[Événement] Bi'cause à Paris : Bi'envenue ce jeudi 25 avril 2013

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Comme d’habitude, je relaie la soirée mensuelle d’accueil de l’association bisexuelle Bi’cause :
Cher(e)s ami(e)s,
Nous vous donnons rendez-vous pour notre soirée « Bi’envenue »  jeudi 25 avril 2013, à partir de 20 h,
au Banana Café,
13, rue de la Ferronnerie,
75001 Paris, RER Châtelet-Les Halles.La Bi’envenue est le rendez-vous mensuel de l’association Bi’Cause, un temps d’accueil, d’échange, d’expression, d’information, sans thème défini à l’avance.
Chaque dernier jeudi de chaque mois, il est ouvert aux adhérents et sympathisants, nouveaux venus et  bi friendly, à ceux qui veulent en savoir plus sur l’association Bi’Cause, tous ceux qui s’intéressent à la bisexualité.
Descendez directement au piano bar en sous-sol, nous serons là pour vous accueillir ! Et soyez les bi’envenus !
Association Bi’Cause
« Parce que l’amour est un droit… »
Site internet :http://bicause.webou.net (nouveau site)
Infoline et répondeur : 06 44 22 20 62 (nouveau numéro)
Page Facebook : www.facebook.com/Bi.Cause
Compte Twitter : www.twitter.com/Bi_Cause
Adresse postale :  c/o Centre LGBT,61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris.
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[Événement] Bi'cause les 25 et 28 mars 2013 ; logo de Bi'Loulous

(Incroyable, je poste une annonce d’événements vraiment en avance. Tout est possible.)

Bi’cause à Paris

– le lundi 25 mars, la prochaine Bi’causerie de l’association Bi’cause sera une rencontre avec l’association LGBTI++ « Les oubliés de la mémoire », qui œuvre pour la préservation et la diffusion du savoir concernant les personnes déportées pendant la seconde guerre mondiale en raison de leur identité de genre et/ou de leur orientation sexuelle-sentimentale (notamment les « triangles roses »). La Bi’causerie aura lieu à 20h au Centre LGBT Paris-Île-de-France (après 20h, sonnez).

le jeudi 28 mars aura lieu la Bi’envenue mensuelle de l’association, destinée à des échanges conviviaux autour de la bisexualité, notamment pour les gens qui ne sont encore jamais venus, et aussi à présenter l’association aux personnes potentiellement intéressées (parce que c’est aussi le soutien des adhérents qui fait progresser la représentation des bi parmi les LGBTI+++ et auprès du grand public !).

Bi’Loulous

Vendredi (le 15 mars) a donc eu lieu la réunion fondatrice de l’association strasbourgeoise Bi’Loulous. L’association nouvelle-née vient juste de se doter d’un logo que je reproduis ici :

Logo-BiloulousVous pouvez aller voir leur site, vous présenter sur leur forum (nouveau-né aussi), et voir leur page Facebook. Pour les contacter, vous pouvez leur envoyer un mail à assobiloulous (arobase) gmail.com. Gageons que les annonces de futures activités ne vont pas tarder, mais, pour le moment, il faut surtout faire connaître cette toute nouvelle association et faire venir du monde, alors n’hésitez pas à diffuser l’information autour de vous !

La bisexualité, grande oubliée du débat sur le mariage

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai été choqué par la déferlante d’homophobie décomplexée qui a inondé les médias et Internet à l’occasion de la présentation du projet de loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, puis de sa discussion à l’Assemblée nationale. J’ai eu de la chance dans la vie et je ne peux pas prétendre avoir été souvent confronté à de l’homophobie directe et violente : la campagne de désinformation pure menée par les opposants au projet de loi a été la première fois où je me suis senti profondément rejeté et détesté à cause de mes attirances et de mes sentiments.

