus de personnes qu’une personne monosexuelle, sans pour autant avoir une vie sexuelle plus active ?

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    1. @ Plutonien : à vrai dire, une fois qu’on écarte « l’arithmétique naïve » dont je parlais et qu’on essaie de comprendre comment les choses se passent vraiment, je doute que l’arithmétique soit d’un quelconque secours. Plutôt que de partir d’une orientation sexuelle et de la comparer avec les autres, ce qui risque de reconduire à ce genre de calculs trompeurs, il me semble plus exact d’envisager la question de manière globale, toutes orientations confondues, c’est-à-dire de considérer que tout être humain, quels que soient son sexe, son genre et son orientation sexuelle, ressent des besoins sexuels et aussi des besoins affectifs, qu’il comble ou essaie de combler avec les personnes par lesquelles il ou elle peut être attiré-e.
      Après, dans quelle mesure il s’agit de besoins et dans quelle mesure de désirs, quelles sont les parts de l’inné et de l’acquis, de l’influence de la culture, des goûts personnels… C’est très compliqué. Surtout que chaque personne a sa propre façon d’écouter ou non ses désirs, de les contrôler, de se créer des limites et sa propre notion de l’excès, etc. De même, il y a énormément de façons individuelles différentes de concevoir le lien entre attirance sexuelle et sentiments (la distinction ne va pas de soi pour tout le monde). La part de l’acquis, du culturel et de l’expérience personnelle est tellement énorme dans ce domaine que je pense qu’elle est plus importante que le reste. On pourra très bien croiser des hétéros obsédés, incapables de prendre en charge leurs désirs et de faire face à la frustration, et des homos plus modérés. On pourra très bien croiser des bi très amoureux qui ne se fixent sur la personne qu’ils/elles aiment et ne désirent personne d’autre (à vrai dire j’en connais), et d’autres qui seront extrêmement ouverts à un grand nombre d’aventures d’un soir (j’en connais aussi). On aurait peut-être moyen de retrouver des constantes selon les milieux sociaux, de voir l’influence de la fréquentation des communautés LGBT, etc. mais ça supposerait d’être sexologue.
      Bref, je pense qu’il y a trop de facteurs qui entrent en compte dans la conception que chaque personne a de ses désirs pour qu’on puisse ramener la question à un simple calcul des partenaires possibles.

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  5. @ Silvius : Je suis tout à fait d’accord avec vous.

    Je voulais plutôt parler de quelque chose de plus basique, le simple fait de trouver quelqu’un de sexuellement attirant, de « comestible » (si vous me permettez la métaphore), sans pour autant y lier un désir/besoin sexuel, ou des sentiments romantiques.

    Ma question est donc : est-ce qu’une personne aurait (en moyenne : je ne doute pas une seconde de la variabilité qui puisse exister entre des individus partageant les mêmes goûts sexuels) plus d’occasions de trouver sexy des gens autour de soi si ses goûts sexuels sont plus diversifiés ?

    PS : Au sujet de la notion de goûts que j’utilise et qui peut choquer, j’ai une question : Vous dites qu’une orientation sexuelle n’est pas qu’une affaire de goût et ne se choisit pas. Mais un goût n’est il pas à la base justement quelque chose qui ne se choisit pas ? Pourquoi le terme de « goût » serait applicable à la nourriture, mais pas à la sexualité ?

    PS 2 : Je précise tout de même que je suis tout a fait d’accord avec l’analyse du post initial, je m’intéresse plutôt à la distinction que je trouve entre la simple attirance sexuelle, et le comportement sexuel/romantique

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  6. Je suis bi et pas fatiguée par ma bisexualité, car je ne me sens absolument pas tiraillée entre mon désir pour les femmes et celui pour les hommes. Je tombe amoureuse d’une personne et effectivement, le fait d’être potentiellement attirée sentimentalement ET sexuellement par les 2 sexes ( et plus) ne fait pas de moi une nymphomane libertine. Je suis juste une femme qui aspire au bonheur conjugal durable et a la fidélité. Et je suis difficile quand a mes choix, en plus… Non, les bi ne pensent pas a ça tout le temps et ne sautent pas sur tout ce qui bouge !!

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