Bi-Visible, une nouvelle association bi à Toulouse

Logo de l'association Bi-Visbible : deux coeurs, un rose à gauche et un bleu à droite, se superposent poru former la couleur violette, symbole de la bisexualité. Ils portent l'inscription "Bi-Visible" en blanc.
Logo de l’association Bi-Visible.

C’est avec plaisir qu’après une grosse période de boulot et de soucis de santé je reprends (enfin !) mon activité sur ce blog avec une très bonne nouvelle : la création d’une nouvelle association française consacrée à la bisexualité. Je relaie l’article que j’ai trouvé sur le site du groupement d’associations Arc-en-ciel Toulouse et qui a été publié par Michel Megnin le 7 juillet (l’association semble avoir été active depuis le mois de mai) :

AEC souhaite la bienvenue à « BI-VISIBLE »

 Publiée le 7 juillet 2015 | Par Michel Megnin

 

 BI-VISIBLE est une nouvelle association toulousaine dont le but est notamment l’émergence de la visibilité de la bisexualité au sein de la société.

 

BI-VISIBLE est désormais association membre d’AEC Toulouse.

Pour toutes les informations sur les futures permanences et activités de BI-VISIBLE :Courriel : infos@bi-visible.com

Téléphone : 07.82.75.53.24

Site Internet : http://www.bi-visible.com

BIENVENUE A BIVISIBLE !

Ajoutons que Bi-Visible dispose aussi d’une page Facebook :

https://www.facebook.com/bivisible

L’association est basée à la Maison des associations, 3 place Guy Hersant à Toulouse. On peut y adhérer à titre individuel pour 15 euros par an, et il est aussi possible d’y adhérer en tant qu’association pour 25 euros. Utile pour soutenir les finances de cette toute jeune structure !  Le bulletin d’adhésion est téléchargeable en pdf sur le site de l’association.

Le site de Bi-Visible est par ailleurs déjà bien rempli, avec des explications sur la bisexualité et son histoire, sur la biphobie, sur l’invisiBIlité et sur les autres orientations sexuelles. L’association reprend et approuve le Manifeste des bisexuelles et bisexuels élaboré par l’association Bi’cause (lien vers le Manifeste en pdf). Enfin, l’association recherche des témoignages de bi-e-s à publier sur son site : vous pouvez envoyer le vôtre via ce formulaire.

Il faut rappeler que les associations spécifiquement bi sont encore peu nombreuses en France, où l’association parisienne Bi’cause a longtemps été la seule à représenter les bi-e-s. Après la création de l’association Bi’Loulous en Alsace en 2013 et la création en février 2015 d’un « cercle bi » spécialement consacré à la bisexualité au sein du MAG Jeunes LGBT Paris, la création de cette nouvelle association répond visiblement à un besoin dans le Sud et est très encourageante. Pour autant, les associations bi sont encore de petites structures qui ont besoin de tous les soutiens possibles afin de pouvoir remplir leur rôle dans et hors de la communauté LGBT+++

Souhaitons que cette nouvelle association s’épanouisse durablement et facilite la vie à de nombreuses personnes qui vivent ou découvrent leur bi- ou pansexualité à Toulouse ou plus généralement en Midi-Pyrénées.

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Le MAG Jeunes LGBT de Paris ouvre le "Cercle B" adressé aux bi

Le local du MAG Jeunes LGBT Paris, près de Nation.
Le local du MAG Jeunes LGBT Paris, près de Nation.

Je relaie avec grand plaisir cette information diffusée par l’association MAG Jeunes LGBT de Paris :

Ouverture du Cercle B !

C’est officiel, le MAG Jeunes LGBT lance sa commission sur les bisexualités !

Que vous soyez bisexuel•le, pansexuel•le, bi-romantique, hétéro- ou homo-flexible, fluide (et tous les autres), si vous avez entre 15 et 26 ans, vous êtes chaleureusement invité•e•s à rejoindre le Cercle B ! Que vous ayez déjà fréquenté le MAG Jeunes LGBT ou que cette association vous soit totalement inconnue, vous êtes tous et toutes les bienvenues.

Le Cercle B sera chargée d’organiser des événements conviviaux et parfois militants à destination de toutes les personnes nommées précédemment, pour passer de bons moments, pour rire, pour discuter, pour s’informer tout en étant visibles au sein de la communauté LGBT.

Dans l’idéal, nous souhaitons pouvoir vous proposer un rendez-vous par mois. Les réunions conviviales de la cellule B se feront sous la forme d’apéros en semaine au local du MAG, pour faire connaissance, discuter, s’amuser et accueillir à bras ouverts les nouveaux et nouvelles venu•e•s. Nous comptons également vous proposer des sorties (par exemple au cinéma). Nous sommes bien évidemment ouverts à toutes les propositions d’activités !

Notez que notre premier rendez-vous aura lieu le mercredi 18 mars, de 19h à 22h après la permanence, au local du MAG (106 rue de Montreuil, Métro Nation ou Avron). N’hésitez pas à ramener boissons non alcoolisées et de quoi grignoter.

Notre but est avant tout de vous proposer un cadre rassurant et convivial, mais également de vous informer sur les bisexualités et les non-monosexualités en règle générale. Nous serons là pour vous aider à trouver des réponses à vos questions sur le sujet.

Si vous venez pour la toute première fois au local du MAG lors des événements du Cercle B et que vous ne connaissez pas l’association, pas d’inquiétude : un accueillant sera toujours présent pour vous expliquer le fonctionnement et les activités de l’association et vous présenter au reste du groupe.

Pour être tenu•e au courant de toutes les activités du Cercle B, demandez à être ajouté à la mailing-list en contactant directement un des responsables à cercleb[at]mag-paris[point]fr ou en demandant la liste papier à un accueillant au local.

Outre la liste d’information en question, les informations devraient être bientôt relayées sur le site du MAG Jeunes LGBT de Paris. Les événements du « Cercle B » seront aussi relayés sur la page Facebook de l’association.

Léa et Charly, responsables du Cercle B au MAG Jeunes LGBT Paris.
Léa et Charly, responsables du Cercle B au MAG Jeunes LGBT Paris.

Connaissant la quantité et la qualité du travail abattu par les gens du MAG Jeunes LGBT, que ce soit en matière d’écoute, d’accueil, de prévention des discriminations ou d’événements culturels, militants ou encore festifs, je ne peux que me réjouir de la création de cet espace de discussion et d’événements au sein de l’association, qui devrait aider encore mieux les jeunes bi à l’avenir ! Une suggestion pour la suite : prévoir aussi un « Cercle B » au sein du MAG de Strasbourg ?

Mise à jour à 17h55 : ajout de photos aimablement fournies par le MAG.