 

Mais, en tant que bisexuel, une violence supplémentaire, plus insidieuse, a été l’absence totale de la moindre mention des personnes bisexuelles dans ce débat. D’emblée, et cela même dans les propos des meilleurs défenseurs du projet (tu quoque Taubira), la loi a été présentée en termes d’ouverture du mariage à une catégorie prédéfinie de personnes qui serait « les homosexuel-le-s ». C’est comme si même les partisans du projet les plus progressistes s’étaient avérés incapables de le porter dans toute son ampleur, dans toute sa grandeur aussi : le fait qu’il ne recourt nulle part à la notion d’orientation sexuelle ou sentimentale, et raisonne uniquement en fonction du sexe des personnes à marier.

 

Je ne répèterai jamais assez à quel point cette approche est une bonne chose, et à quel point les mots sont importants : c’est bel et bien de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe qu’il s’agit, et non d’un quelconque « mariage gay ». Le droit de se marier à une personne du même sexe que soi est un droit que tout le monde va acquérir (même Christine Boutin et André Vingt-Trois, ne leur en déplaise) : ça, ça a été dit, mais personne ne semble avoir osé en tirer les (excellentes) conséquences, à savoir que toutes les citoyennes et tous les citoyens français, sans distinction d’orientation sexuelle/sentimentale, vont avoir désormais la liberté de se marier avec un autre adulte consentant sans distinction de sexe.

 

Le changement principal, le bouleversement, l’incroyable progrès est ici : la loi, techniquement, ignorera désormais le sexe de la personne avec laquelle vous voulez vous marier. Homme ou femme, ce sera le même mariage et (presque : espérons que la suite viendra) les mêmes droits.

 

Il suffit de réfléchir deux secondes pour comprendre à quel point cette loi est incroyablement favorable aux bi et favorable aussi à une conception plus fluide de la vie sexuelle et amoureuse en France. Désormais, non seulement il sera légal d’envisager un amour-toujours avec quelqu’un du même sexe dans le cadre du mariage, tout comme c’était possible jusque là avec une personne de l’autre sexe, mais il sera aussi légal de mener une vie de couple successivement avec un mari puis avec une épouse ou inversement. De plus, la progression déjà nette (même si encore très perfectible) des droits accordés aux couples de même sexe diminue le gouffre qui existait jusque là entre les deux types de couples, ce qui confère une légitimité déjà plus égale à ces deux types de vie de couple : cela réduit en partie la désagréable schizophrénie que j’évoquais parmi les difficultés rencontrés par les bi dans leurs perspectives de vie dans un précédent billet.

 

Alors, pourquoi ne pas avoir parlé ici plus tôt du mariage pour tous ? Je dois dire que j’ai l’impression de m’être fait avoir. D’avoir cédé à la pression imbécile des homophobes (lesquels sont évidemment biphobes sans le savoir puisque leur vision du monde n’inclut même pas la possibilité d’une bisexualité : je suppose qu’on doit être des espèces d’aliens pour eux), et d’avoir laissé les opposants influer sur les termes du débat, nous ramener par leurs propos à une simple défense de l’homosexualité comme on ne devrait plus avoir à en faire, contre des critiques dont l’archaïsme donnait régulièrement dans l’anachronisme.

 

Atterré par ce nivellement du débat, je me suis laissé aller à penser parfois qu’au fond on avait déjà assez de mal à parler des homos sans se faire taper sur la gueule, alors je n’allais pas « en plus » parler des bi. J’ai craint qu’une mise en avant du caractère admirablement progressiste et « bi-friendly » de cette loi ne la rende encore plus compliquée à défendre et ne fasse que donner aux opposants matière à davantage de désinformation et de propagation de clichés.

 

Il est déjà difficile d’être une minorité dans la minorité, de devoir toujours faire l’effort supplémentaire de signaler aux minorités qu’on existe aussi et qu’on aimerait bien avoir pignon sur rue, être inclus nous aussi dans la prise en compte scrupuleuse des différentes sensibilités, des différents modes de vie possibles autres qu’hétéronormés.

