Visi(bi)lity : un blog anglophone sur les représentations des bi dans les séries et les films

Je vois passer pas mal de choses dans mes flux RSS et abonnements divers. Dans un monde idéal, j’aurais le temps de consacrer un article détaillé, des résumés, analyses etc.  à chacun des sites ou articles intéressants sur lesquels je tombe, mais visiblement ça n’est pas pour tout de suite. Alors je vais continuer à poster de temps en temps simplement des liens, avec un petit mot de présentation et quelques indications pour vous aider dans vos lectures. Je l’ai déjà fait plusieurs fois pour des sites en anglais (voyez ci à droite la catégorie « English trucs »). Aujourd’hui, je vous présente donc Visi(bi)lity, un blog consacré aux représentations des bi dans les médias audiovisuels et la fiction (principalement les séries TV et les films).

Visi(bi)lity est une série d’articles publiés récemment sur le site BitchMedia. BitchMedia est un webzine américain, qui sert de pendant web au magazine Bitch: Feminist Response to Pop Culture, qui paraît depuis 1996 (vous pouvez trouver plus d’informations sur eux sur le FAQ de leur site). BitchMedia a eu récemment la bonne idée de publier une série d’articles sur les bi via un blog intitulé « Visi(bi)lity », consacré aux représentations (ou non représentations) des bi dans les médias et les fictions. Ce blog est tenu par Carrie Nelson, une étudiante en media studies et militante queer (son profil sur le site est là).

Le blog a démarré début mars 2012 par un article intitulé : « Visi(bi)lity: Deconstructing Images of Bisexuality in the Media ». Il commence à y avoir pas mal d’articles, mais on peut accéder à tous facilement en passant par la catégorie « bisexual visibility ». Les articles ne sont pas nécessairement très longs, mais ils contiennent toujours une bonne dose de réflexion sur les stéréotypes et les représentations associés aux bi. L’auteure, cinéphile et passionnée de séries, s’intéresse surtout aux médias audiovisuels, mais évoque aussi un ou deux livres de temps en temps. Le niveau d’ensemble est impressionnant, et les billets sont publiés avec une régularité encore plus impressionnante. En termes de niveau de langue, ça n’est pas particulièrement ardu à lire (en dehors des notions de base LGBT en anglais, il n’y a pas vraiment de vocabulaire technique ou de tournures familières à tous les coins de phrase).

Je vous présente ci-dessous une sorte d’index des billets qu’elle a publiés jusqu’à présent, pour vous permettre de naviguer plus facilement vers les sujets qui vous intéresseront :

6 mars 2012 : Visi(bi)lity: Deconstructing Images of Bisexuality in the Media. Principe du blog et réflexion générale sur l’invisibilisation des bi et les stéréotypes qui leur sont attachés quand on les représente.

7 mars 2012 : Visi(bi)lity: Bi the Way and the Realities of Bisexuality. Sur le documentaire américain Bi the Way consacré aux bi : pas mal, mais maladroit et insuffisant selon Carrie Nelson.

8 mars 2012 : Visi(bi)lity: Cynthia Nixon and the Politics of Labels. Sur les propos de l’actrice américaine Cynthia Nixon à propos de sa bisexualité ou non.

13 mars 2012 : Visi(bi)lity : Biphobia Bingo ! A Look at Basic Instinct. Sur les représentations associées à la bisexualité dans le film Basic Instinct, dont la Grande Méchante est présentée comme bi.

14 mars 2012 : Visi(bi)lity: In Praise of Callie Torres. Sur un bon personnage de bi à la télé américaine : Callie Torres dans la série Grey’s Anatomy.

15 mars 2012 : Visi(bi)lity: America’s Next Top Bi Icon: Introducing Laura LaFrate. Sur Laura LaFrate, personnalité de l’émission de télé réalité américaine America’s Next Top Model, qui s’identifie comme bi.