Appel à témoignages : une étude sociologique sur la bisexualité

J’ai été contacté il y a quelques semaines par Félix Dusseau, de l’université de Bordeaux, qui réalise un mémoire de sociologie sur la bisexualité en France et recherche des personnes intéressées par une participation à cette étude. Vous pouvez y participer de deux façons : en remplissant un questionnaire en ligne (anonyme et pas bien long) ou, pour aller plus loin, en contactant F. Dusseau pour passer un entretien avec lui (de vive voix ou par Skype). Je lui laisse la parole avec une copie d’une partie du message qu’il m’a envoyé :

Actuellement en licence de sociologie, je réalise un mémoire sur la bisexualité. Cette étude, commencée il y a déjà plusieurs mois, a pour but de se transformer en mémoire de master puis, je l’espère en thèse. Aujourd’hui trop peu d’études (voir aucune en France) ne traite spécifiquement de cette pratique / identité. Or cette thématique soulève de nombreuses questions tant du point de vue des sciences humaines et sociales que du point de vue des individus eux-mêmes (je suis assez surpris des demandes qui me sont faites lors des entretiens avec de vraies questions sur la bisexualité émanant de personnes elles-mêmes bisexuelles).

(…) Mon étude est avant tout qualitative ; Je réalise des entretiens (en face à face ou par skype) afin de mieux saisir les tenants et aboutissant de la bisexualité. De plus j’ai réalisé un questionnaire sur la bisexualité afin d’avoir quelques données statistiques. C’est surtout avec celui-ci que votre aide serait plus que bienvenue : j’ai actuellement 447 réponses mais elles proviennent en majorité de femmes. Il me serait donc utile d’avoir des réponses d’hommes.

Le questionnaire est disponible à cette adresse :

https://docs.google.com/forms/d/1mROGE66-7vUVBi7sNUGBcOdRpBOeu1NeVH1IkMnZSe0/viewform

Bien entendu l’étude est totalement anonyme (tant pour les questionnaires que pour les entretiens) et chaque participante aux entretiens recevra la retranscription de ce dernier ainsi qu’un exemplaire pdf du mémoire.

Quelques précisions supplémentaires :

Je cherche aujourd’hui différents types de personnes :

– des personnes (hommes ou femmes) qui n’ont jamais eu d’expériences bisexuelles mais qui désirent en avoir ;
– des personnes (hommes ou femmes) qui ont ou ont eu des pratiques sexuelles bisexuelles soit uniques, soit occasionnelles soit régulières ;
– des personnes (hommes ou femmes) auparavant hétérosexuelles qui ont eu une expérience sexuelle bisexuelle et se sont mises en couple avec le/la partenaire en question;
– des personnes (hommes ou femmes) qui ont eu à la fois des expériences sexuelles et de couple avec les deux sexes, sans distinction.

Je n’ai pas eu de mal à trouver des femmes mais les hommes se font plus rares. Je recherche donc des personnes prêtes à participer à cette étude avec une mention spéciale pour :

– des femmes de plus de 30 ans (j’ai actuellement beaucoup de participantes âgées entre 18 et 25 ans mais je manque de personnes plus âgées) ;
– des hommes (peu importe l’âge) avec une légère préférence pour ceux se situant dans les catégories 1 à 3.

Les entretiens peuvent se faire en face à face pour ceux résidant en Gironde (voir à Paris quand j’y monte) ou via skype. Leur durée est variable (actuellement le plus court a duré 30 minutes et le plus long 5h, la moyenne se situant aux alentours d’1h30-2h) Bien entendu ces entretiens sont totalement anonymes et toute personne participante recevra une copie pdf des travaux publiés.

Le lien vers le questionnaire en ligne est ci-dessus. Si vous avez envie de participer à un entretien, vous pouvez contacter ce chercheur par courriel à felix.dusseau (arobase) gmail.com ou en prenant contact avec lui via les commentaires au présent billet de blog.

Je soutiens naturellement ce travail de recherche, d’autant que les études spécifiquement consacrées à la bisexualité en France sont encore rares, alors n’hésitez pas à participer !

Les sentiments d'avant les mots

(Ce soir, c’est un billet à la forme 200% expérimentale, à mi chemin entre la réflexion organisée, la réflexion pas organisée, l’essai avec quelques images poétiques, les divagations, etc. Il y a un raisonnement quand même, juste ça risque d’être moins évident dans ce billet que dans d’autres. Bonne lecture !)

Que sont les sentiments avant les mots, avant les déclarations, avant les paroles prononcées, écoutées, échangées, les paroles qui infléchissent le cours des choses ?

On dit : « Nous sommes définis par ce que nous faisons ». On dit : « Les paroles s’envolent, les écrits restent ». Mais même les paroles forment déjà un dépôt, un précipité, quelque chose de solide qui impose sa marque au réel. Bien des paroles, d’ailleurs, sont des actes, comme les linguistes s’en sont bien aperçus (le maire dit : « Je vous marie » et la vérité légale de cette situation sort et commence à exister au fil de ses syllabes).

Les paroles sont des formes. « Je t’aime » en est une. « Amour » est une forme, « amitié » une autre.

Et puis il y a ce monde de formes toutes faites, de formes déjà prêtes, ce monde de catégories et d’étiquettes que nous endossons à notre venue au monde. Nous sommes déjà situés, déjà nommés et qualifiés (et verbés et adverbés et préposés, ou prépositionnés, en tout cas situés quelque part, avant même d’atteindre l’âge d’avoir des pensées, l’âge d’avoir une volonté). Notre premier acte dans le monde est ce dépôt que nous recevons : nous héritons. Nous sommes situés, formés. Et nos idées, nos opinions, nos façons de juger, d’évaluer choses et gens et idées, nos sentiments eux-mêmes sont influencés par cette situation de départ. Nos premiers regards sur le monde chaussent les lunettes de la culture que nous recevons. Et nos façons d’aimer (et de ne pas aimer) elles-mêmes sont ainsi pré-formées.

Pourtant, bien sûr, le monde n’est pas une juxtaposition de gens déjà moulés. Nous ne sommes ni des clones ni des crânes bourrés ni des moutons. Nous héritons d’héritages multiples et entrecroisés, à charge à chacune et à chacun d’entre nous de retenir, de rejeter, de s’essayer à des mélanges, à des innovations, pour se construire une façon de vivre, pour refaire la vie (sa vie), et donc pour refaire le monde, chacun à son échelle, selon ses moyens.

Et bien sûr les formes, les catégories, les étiquettes, les concepts déjà existants, tout cela n’est ni à accepter sans réfléchir, ni à rejeter sans réfléchir. Ces héritages ne sont pas un monde déjà parfait qu’il faudrait reconduire sans changement de peur de le pervertir, et ces héritages ne sont pas non plus un asservissement. Ils ne sont ni bien ni mal intentionnés, du moins pas en eux-mêmes. C’est l’usage que nous en ferons qui compte.