 

Mais pendant tout ce débat, je me suis senti littéralement nié dans ce que j’étais. Pas un mot sur la bisexualité, sur l’éventualité même de vivre une vie où l’on peut ressentir du désir et des sentiments aussi bien pour des gens de l’autre sexe que pour des gens du même sexe. Ce n’était même pas qu’on en parlait sur le mode de la critique ou de l’insulte plus ou moins déguisée, comme c’était le cas pour l’homosexualité : on n’en parlait même pas. Ce n’était pas dans les termes du débat. On ne posait même pas la question. Ni les députés, ni les sociologues ou autres universitaires que j’ai pu lire, ni les journalistes n’ont jamais inclus la bisexualité dans cette loi qui concerne pourtant les bi au premier chef… et qui concerne tous les Français dans leurs libertés.

 

Au fond, ce projet de loi accorde à tous une liberté dont personne ne veut prendre vraiment la mesure. Chacun a continué à penser avec des catégories contestables et dépassées, cette bipartitition homo/hétéro si confortable pour la majorité qui se croit hétéro, si utile pour rejeter toute attirance vers le même sexe dans une altérité radicale, un autre monde. Le projet de loi, heureusement, est plus évolué que cela.

 

Cette absence complète de la bisexualité et des bi dans le débat est le dernier exemple en date, et le plus criant, de ce qu’on appelle « l’invisibilisation de la bisexualité », et que j’appelle souvent ici « invisiBIlité ». La bisexualité est là, elle concerne des millions de gens en France, même si tous ne s’en revendiquent pas comme d’une étiquette communautaire et/ou militante – ce qui ne change rien à la nécessité de prendre en compte leur sensibilité et leurs problèmes. La possibilité et même la réalité de la bisexualité, dans ses multiples nuances, est connue au moins depuis les rapports Kinsey, mais tout se passe comme si la société française ne se décidait toujours pas à la digérer.

 

Il le faudra bien, et je pense que cette loi y aidera beaucoup. On peut espérer que d’ici une ou deux générations, les catégories homo/hétéro seront enfin nuancées, au moins par ce troisième terme commode qu’est « bisexuel », voire par une palette encore plus riche. Mais comme d’habitude, rien ne changera si on ne se bouge pas, que ce soit dans les discours médiatiques et savants ou tout simplement dans la vie quotidienne.

 

Si on ne prend pas la parole au nom des idées progressistes, il y aura toujours des conservateurs, voire des réactionnaires, pour emprisonner la discussion dans des termes complètement archaïques, en décalage complet avec la réalité des vies.

 

Bref, j’ai eu tort de me taire si longtemps sur ce sujet, et j’en ai un peu honte… mais mieux vaut tard que jamais.

 

C’est pourquoi je suis d’autant plus heureux d’annoncer le sujet de la prochaine Bi’causerie à Paris, qui aura lieu ce lundi 11 mars, et qui portera précisément sur « Bisexualité et mariage pour tous » :
Cher(e)s ami(e)s, Bi’causien(ne)s,
Nous vous invitons à la prochaine Bi’causerie qui aura lieu le lundi 11 mars, à 20 h. Le thème en est le suivant :
 
La loi sur le mariage bientôt votée ? Sa place dans le mouvement général pour l’égalité des droits… Et qu’en pensent les bi-e-s ? L’adoption, la filiation, comment ? La PMA quand ? Et les trans’ ? Vastes sujets que nous aborderons lors de la Bi’Causerie du 11 mars.
 
Au Centre LGBT, 61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris
Après 20 h, sonnez.
Métro : Arts et Métiers, Rambuteau, RER Châtelet – Les Halles Bus 38, 47, arrêt Grenier Saint-Lazare – Quartier de l’Horloge Vélib’ stations n° 3010 et n° 3014
 
à bientôt !
L’équipe de Bi’Cause

 

Association Bi’Cause
« Parce que l’amour est un droit… »
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Venez en nombre !

Activités de Bi'cause : sortie cinéma "La Parade" lundi 25 et Bi'envenue le jeudi 28

2013, La Parade

Actualités de l’association parisienne Bi’cause :

Lundi 25 février : la Bi’causerie prévue avec l’association « Les oubliés de la mémoire » est reportée. À la place, le même jour (demain), l’association vous propose une sortie cinéma pour aller voir le film La Parade, de Srdjan Dragojevic (2013).
La séance se déroule à
La Clef
34 rue Daubenton 75005
Paris 5e
Métro Censier – Daubenton
En VO, Numérique
lundi 25/02 à 21h
Début du film : 21h
Fin : 23h environ

Fiche du film La Parade sur le site du magazine Première

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Jeudi 28 février : la réunion habituelle Bi’envenue, destinée à discuter de la bsiexualité en toute convivialité et particulièrement ouverte aux nouveaux venus, aura lieu comme d’habitude au « Banana Café « , 13 rue de la Ferronnerie, Paris, métro Châtelet-Les Halles, à partir de 20h00 (rendez-vous au piano bar en sous-sol).