20 mars 2012 : Visi(bi)lity: Glee‘s Problem With Bisexual Men. Sur la représentation de la bisexualité masculine dans la série américaine Glee.

21 mars 2012 : Visi(bi)lity: Isn’t It Bromantic ? Sur la représentation hétérocentriste des amitiés masculines à partir d’une critique du film Humpday, exemple d’histoire basée sur une « bromance » *.

22 mars 2012 : Visi(bi)lity: « A 51st Century Guy »: A Few Words on Jack Harkness À propos de Jack Harkness, personnage récurrent de deux séries de SF britanniques : Doctor Who, pilier de la BBC destiné à un public familial, et (surtout) Torchwood, la seconde étant un spin-off plus hardcore destiné davantage à un public ado-adulte.

27 mars 2012 : Visi(bi)lity: Bisexuality as Rebellion: Sexualizing Women’s Friendship. Sur la représentation de relations sexuelles entre femmes dans la fiction comme moyen d’exprimer la rébellion des personnages contre l’ordre établi.

28 mars 2012 : Visi(bi)lity: A Tale of Two Alexes: Bi Coming-of-Age Narratives. Sur les histoires de personnages féminins bi dans les séries The O.C. et Degrassi: The Next Generation.

29 mars 2012 : Visi(bi)lity: Post-Bi ? What Skins Can Teach Us About Labels. Réflexion sur le besoin (ou non) de catégories et d’étiquettes (gay, hétéro, bi, etc.) à partir de la représentation de la sexualité dans la série britannique Skins.

3 avril 2012 : Visi(bi)lity: Performing Bisexuality. À propos des chansons pop du type « I Kissed A Girl » de Kate Perry etc. qui représentent les stars comme bi… très physiquement pratiquantes.

5 avril 2012 : Visi(bi)lity: Insivi(bi)lity in the Culture Wars. Sur des propos du pasteur Ted Haggard – généralement opposé aux droits des homos – au sujet des bi.

6 avril 2012 : Vis(bi)lity : How the Savage U Premiere Barely Exceeded My Extremely Low Expectations. Sur le traitement de la bisexualité dans une émission de Dan Savage (un journaliste américain gay qui parle souvent de sujets en lien avec les sexualités).

10 avril 2012 : Visi(bi)lity : John Irving Tackles Biphobia in New Novel. Comme le dit le titre : un nouveau roman de John Irving dans lequel il aborde la bisexualité et la biphobie avec un degré de nuance bienvenu.

11 avril 2012 : Visi(bi)lity : Queer as Folk Broke My Heart. Sur le personnage de Lindsay Peterson dans la série américaine Queer as Folk et les stéréotypes négatifs associés à la bisexualité dans cette série.

13 avril 2012 : Visi(bi)lity : The L World‘s Messy Exploration of Straight Privilege. Sur la représentation de la bisexualité dans la série The L World.

17 avril 2012 : Visi(bi)lity : Finding Realism in Rose By Any Other Name. Sur la websérie Rose By Any Other Name, dont le personnage principal est une femme qui s’identifie comme lesbienne avant de se découvrir bi lorsqu’elle tombe amoureuse d’un homme.

18 avril 2012 : Visi(bi)lity: How Bideology Battles Biphobia. Sur la série de documentaire Bideology qui s’intéresse aux relations entre bi et entre femmes hétéro et hommes bi.

19 avril 2012 : Visi(bi)lity: Is Social Media the Final Visi(bi)lity Frontier ? Sur le rôle positif que peuvent jouer les réseaux et médias sociaux du type Tumblr en faveur de la visibilité des bi et du combat contre la biphobie.

24 avril 2012 : Visi(bi)lity : Toward a Visible Movement. Constat alarmant sur le fait que les organisations bi manquent de financements, et appel à les aider. J’ajoute que ça vaut aussi pour la France !

Le blog est toujours actif : il n’a pas de page propre, mais vous pouvez le suivre par flux RSS en vous abonnant au flux général des articles de BitchMedia, ou en retournant voir le site ou la catégorie « bisexual visibility » régulièrement.