D’habitude on se rend surtout compte de la façon dont ces héritages nous influencent dans nos actes. Des modes de vie, par exemple, qu’on dit souvent français, britanniques, américains, maliens, japonais, colombiens, italiens, mais qui sont aussi franco-italiens, franco-colombiens, franco-japonais, franco-anglais, franco-américano-italiens, selon les histoires personnelles et familiales, tout comme on peut se sentir parisiano-lyonnais ou toulouso-marseillais, ou bretono-catalan, ou slovéno-oxfordienne. Tant de rencontres et d’hybridations possibles, si trop peu évoquées ! Nos héritages, ce sont aussi les opinions politiques de nos familles, de nos amis et connaissances, des gens que nous fréquentons : parents de gauche, enfants de gauche, parents de droite, enfants de droite, dit-on souvent (même si ce n’est pas aussi rigide). Ce sont aussi notre culture générale, tout ce qui nous est apporté ou non par notre milieu socio-professionnel d’origine. Nos goûts en sont influencés eux aussi. L’ouverture ou fermeture de notre milieu habituel envers les LGBT influe aussi sur notre propre ouverture, notre propre épanouissement si nous sommes directement concernés.

Mais au delà de ces variables, la vision du monde majoritaire là où nous vivons influence nos pensées et nos sentiments, car elle influence notre façon de mettre en mots, de mettre en forme, de décrire, de nommer ce que nous ressentons.

Une jeune fille qui n’a jamais entendu parler d’homosexualité féminine pourra mettre des années avant d’avoir l’idée d’appliquer les mots d’attirance, de désir, de tendresse, d’amour à la fille qui l’attire, qu’elle désire, pour laquelle elle éprouve de la tendresse, de l’amour. Et personne d’autre qu’elle ne sera aussi bien placé pour donner leur forme à ces élans non nommés, à ces émotions encore sans mots.

Mais qu’il s’agisse ici d’homosexualité, de bisexualité ou d’hétérosexualité, je veux penser aujourd’hui à ces mots si évidents et si peu évidents que sont : « amitié » et « amour », « affection » et « tendresse » et « désir ».

On dit : il y a l’amitié, qui est de se sentir bien en compagnie de quelqu’un, qui veut dire rechercher quelqu’un, mais sans épouver d’attirance, sans désir. Coucher entre amis, ça ne se fait pas, ce n’est plus de l’amitié, cela devient autre chose.

On dit : il y a l’amour, qui est oh comment vous dire oh là là qu’est-ce que c’est beau l’amour. On dit : être amoureux ça se reconnaît facilement on a l’impression de devenir dingue pour quelqu’un. On dit que c’est intense, non, pas intense comme ça mais plus que ça, sinon, eh bien sinon c’est sans doute que ce n’est pas assez que ce n’est pas ça qu’on s’est trompé. Que ça doit être juste un sursaut ou juste du désir ou juste qu’on se sentait seul(e) à ce moment-là.

On dit : l’amour c’est pour une seule personne. On dit : du coup après il faut se mettre en couple.

On dit : quand vous aimez quelqu’un couchez avec cette personne-là, pas avec les autres.

On dit, ou plutôt on ne dit pas, mais on fait bien comprendre, que l’orgasme ça ne se partage pas avec n’importe qui que ce sont des choses sérieuses, qu’on ne se donne pas à n’importe qui (surtout si on est une femme) et que c’est mieux de ne pas essayer de prendre n’importe qui (surtout si on est un homme).

On dit : on ne peut pas désirer n’importe qui, c’est soit les hommes soit les femmes. On ne dit pas, mais on fait entendre, que désirer des humains de tout sexe ça fait trop vous comprenez c’est évident c’est mathématique ça veut dire que vous désirez tout le monde à la fois c’est si évident quand on peut sortir avec des hommes ou des femmes ça veut dire qu’on désire tout le monde à la fois et oh là là petits coquins ça fait un peu beaucoup tout ça à la fois vous ne trouvez pas faut se calmer faut choisir dites quand même.

Bien sûr, avec des formes et des cadres, c’est plus facile. On se repère mieux, plus vite. Surtout, on ne s’expose pas à se faire prendre pour n’importe quoi. Si vos paroles et vos actes s’écartent des cadres vous risquez d’avoir l’air de faire n’importe quoi. Mais il n’y a pas que le regard des autres, il y a aussi l’idée qu’on se fait du monde. Sans repères, on risque de se sentir perdu. Le pire labyrinthe est l’absence de tout repère dans l’espace, sans murs ni sol ni ciel, sans haut ni bas ni directions. Et puis si on se sent trop perdus on finit par se demander qui on joue dans l’histoire, si on est Thésée ou le Minotaure, si ça ne serait pas nous le monstre enfermé par précaution.

Le Minotaure le plus monstrueux est un passe-muraille, pas un qui suit les couloirs déjà érigés.

Une vie sans repères serait impossible, pas parce que nous sommes incapables de nous passer de repères, mais parce que tout le monde est situé. Un regard, ce sont des limites, c’est une attention portée quelque part, un champ de vision qui a choisi une direction, des sons qu’on écoute en étant trop loin pour en écouter d’autres. Toute personne vivante est située. Le point de vue objectif n’existe pas, pas de façon innée du moins.

Cela veut dire que l’objectivité, la neutralité, tout comme l’impartialité ou la justice, ne sont pas accessibles spontanément : ce sont des constructions complexes et ardues, que nous bâtissons à force d’expérience, de connaissances accumulées sur tout ce que nous ignorions au début, sur toutes les vies que nous ne vivons pas nous-mêmes mais qui existent en même temps que les nôtres, et sur tous les sentiments, toutes les idées, tous les avis et façons de faire qui découlent de ces vies vécues par d’autres que nous. Replié sur soi-même, on est incapable de connaître le monde dans son entier et donc de penser, de parler et d’agir à l’échelle du monde. C’est tout simplement ce qu’on appelle apprendre, dépasser les préjugés, les opinions préconçues, etc.

Mais cela vaut aussi dans notre façon de penser nos propres vies. La personne qui agit en artiste ou en philosophe, par exemple, est quelqu’un qui, par l’art ou par le raisonnement, tente de creuser la vie et le monde, de s’affranchir de ce qui a déjà été pensé, décrit ou exprimé. L’auteur, c’est étymologiquement celui qui trouve quelque chose à ajouter (qui n’avait pas encore été dit par les auteurs précédents). Les philosophes connus sont ceux qui ont apporté des contributions nouvelles à une réflexion collective mondiale (dont on essaie qu’elle cesse d’être monopolisée par les humains mâles).