Site de Bi’cause

Page Facebook de Bi’cause

Manifestation du 27 janvier : Bi'cause toujours là !

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Demain dimanche 27 janvier  aura lieu un nouveau rassemblement à Paris pour soutenir le projet d’ouverture du mariage et de l’adoption – et de la PMA – aux couples de même sexe. Comme lors de la précédente manifestation, Bi’cause sera au rendez-vous pour aider à représenter les personnes bisexuelles dans ce cortège, dans un débat où les bi sont complètement oubliés mais luttent eux aussi pour les droits des LGBTIQ+++.

Voici d’abord le communiqué de l’association (il date du 12, d’où l’allusion à la manif des anti le 13) :

Chère amie, cher ami,

 Il faudrait vivre sur une île déserte (sans Internet !) ou dans le blizzard sous un igloo pour ne pas être au courant de la démonstration que les « antis » préparent pour ce week-end.

 De leur côté, l’intolérance, le rejet, le refus, l’inégalité.

 Du nôtre, du côté que nous partageons, celles et ceux qui représentent toute la diversité de la société : le homos, les hétéros, les bis et les autres, les jeunes et les moins jeunes, les parents et les enfants, l’ouverture…

 Oui, Bi’Cause partage les valeurs pour l’égalité des droits, quels qu’ils soient. Oui, Bi’Cause se sent bien dans ce mouvement qui monte et prend de l’ampleur, et ce, quelles que soient les positions personnelles sur « l’institution mariage », sur le fait d’être individuellement attiré par elle ou non.

 Oui, Bi’Cause se sent partie prenante de cette chaleur qui se construit, et qui devrait submerger les rues, de Paris le 27 janvier, de province aussi.

Nous vous invitons, si vous habitez en province, à rechercher une éventuelle manifestation, notamment le 19 janvier, dans votre ville ou dans une ville proche. Et si vous le voulez, belote et rebelote, nous vous accueillerons avec plaisir le 27 dans notre petit cortège(*).

Oui, nous voulons faire entendre la voix des bisexuelles et bisexuels lors de ces journées, cette voix que résume notre conviction :

« Aimer en toute légalité, c’est aimer en toute égalité ».

Et les informations pratiques pour retrouver Bi’cause : le cortège de l’association se trouvera à hauteur du 98, boulevard Arago pour prendre le départ de la manifestation à 14h avec le reste du cortège.

Venez nombreuses et nombreux !

(Au fait, si vous n’avez pas de drapeau bi à apporter, sachez que l’association en vend généralement : de mémoire, c’est 10 euros par défaut, 5 euros pour les adhérents. Sinon, on peut aussi en trouver sur Internet, bien sûr, mais vu le délai de commande c’est plutôt à faire en prévision des prochaines manifs.)

Drapeau de la fierté bisexuelle. Source : Wikimedia Commons.
Drapeau de la fierté bisexuelle. Source : Wikimedia Commons.

Pour la manifestation de demain et pour les prochaines, je rappelle quelques sites précieux pour se tenir au courant des rassemblements dans les différentes régions de France et pour la logistique (covoiturages, logements, préparations de slogans et d’affiches, etc.) :

Pridemap pour les rassemblements en province et la logistique de déplacement.

Agissons pour l’égalité pour l’organisation, les argumentaires et les affiches.

– Si vous êtes sur les réseaux sociaux, prenez le temps de chercher les nombreux événements consacrés au soutien à ce projet de loi, par exemple l’événement Facebook de la manif’ du 27.