Voilà, j’espère que ce petit guide de lecture vous sera utile !

* Bromance : mot anglais moche formé à partir de « romance » et « brothers » et désignant une relation de grande proximité entre deux amis (hommes) intimes, mais sans rien de sexuel.

Bref. J'ai relayé un lien sur un épisode de "Bref"

Bref est une série télévisée française humoristique dans le genre « vie quotidienne » diffusée sur Canal+ et en ligne depuis août 2011 ; comme son nom l’indique, elle se compose d’épisodes très courts (moins de 2 minutes). Dans l’épisode du 8 mars dernier, la série s’est montrée, disons, LGBT-friendly : je n’en dis pas trop pour ne pas gâcher l’intérêt de la surprise. Je vous invite donc à aller regarder la vidéo, qui a été postée par Yagg, dont la rédac’ l’avait eue via Prose (merci Prose, merci Yagg !).

Je ne vous en dis pas plus sur l’épisode, revenez quand vous l’aurez vu (dans moins de deux minutes, donc).

Vous l’avez vu ? Bon, on va pouvoir parler du contenu, alors. Ce n’est pas grand-chose, et le dénouement a un côté cliffhanger*, ce qui me fait espérer que la conversation qu’on attend entre les deux frères finira par avoir lieu dans un épisode suivant. Mais comme l’avaient vu Prose et la rédac’ de Yagg, l’épisode en lui-même est suffisant pour apporter une révélation : le frère du narrateur, après plusieurs relations avec des femmes, « a quelqu’un » qui s’avère être un homme. Bref, il a tout l’air d’être bi ! Ou alors pansexuel. Ou alors omnisexuel. Ou alors « hétérosexuel sauf pour lui ». En tout cas, pas monosexuel (i.e. pas hétéro et pas homo non plus). Enfin, sans multiplier les étiquettes possibles, on peut simplement dire que cet épisode « décrit les attirances sexuelles comme fluides« , comme diraient les Anglo-saxons : l’adjectif se prête à toutes sortes de blagues douteuses, mais il a l’avantage de mieux correspondre au genre de réalités complexes que nous permettent d’entrevoir des études sexologiques comme l’échelle de Kinsey ou la grille d’orientation sexuelle de Fritz Klein qui en est la version améliorée.

… ou alors le frère va être présenté comme un homo refoulé, même s’il a l’air d’avoir eu au moins une vraie relation sérieuse avec une femme, ce qui bousillera complètement le machin, mais j’espère que non. La suite le dira, mais on semble s’acheminer vers un nouveau personnage bi ou bi-proche dans le PAF, et ça vaut la peine d’être noté.

(* « Suspendeur de falaise » dans la langue de Secouelance : autrement dit, une fin ouverte ménageant un suspense insoutenable pour le spectateur, qui ne pense plus qu’à se jeter sur l’épisode suivant dès sa parution/diffusion/sortie/fuite sur Internet. De nos jours, le procédé est surtout associé à l’art anglo-saxon de la fiction, mais il est vieux comme le monde. Pour plus de détails, voyez Wikipédia, ou un bon livre sur le roman-feuilleton, ou un bon livre sur l’écriture de scénario. Notez que des cliffhangers involontaires peuvent s’introduire dans les textes de fiction à cause des aléas de leur transmission au fil du temps : ainsi, les cliffhangers accidentels provoqués par les lacunes dans les tablettes d’argile/papyri/marbres/etc. constituent un moteur de la recherche à part entière en archéologie et en philologie. Tout antiquisant vous soutiendra qu’il travaille à mieux connaître les sociétés anciennes, mais en réalité il y a toujours quelque part au fond de lui un lecteur frustré qui espère secrètement retrouver enfin la suite de cette damnée épopée sur la guerre de Troie ou combler les trous dans l’histoire de Gilgamesh.)