Et donc, creuser sa propre vie, se poser des questions différentes sur cette vie unique qu’on est en train de vivre, est quelque chose que tout humain devrait avoir la possibilité de faire. Ce qui implique de lui donner les forces physiques, la santé, mais aussi l’éducation, mais aussi du temps, ce temps qu’on appelle trop vite « loisir » et qui est du temps de vie ni plus ni moins essentiel que le temps qu’on appelle de « travail ». Il faut réclamer, exiger toujours et réexiger la santé, les forces, l’éducation et le temps de s’arrêter pour creuser cette vie que nous sommes en train de vivre, ne serait-ce que parce que nous n’en vivrons qu’une.

Et parmi les multiples sujets de réflexion possibles, ces multiples réalités que nous avons appris à penser d’abord par le biais de ces héritages immenses, il y a ces réalités que sont les sentiments. On nous dit : « amitié », « amour », « couple », « fidélité », « exclusivité », « vie commune » et beaucoup d’autres choses.

Est-il possible d’oublier, ou du moins de mettre entre parenthèses quelques instants ces idées déjà faites, ces idées héritées, et de réfléchir à ce qu’on éprouve hors catégorie ? Est-ce seulement faisable ?

Bien sûr, il y a toutes les réflexions, d’ailleurs abondantes au sein des minorités LGBT+++, sur des sujets comme l’orientation sexuelle, hétéro, homo, bi, pan, queer, asexuel-le-s, autres, ou encore l’amour et le polyamour, le couple, l’exclusivité, la fidélité, etc.

Mais avant même cela, avant même les mots, peut-on saisir ce qu’est un sentiment ? Le peut-on seulement, sans mots ? Faut-il, sinon, se fier aux artistes, aux chanteurs, aux poètes, ou alors aux musiciens et aux peintres romantiques ou expressionnistes, pour essayer d’atteindre à la racine (s’il y en a une) le sentiment avant les mots, avant les idées, les catégories et les délimitations ?

Puis-je remonter, en creusant doucement, attentivement, patiemment, jusqu’à un élan commun à toutes les formes d’amitié, d’amour, d’attirance, de désir, un sentiment antérieur à ces divisions, comme la graine est antérieure à la plante ramifiée, ou bien comme le gisement de minerai est antérieur au métal fondu et forgé ?

Existe-t-il un pareil élan émotionnel ? N’est-ce qu’une chimère romantique, un héritage auquel j’aurais envie de croire, ou bien une utopie à la mode parmi certaines minorités queer ? Vraiment, je n’en sais rien.

Qu’est-ce que se sentir entraîné vers une autre personne ? Non, même pas vers une, mais vers les autres personnes ? Mais vers combien, d’ailleurs ? Quelques-unes ? Plusieurs dizaines ? Des centaines, des milliers, des millions, des milliards d’autres ? Faut-il d’ailleurs se limiter aux humains ? Si nous remontons à une forme d’amour ou d’affection très générale, ne peut-on pas se sentir entraîné vers toute forme de vie ? Faut-il même s’en tenir aux formes de vie ? Peut-on se sentir mû par un élan d’amour envers le monde entier ? On dira : c’est ce que disent certains croyants, les mystiques. Mais sans même recourir à l’idée d’un ou plusieurs dieux, cet élan ne peut-il pas exister ? On dira : c’est de l’exaltation, ou du bisounoursisme, ou pire : de la poésie.

Il est vrai qu’on dit : aimer, c’est choisir. L’amour est sélection car l’amour est regard, il n’existe que par ses limites, son cadrage : « oh oui oh oui oh oui LUI » (ou « ELLE », ou à la rigueur « EUX DEUX » ou « EUX TROIS », mais au-dessus de trois vous aurez du mal à trouver des gens pour vous prendre au sérieux).

On dit, ou plutôt on ne dit pas, que l’amour c’est un peu aussi une histoire d’offre et de demande.

On dira ben si vous dites que vous aimez tout le monde bah c’est qu’hein vous aimez personne ah fait.

Faut choisir.

Dans certains domaines ça se fait de ne pas choisir.

On dit : les droits humains sont pour tout le monde.

On ne le dit pas, mais les droits humains supposent une forme d’élan vers les autres humains. De l’amour oh ça non alors n’allons pas jusque là, mais en fait si un petit chouïa quand même. On va dire de la tolérance alors ça fera plus supportable, ça fera genre « on les supporte », ça évite de dire « on les aime un peu » (sinon ça ferait si mièvre, et d’ailleurs il y a encore des gens qui quand on leur parle des droits humains universels sourient et font ouh bouh bah le gentil naïf et puis aussi la paix dans le monde hein : ben oui, tiens, pourquoi pas, d’ailleurs si on se remontait les manches ? tout progrès humainement construit a commencé à l’état d’utopie tournée en dérision).

On dit, donc : les valeurs universelles, l’humanisme.

On dit aussi : on gagne à partager auprès de toute l’humanité certaines choses. Il faut nourrir tout le monde. La nourriture, l’eau, les ressources naturelles. Il faut prendre soin du monde, dit-on (souvent en pensant : pour que les autres humains puissent eux aussi en profiter).

On dit encore : tout humain a droit à l’éducation.

Larousse dit : je sème à tout vent.

Semer des orgasmes à tout vent, en revanche, est mal considéré.

Mais même sans pousser jusque là, aimer est supposé signifier choisir. Choisir et hiérarchiser. ELLE ou LUI va passer AVANT les autres. Car je l’aime, ou je les aime, PLUS que les autres.

Trop peu envisagée, en revanche, est une conception différente de l’élan qui nous entraîne vers les autres et dont je tâtonne pour essayer de l’exprimer : un bouillonnement, peut-être, ou même pas tant un bouillonnement qu’un mijotement inaperçu, un jeu de lueurs changeantes, aux couleurs toutes différentes, différentes d’une façon évidente et palpables, et plus ou moins proches ou incomparables, mais davantage « qualitativement » différentes que supérieures ou inférieures les unes aux autres. Un bouillonnement, un mijotement, un réseau de vagues de chaleur et de lumières et de couleurs qui existent avant les étiquettes d’amour, d’amitié ou de désir. Avant notre tendance à diviser les choses en considérant l’autre (les autres) comme objet affectif ou comme objet sexuel, et à trancher subtilement : non mais elle c’est juste que tu as envie de lui éjaculer dedans et elle c’est parce que c’est l’âmeuhdeutaviemec.

S’il y a donc des sentiments, un sentiment avant les mots, c’est peut-être cet élan insoutenablement non sélectif, ignorant des divisions et des limites, qui, quand je rencontre quelqu’un (d’inconnu ou de déjà connu depuis un peu ou beaucoup de temps, cela revient au même), m’entraîne vers cette personne, avant que mon cerveau, ma pensée, mes mots hérités du français et de quelques autres langues, mes idées et codes sociaux et moraux hérités de ma vie passée viennent dire : bon, là c’est que ça doit être juste de l’affection, là ça commence à ressembler furieusement à de la tendresse… et là, heu… chais pas trop…

Ça pourrait être une description de la bi/pansexualité, ou du moins d’une forme possible de bi/pansexualité parmi d’autres, le fait de donner une voix à cet élan souvent inaperçu, si vite enterré sous les mises en forme et les mises en moule, ce bouillonnement doux vers les autres, de quelque sexe ou genre qu’ils soient.