– Des petites choses utiles : le tract-argumentaire de l’Inter-LGBT (lien vers le document pdf sur leur site), et une BD pro-mariage avec de vrais arguments dedans sur le blog BD de Silver (merci à lui !).

Enfin et surtout, si jamais vous ne pouvez pas venir vous-même :

– Pensez à manifester votre soutien à vos fenêtres et/ou sur Internet, sur les forums, les réseaux sociaux, etc.

– Parlez-en autour de vous, invitez les gens à venir, et, si vous tombez sur des opposants au projet, argumentez pied à pied !

Bonne manifestation à tous et à bientôt pour la suite !

Manifestation du 16 décembre : les bi dans le cortège !

Je relaie le communiqué de l’association bi parisienne Bi’cause en vue de la manifestation de demain dimanche 16 décembre 2012 :

Pour l’égalité maintenant, contre les discriminations tout le temps !

manifestation du 16/12 à Paris

1) Nous proposons de retrouver le cortège de Bi’Cause à 13h45 place de la Bastille angle rue de Lyon place de la Bastille, côté sud de l’immeuble de l’Opéra Bastille.Ensuite nous nous insèrerons à la place qui nous aura été conseillée par les organisateurs.

2) Voici l’extrait de messages qui circulent au niveau de l’inter lgbt. :

Pour ceux qui ont raté le collage mais qui sont intéressés : Aides en organise un le 13 décembre : contacter…

Nous ne mettons pas le nom de la personne à contacter, nous lui faisons part du mail des ami-e-s intéressé-e-s et disponibles ; prévoir un rdv au centre lgbt vers 19h jeudi 13.

Pour participer aux tractages, s’inscrire sur le doodle : http://doodle.com/g9xa3c5cvdsh62iv

3) Lundi, à la Bi’Causerie, nous avons lancé une première collecte pour contribuer à financer les affiches, tracts, locations de camion et de sono. Nous avons récolté 15,30€, ce qui est un bon début.

Nous ouvrons un « Bi’Manif-thon » : faites vos promesses de dons, et notre trésorier engagera la somme cumulée et se chargera de récupérer les fonds auprès de vous… Objectif modéré, et donc à exploser : 100 € ! à vos claviers pour répondre, si possible positivement !

à bientôt de vous lire et de vous retrouver,

l’équipe de Bi’Cause

Je vous recommande aussi la lecture de cet article sur Yagg qui rassemble beaucoup de références, d’indications et de conseils pour les manifestations, à Paris et dans toute la France. Bonnes manifestations à tout-te-s !

Rencontre avec… Nelly Ambert, présidente de l’association Bi’cause

Bi’cause est la première et la plus importante association de personnes bisexuelles en France. Née en 1995 sous le nom de « Groupe bi » avant de devenir Bi’cause en 1997, elle a son siège à Paris, au Centre LGBT Paris-Île-de-France. En dix-sept ans d’existence, Bi’cause n’a eu de cesse de faire entendre la voix des bi, tant auprès du grand public que dans les milieux LGBT.  À titre personnel, j’ai rapidement croisé Bi’cause sur mon chemin de jeune bi en pleine découverte, et je suis adhérent de l’association depuis quelques mois. Mais, finalement, je ne la connaissais pas si bien, et les interviews souvent courtes publiées dans la presse LGBT laissaient beaucoup de mes questions sans réponses.

D’où une idée un peu téméraire : et si j’interviewais des gens de Bi’cause ? C’est ainsi que la présidente actuelle de Bi’cause, Nelly Ambert, a très gentiment accepté de répondre à une interview par mail, où je l’interroge à la fois sur l’association en général et sur son parcours personnel de militante bi.

Commençons par séduire nos lecteurs : que dirais-tu aux internautes qui ne sont pas bisexuels pour les convaincre de lire cet article ?

Je leur dirais qu’ils ont des chances d’être surpris car la bisexualité est un territoire encore très méconnu. Et ils seront sans doute surpris également de découvrir que ce territoire présente des paysages assez semblables au leur.

Si tu veux bien nous en dire deux mots, quel a été ton parcours personnel en tant que bi ? Comment en es-tu venue à t’engager dans Bi’cause, puis à en devenir présidente ?