Bisexualité et pansexualité, même combat ?

(Histoire de briser tout suspense inutile : en gros, je pense que oui, ou en tout cas qu’il faudrait que oui. Il n’y a plus qu’à détailler.)

Se nommer pour se situer

Il y a quelques années, quand j’ai découvert que je n’étais pas strictement hétérosexuel, mais capable d’être attiré non pas seulement par des femmes, mais aussi par des hommes, j’ai cherché à mettre un nom sur cette attirance.

C’est un besoin que beaucoup de gens ressentent dans une situation pareille, qu’ils soient des pré-adolescents ou des gens d’âge mûr mariés avec enfants et tout. C’est le trouble de Kinsey : on se rend compte qu’on n’est ni en haut ni au bas de l’échelle, mais quelque part entre les deux. Et, si vous me laissez filer la métaphore, je pourrai dire qu’à défaut de se sentir très à son aise sur un barreau d’échelle, on a envie de numéroter les barreaux et de donner un chiffre, voire un nom, au lieu où l’on se trouve. C’est un réconfort qu’on peut croire dérisoire, mais passer de « Au secours, je ne sais pas ce qui m’arrive, je ne suis pas homo et pourtant je suis attiré par un mec, je suis quoi ? » à « Il y a une échelle pour mesurer ça et je suis à 1 ou 2 et non à 0 comme je le pensais », c’est déjà une étape essentielle. On n’est plus hors des cartes, on n’est plus dans l’inconnu total : on tâtonne, on jette autour de soi des balises lumineuses, on prend des repères, on guette, on mesure, on observe, on remesure, avec l’envie, le besoin irrépressible de se situer.

Et, donc, de se nommer. On pourrait s’interroger sur ce besoin de se nommer. Je ne suis pas certain que ce besoin ait quoi que ce soit de spontané (encore moins de naturel) ; je pense que c’est une injonction sociale très contemporaine qui influence beaucoup la façon dont on se pense soi-même, mais envers laquelle il n’est pas impossible de prendre une certaine distance. D’ailleurs, je croise régulièrement des gens qui ne cherchent pas à donner un nom à leur vie sexuelle/sentimentale, qui ne paraissent pas ressentir le besoin de se trouver une étiquette, une catégorie, une désignation. Est-ce de la force, de l’indifférence, une façon de penser différente de la mienne, un hasard pur et simple ? Je n’en ai aucune idée, mais cela me réconforte qu’il y ait des gens comme ça.

Toujours est-il que, de mon côté, j’ai tout de suite eu besoin de mettre un nom sur ce que j’étais. Puisque manifestement je n’étais pas hétéro, mais pas homo non plus, il fallait que je sois autre chose. J’ai cherché sur Internet, j’ai fini par tomber sur le site Bisexualite.info et son forum, je me suis présenté, j’ai discuté, j’ai cherché sur deux ou trois autres sites… et j’ai fini par me dire que je devais être bi. J’ai adopté l’étiquette à titre provisoire, en me disant que c’était rassurant d’avoir ça pour le moment, et qu’on verrait bien plus tard comment les choses évolueraient. Grosso modo six ans après, « bisexuel » me convient toujours.

Mais entre temps, l’eau a passé sous les ponts et j’ai lu pas mal de choses dans le domaine LGBTIQAetc. J’ai découvert plusieurs façons de se définir ou de ne pas se définir dans sa vie sexuelle et/ou sentimentale. Et j’ai découvert toutes sortes d’autres catégories, étiquettes, concepts, groupes, tendances, variantes, nuances… Énormément, même (d’aucuns diraient « Trop » : comme si le fait de se retrouver en dehors des catégories habituelles en la matière appelait une surcompensation, un foisonnement de classements et de conceptualisations… Un foisonnement à la fois exaltant et flippant, puisqu’il risque d’engendrer à son tour séparations, exclusions, discriminations, malentendus, pinaillages et luttes de pouvoir).

L’un des autres concepts que j’ai découverts de cette façon, après la bisexualité, a été la pansexualité.

Bisexualité et pansexualité

Le mot « pansexualité » est inconnu de mon Grand Robert de la langue française 2001 (qui vieillit, sans doute : les choses évoluent vite dans ce domaine, et d’ailleurs « Bisexualité » au sens qu’on lui donne dans le B de LGBT est encore noté comme un sens « rare » dans ce même dictionnaire). Le Wiktionnaire, dictionnaire libre géré par la fondation Wikimédia (la même qui administre Wikipédia), le définit ainsi : « Orientation sexuelle désignant l’attirance, l’affinité d’une personne pour les autres, indifféremment de leur genre, identité de genre ou sexe » et signale le synonyme « omnisexualité ».

La pansexualité est un concept encore plus discret que la bisexualité. Outre son absence des dictionnaires, je me suis rendu compte qu’il n’existait pas vraiment (pour autant que j’aie pu m’en rendre compte, veux-je dire) d’associations ou de mouvement pansexuel. Tout au plus un drapeau, encore tout récent puisqu’il remonte à 2010 (le drapeau bi, lui, a été créé en 1998, et le drapeau arc-en-ciel remonte à au moins 1978).

Drapeau de la fierté pansexuelle (2010).
Drapeau de la fierté pansexuelle proposé sur un Tumblr anglophone en 2010 et repris depuis sur divers sites.

Quelle est la distinction entre la bisexualité et la pansexualité ? Pour en revenir au Wiktionnaire, la bisexualité y est définie ainsi (là encore, je trouve la formulation bien conçue) : « Comportement affectif, sentimental et sexuel se caractérisant par le fait d’être autant attiré par les personnes de sexe opposé au sien, que par les personnes de sexe identique au sien. »

La différence essentielle entre bisexualité et pansexualité réside donc dans leur rapport aux conceptions habituelles du genre (entendu, au singulier, comme le critère de distinction entre deux ou plusieurs genres). Le « bi » de « bisexualité » se réfère à deux sexes, le même et l’autre. Le « pan » de « pansexualité », venu de l’adjectif grec antique pas, pasa, pan qui signifie « tout », renvoie étymologiquement au fait d’être attiré par tout type de personne (ce qui est à comprendre ici évidemment comme tout adulte consentant). Il faut lire la définition pour comprendre l’essentiel : le concept de pansexualité cherche à cerner un type d’attirance détaché de toute distinction de sexe ou de genre.

Autrement dit, en théorie, une personne bisexuelle emploierait le concept de bisexualité pour indiquer qu’elle en reste à une conception classique du genre (hommes/femmes) et que cela compte dans sa façon d’être attirée par les gens, c’est-à-dire qu’elle ne ressent pas forcément le même type d’attirance vis à vis des uns et des autres, tandis qu’une personne qui se revendique pansexuelle agirait ainsi pour indiquer que son attirance est identique quelle que soit la personne par qui elle se sent attirée.

Du moins est-ce la théorie. Car, en toute bonne logique, cela devrait poser un problème : une personne bisexuelle se définirait-elle donc aussi par son refus de sortir avec des trans, serait-elle opposée à avoir des partenaires se revendiquant d’un troisième genre, ou encore à l’idée de sortir avec des personnes intersexuées ? Eh bien en fait, pas du tout. J’ai déjà rencontré des personnes trans qui m’attiraient. Les membres de l’association parisienne Bi’cause avec qui j’ai discuté de ce sujet m’ont dit qu’elles n’avaient naturellement rien contre cette idée non plus. Le bureau de l’association compte plusieurs trans qui se définissent comme bi, certains en couple avec un-e autre trans se définissant aussi comme bi. L’association dans son ensemble prend d’ailleurs régulièrement position en faveur des trans et est représentée chaque année lors de l’Existrans, le défilé pour les droits des trans.

J’en suis donc venu, logiquement, à me demander si je voulais me définir comme bisexuel ou comme pansexuel : après tout, autant choisir le terme qui correspondait le mieux à ma vie et à mes convictions.

Deux raisons ont fait que je préfère encore (du moins à l’heure actuelle) me définir comme bisexuel. La première est personnelle, la seconde, disons, politique ou militante.

La première raison est qu’à titre personnel, je ne peux que convenir qu’il y a bien une différence entre l’attirance que je peux ressentir pour une femme et celle que je peux ressentir pour un homme. Il y a bien sûr une sorte de « base commune » : dans les deux cas il y a du désir, dans les deux cas il peut y avoir des sentiments. Mais j’observe que je tombe plus souvent amoureux de femmes, tandis que, pour les hommes, c’est plus souvent de désir qu’il s’agit. Je suis donc davantage « hétéromantique » que « homoromantique », même s’il m’arrive aussi d’être attiré sentimentalement par un homme. Il y a autre chose : le désir sexuel lui-même varie au fil du temps, selon des « périodes » se mesurant en semaines ou en mois, une sorte de fluctuation naturelle de la libido, qui, sur un fond stable et permanent d’attirance pour toute personne, va me pousser tantôt un peu plus vers les femmes et tantôt un peu plus vers les hommes. (C’est un phénomène dont j’ai parlé à d’autres bi qui s’y reconnaissaient souvent. J’en avais parlé ici.) Ces deux aspects se prêteraient à des développements plus détaillés, car je suis certain par exemple que ma sentimentalité « asymétrique » est en partie due à l’assimilation d’une culture hétérocentriste dont il ne suffit pas de comprendre et de remettre en cause la domination pour s’en libérer dans son psychisme profond. Mais restons-en là pour cette fois-ci.

La deuxième raison me paraît moins avouable, parce qu’elle relève en partie d’un pragmatisme politique qu’on pourrait juger paresseux. Il se trouve que, dans l’histoire des mouvements LGBT, c’est le concept de bisexualité qui a émergé en tant que premier concept susceptible de faire vaciller la binarité stricte homo/hétéro instituée au XIXe siècle. Après déjà plusieurs décennies d’émergence lente et d’invisibilité pénible, le concept semble enfin sortir un peu de la communauté LGBT elle-même et commencer à se faire connaître du grand public. Ne vaut-il pas mieux prolonger cette lutte avec ce mot, plutôt que de multiplier les étiquettes ? Pourtant, une telle stratégie serait vite excluante envers les personnes qui s’identifient comme pansexuelles. Quitte à lutter pour la visibilité et l’égalité, il faut lutter pour des idées, des concepts et des valeurs telles que tous puissent y vivre en pleine lumière paisiblement.

Prendre en compte toutes les nuances dans la lutte pour l’égalité

J’en conclus que la lutte la plus importante, le problème essentiel, est de briser la dichotomie homo/hétéro qui est toujours en vigueur auprès du grand public, alors même que toutes sortes d’études sexologiques et pas mal d’histoires vécues montrent qu’elle est très loin d’être si clairement tranchée pour tout le monde. Cette dichotomie est une norme imposée et non une réalité sexologique ou affective. On pourrait l’appeler « le mythe des deux monosexualités » : l’idée selon laquelle il existe uniquement deux sexualités opposées et incompatibles, l’une entraînant vers les personnes du même sexe et l’autre vers les personnes du sexe opposé. N’est-ce pas d’ailleurs logique que les vies sexuelles/sentimentales des gens soient infiniment plus complexes et variées que cela, puisque la dichotomie de genre homme/femme elle aussi est loin d’être l’opposition bien nette et bien tranchée à laquelle on croit d’ordinaire ?

Ce qui existe à côté de l’homosexualité et de l’hétérosexualité, c’est non seulement la bisexualité, mais aussi la pansexualité et toutes sortes d’autres nuances, à commencer par… les gens qui ne ressentent pas le besoin de se nommer (ceux dont je parlais au début).

Paradoxalement, il existe même une catégorie pour les gens qui ne rentrent dans aucune catégorie : l’altersexualité, définie par le Wiktionnaire comme la « conception de la diversité sexuelle par laquelle un individu refuse une catégorisation ou un étiquetage permanent (ou ferme) de son orientation sexuelle ou de ses attirances sentimentales, sans pour autant être libertin ». En lisant cela, je pense à deux ou trois amies qui m’ont expliqué être capables d’attirance envers aussi bien des hommes que des femmes, sans se définir spécialement comme bi ou pan ou quoi que ce soit… et qui seraient sans doute amusées ou vexées de se retrouver rangées sous un énième nom composé en « -sexualité ».

Ce qui compte avant tout, c’est de faire comprendre à tout le monde que la « monosexualité » (le fait d’être attiré par un seul sexe : le sexe opposé pour l’hétérosexualité, le même sexe pour l’homosexualité) n’est pas le seul type de sexualité qui existe, et qu’on peut être ailleurs que dans le « tout un ou tout autre » exclusif. Toutes sortes de gens se sentent régulièrement attirés par des personnes de tout sexe et de tout genre ; pour certains les catégories habituelles de genre comptent, tandis que d’autres ne se sentent pas du tout conditionnées par cela dans leur attirance et leurs sentiments, etc. etc.

Bisexualité, pansexualité et « sans étiquette », même combat ? À mes yeux, oui, certainement. Qu’en pensez-vous ?

Plug and pray

Voici une réaction à l’article : L’«arbre» de Paul McCarthy vandalisé. En deux mots, l’artiste américain Paul McCarthy a fait installer, place Vendôme à Paris, une structure gonflable géante dont la forme géométrique évoque un sapin, ou bien, si l’on est expert de ce sujet, un plug anal (pour les oies blanches parmi vous, il s’agit d’un petit sex toy qu’on fait entrer délicatement dans l’anus, avec du lubrifiant, pour en tirer de doux plaisirs). Naturellement, la chose ne pouvait pas plaire à tout le monde. Atroce gaspillage de l’argent public, pour ceux qui n’aiment pas. Amusante provocation, pour ceux qui aiment et qui y voient un plug. Rien de particulier, pour les autres passants qui étaient trop pressés ou indifférents pour prendre le temps de faire un bon vieux scandale. Mais voilà que l’artiste accueilli dans notre douce France s’est fait agresser par un homme furieux (un habitant de la place, peut-être ? voilà qui ne va pas améliorer la réputation de ce quartier déjà sensible), et que, dans la nuit d’hier à aujourd’hui, le sapin a été vandalisé…

***

C’est trop tentant, il faut imaginer la scène. Une nuit noire pèse sur la place Vendôme. A la lueur trouble des vitrines de bijoutiers, une silhouette furtive s’approche subrepticement. Qui est-elle, cette main vengeresse ? L’Histoire nous le dira peut-être. Devant elle, voici que trône, menaçante, la silhouette oblongue de la décadence faite plastique. Du sapin, Paul McCarthy avait retenu la forme pyramidale, le vert apaisant, la rondeur. Notre Robin des bois du Ier arrondissement, lui, n’a retenu que l’aiguille.

Les retrouvailles sont assassines. Tel Brutus le jour des Ides de mars, notre héros plante son stylet improvisé dans les entrailles de l’arbre, figure après tout aussi paternelle que phallique. Percé au coeur, le roi des forêts s’affaisse lentement sur lui-même. Son meurtrier écoute sans frémir le « flblblblblbl » pathétique. Il est droit, il est fier, il porte en lui l’identité du pays, il en est sûr. Voici mise à bas la plante gonflable. L’ordre moral est rétabli dans la maison France.

Car enfin, quoi ! Cette forme arrondie, verte, neutre à souhait, il était indéniable qu’elle ressemblait à un sex toy ! Et comment cet artiste – du moins est-ce ainsi qu’il s’autoproclamait, l’impudent – a-t-il osé montrer tout haut ce que les gens s’enfilent tout en bas ? Ne savait-il pas que la sexualité est une chose terrible ? Ignorait-il qu’en France, contrairement à ce qu’espéraient ces dangereux utopistes de 68, on ne peut toujours pas jouir sans entraves ? Avait-il oublié qu’en 2014 après Jésus-Crispe, dans la République de Fronce, la vie est faite pour travailler le jour avec un oeil sévère et pour s’accoupler en silence la nuit, le doigt tremblant, en priant pour ne pas être entendu des voisins (qui, eux, se sont sûrement attardés à regarder la rediffusion de ce salutaire reportage sur les fraudes aux aides sociales) ? Il fallait, après tout, clarifier ce qu’il est convenable d’avoir dans le cul : un balai, oui, un sex toy, certainement pas.

Oui, vraiment, la ressemblance était dérangeante. La ressemblance, que dis-je ? C’était un plug, un gigantesque plug ! Il était impossible d’y voir autre chose. Impensable, par exemple, d’y voir simplement un genre de gros jouet de Noël symbolique (éloignez les enfants, ils auraient tout de suite vu que c’était sexuel, à n’en pas douter). Inconcevable, aussi, d’y voir une dénonciation ironique de l’infantilisation croissante qui s’empare des logos, interfaces et « applis » informatiques actuelles, où le moindre bouton à cliquer devient rond et coloré comme un hochet.

Quant à y voir ce qu’Umberto Eco appelle une « oeuvre ouverte », une oeuvre volontairement ambiguë, laissant libre l’imagination et l’interprétation à chaque passant, c’était hors de question. Laisser les gens libres d’aimer ou non, libres de réfléchir par eux-mêmes à ce qu’ils voulaient voir là, vraiment, et puis quoi encore ? Heureusement qu’il y a toujours un troll professionnel pour venir marquer son territoire, éructer sa petite injure, apposer son petit coup de griffe. Voilà vraiment qui fera la grandeur du pays, et voilà qui est très bon signe pour le respect de cette fameuse liberté d’expression si ardemment réclamée par les extrémistes (qui auraient du mal à trouver d’autres arguments, vu l’inanité de leurs propos).

Vous savez, il me plaît bien, cet arbre ambigu. D’ailleurs, je le remets en photo, tiens.

Journée de la bisexualité 2014 : le programme

BanniereJourneeBisexualite2014-AvecURL-Nyala

La Journée internationale de la bisexualité aura lieu le 23 septembre, qui tombe cette année un mardi. À cette occasion, les associations bisexuelles du monde entier, en lien avec les associations LGBTIQ+++, organisent des événements pour faire connaître la bisexualité, donner une voix aux bisexuel-le-s et lutter contre l’ignorance, les idées reçues et la biphobie.

Comme chaque année, je vais tenter de regrouper dans ce billet toutes les informations que je pourrai rassembler sur cette journée et sur les différents événements prévus. N’hésitez pas à compléter ces informations en postant des commentaires ou en m’écrivant à silvius-biplan (arobase) hotmail.fr !

Dernière mise à jour : jeudi 25 septembre (ajout d’un événement à Rennes dont je n’ai entendu parler qu’aujourd’hui… ahem, mais mieux vaut tard que jamais !).

En France

À Paris le 23 septembre, l’association Bi’cause, basée à Paris, prévoit une soirée en deux parties :

– un rassemblement public à 18h place Igor-Stravinsky, juste à côté du Centre Beaubourg (voyez l’emplacement sur Open Street Map et l’événement sur Facebook). Même s’il ne s’agit que d’un rassemblement immobile et non d’une marche, nous allons tout faire pour que ce soit une vraie petite « Bi-Pride » avec drapeaux et prises de paroles. Elle durera jusqu’à 19h15-19h30.

– puis, à partir de 19h30-45, un apéritif dînatoire convivial dans la salle des mariages de la Mairie du 3e arrondissement, propice aux discussions entre bi, militant-e-s ou non. Si vous êtes là dès 18h à Stravinsky, le trajet jusqu’à la mairie se fera à pied en distribuant des brochures sur la bisexualité aux passants.

La soirée est ainsi modulable en fonction de vos disponibilités : si vous êtes disponible dès 18h mais pas après, vous pouvez venir seulement pour le rassemblement public ; si vous n’êtes disponible qu’à partir de 19h30, vous pouvez ne venir qu’à la Mairie, etc.

Rappelons que vous pouvez suivre l’actualité de Bi’cause via son site Internet, sa page Facebook, son profil Google+, son compte Twitter, ou tout simplement contacter l’association par mail à association_bicause (arobase) yahoo.fr !

Cet événement est organisé en lien avec plusieurs autres associations LGBT : le Centre LGBT Paris-Île-de-France, l’Inter-LGBT, le MAG Jeunes LGBT, FièrEs, SOS Homophobie, HomoSFèRe, le GLUP, AIDES, Front Runners, EnerGay, Barbieturix, Flag ! et Contact. La liste des soutiens, impressionnante, s’est constamment étoffée au cours des dernières semaines : merci chaleureusement à tou-te-s pour ces soutiens !

À Rennes, le mercredi 24 septembre de 19h à 22h, a eu lieu au Centre LGBT une discussion sur la bisexualité et la biphobie. Voyez les détails sur le site du Centre LGBT Rennes.

À Strasbourg, le 25 septembre, l’association Bi’loulous et le MAG Jeunes LGBT en partenariat avec La Station organisent une soirée de 16h à 22h. Le programme est encore en discussion mais il y aura très probablement « un débat, une activité ludique et un apéro-débat ». Voici le détail posté sur le site de La Station :

« Les associations Bi’loulou-ve-s et Le MAG jeunes LGBT, en partenariat pérenne avec La Station, vous convient à la célébre journée internationale de la bisexualité et de la pansexualité dans une ambiance festive et chaleureuse.
Coup d’envoi à 16h, apportez vos coups de coeur et vos coups de gueule; nous préparons ensemble la décoration de La Station et concocterons d’appétissants amuse-bouche pour lancer l’apéro-débat de 18h à 20h.
En clôture, nous projetterons le film « Hammam »de Ferzan Özpetek (en français).

Le programme:

– Atelier déco et préaparation apéro en commun, on vous encourage à apporter des denrées de 16h à18h.

– Apéro-Débat, on vous encourage à ramener documents et questions de 18h à 20h

– Projection Hammam de 20h à 22h »

Voyez aussi le plan d’accès sur le site du MAG et au besoin le site de l’association Bi’Loulous pour les contacter au besoin.

Je remarque avec intérêt que les bi strasbourgeois incluent la pansexualité dans l’intitulé de la journée, ce qui me semble une excellente idée. Cela fait un bon moment que j’ai envie d’écrire ici sur la distinction entre bisexualité et pansexualité et sur les relations entre les deux. De fait, la pansexualité est pour le moment encore moins visible que la bisexualité, pour de simples raisons d’histoire des mouvements militants, mais c’est une bonne idée de lui donner sa place dans les événements d’une telle journée. L’idéal serait d’en profiter pour organiser des débats sur ce sujet, mais des discussions informelles peuvent déjà en être l’occasion.

En Belgique

À Bruxelles, le 20 septembre, l’organisation flamande Cavaria organise, en coopération avec les associations “Dubbelzinnig” (Antwerp) et “Ertussenin” (Hasselt), un événement « BI Yourself », un « brainstorming bi » au sujet du bien-être des personnes bisexuelles, qui aura lieu au “Huis van het Nederlands”. Dès 9h30 le matin, Alexis Dewaele, de l’Université Gent, présentera les résultats de ses recherches portant sur les bis dans la communauté flamande. Voyez la page de l’événement sur le site de l’association Cavaria (en flamand) ou l’annonce sur le site international de la Journée (en anglais).

En Suisse

À Genève, le 23 septembre, le Groupe bi de l’association 360 donne rendez-vous à 19h aux Cinéma du Grütli pour voir le film Violette Leduc, dans le cadre du festival de cinéma LGBTIQA « Everybody’s perfect ». La séance sera suivie d’un pot au bar du festival. Voyez les informations et le plan d’accès sur le site du groupe 360 et aussi le site du festival.

Notez aussi que le 9 octobre, toujours à Genève, le Groupe bi invitera Karl Mengel, auteur du livre Pour et contre la bisexualité (La Musardine, 2009), à donner une conférence « Un soupçon de liberté : la bisexualité décomplexée ». La conférence aura lieu à 19h30 à la Maison des associations. Plus de détails sur le site du Groupe bi.

Ailleurs dans le monde

Les bisexuel-le-s des différents pays organisent des événements de nature et d’ampleur très variées. Comme chaque année ces derniers temps, le site anglophone September23.bi.org rassemble les annonces d’événements prévus sur toute la planète. Les noms anglais de la Journée de la bisexualité sont « Bi Visibility Day » (Journée de la visiBlité bisexuelle) et parfois le « Celebrate Bisexuality Day » (Journée de célébration de la bisexualité). Des événements sont prévus à Berlin, Madrid, Jérusalem, Belgrade, Melbourne, et dans plein d’endroits au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Sur Internet

Même si votre 23 septembre est déjà désespérément pris, vous aurez aussi moyen de prendre part à la Journée ou de manifester votre soutien aux bisexuel-le-s sur Internet.

Sur Twitter, le hashtag #BiVisibilityDay (déjà utilisé les années précédentes) rassemblera les tweets en lien avec la journée. Le site international convie les bi disposant d’un compte Twitter à une « tempête de tweets » le 23 septembre via ce hashtag et le hashtag #BiPride. Il est possible d’envoyer un message au site afin que votre compte envoie automatiquement un tweet sur ce thème à la bonne date : si cela vous intéresse, voyez le message en anglais.

Plus généralement, vous pouvez poster sur Internet des bannières, drapeaux, images, etc. sur le thème de la bisexualité pour manifester votre soutien (notez que ces images peuvent aussi servir dans un rassemblement « IRL » si vous les imprimez). Sur ce blog, vous trouverez des bannières Web que j’avais faites l’an dernier (mais qui sont réutilisables), et des réflexions sur la façon de montrer la bisexualité en images. Si jamais vous ne connaissiez pas encore l’existence du drapeau de la fierté bisexuelle, allez donc lire l’article dédié sur Wikipédia, qui vous permettra de comprendre pourquoi ce blog aime autant le bleu, le rose et surtout le violet !

Si vous préférez poster de la musique, voyez mon billet « Chansons de bi ! » pour quelques références.

J’ai quelques autres idées d’images et de bannières, que je mettrai en pratique selon le temps dont je disposerai. Voici déjà quelques bricolages :

PersonnaliteBiHercule

PersonnaliteBiXena

PersonnaliteBiYourcenar

PersonnaliteBiVerlaine

PersonnaliteBiAnnaPaquin

PersonnaliteBiAlanCumming

(Si vous voulez jeter un oeil à ce qui s’est fait les années passées, voyez mes billets pour la Journée de 2013 et pour celle de 2012.)