J’ai compris que j’étais bi quand j’ai découvert le mot. Je savais que je n’étais pas hétéro car j’étais un jour tombée amoureuse d’une femme. Je savais que je n’étais pas lesbienne car mes attirances allaient généralement vers les hommes. En fait je ne m’étais pas vraiment posé la question d’un positionnement dans ce domaine. Par contre j’avais résolu mon positionnement identitaire : la société vous case dans un genre : masculin ou féminin. Or, si j’acceptais mon corps tel qu’il était, mentalement j’avais grandi avec un idéal du moi masculin. A l’adolescence il m’a fallu négocier avec moi-même. Il y a eu un moment compliqué et, diplomatiquement, l’arrangement que j’ai pris avec moi-même fut de me dire que j’étais un être humain avant tout, point barre. Alors quand je suis tombée amoureuse d’une femme j’étais simplement un être humain qui tombait amoureux d’un autre être humain. C’était limpide.

C’est cette personne qui m’a fait découvrir Bi’Cause. En arrivant dans cette association, j’y ai ressenti une vraie fraternité, fait de belles rencontres qui ont compté énormément dans ma vie. L’engagement militant consiste à rendre un peu de ce qu’on a reçu, et à mettre sa petite pierre là où on voit qu’il y a encore à bâtir pour abriter les gens des intempéries. Les bisexuels sont encore bien mal perçus (mal dans les deux sens du terme). Je pense que Bi’Cause est une association qui a beaucoup à apporter pour aider à une meilleure connaissance et reconnaissance de la bisexualité. C’est aussi une association qui a un bel esprit et une déontologie. Sans militants, une association meurt, et ce serait dommage.

Comment présenterais-tu brièvement la raison d’être et les activités de Bi’cause, pour les gens qui ne connaissent pas du tout l’association ?

Bi’Cause se donne pour missions, dès son origine, plusieurs domaines d’intervention qui sont listés dans les statuts : favoriser l’émergence d’une identité bisexuelle, développer les rencontres entre bisexuel/les, informer sur la bisexualité, aider et soutenir les bisexuel/les, notamment contre la biphobie, développer la connaissance de la bisexualité, contribuer à la lutte contre le sida et les maladies sexuellement transmissibles.

Pour remplir ces missions, Bi’Cause peut avoir recours à plusieurs modes d’intervention :

1) participations à des évènements (Printemps des associations, UEEH [Universités d’été euroméditerranéennes, NdS], salons Rainbow Attitude, Marches des Fiertés…) ou productions d’évènements (organisation en 2001 du premier Forum des Bisexualités à Paris, depuis 2009 célébration de la Journée Internationale de la  Bisexualité, à venir en décembre 2012 au Centre LGBT une table ronde sur le thème de l’accueil des bi dans les associations LGBT…),

2) production de contenu revendicatif ou de prévention (le Manifeste français des bisexuelles et des bisexuels, Fêter le corps et continuer à vivre) ou publication de ressources qu’on lui fait parvenir sur le site internet,

3) intervention dans les structures LGBT dont nous sommes membres et partenariats interassociatifs,

4) organisation d’activités régulières de convivialité et de réflexion.

La création de Bi’cause a révélé un mal être de beaucoup de bi, et l’association a parfois dû leur fournir quasiment une assistance psychologique. J’ai découvert moi-même l’association par l’intermédiaire des « Bi’envenues », les réunions mensuelles où les personnes qui se découvrent bi, qui ont des doutes sur leur sexualité et qui se sentent perdues peuvent venir discuter.

Comment se déroulent ces réunions d’accueil concrètement ? Comment vous y prenez-vous, et quelles autres actions avez-vous entreprises dans ce domaine ?

En effet. L’association dans l’esprit des fondatrices était d’abord revendicative : il s’agissait d’affirmer l’existence de la bisexualité comme une orientation à part entière, pas moins légitime et respectable que les autres. Mais la fondation du groupe, puis de l’association, a révélé la situation de détresse dans laquelle se trouvaient un grand nombre de bisexuels, niés ou rejetés et désorientés dans un monde très binaire dans ses structures et n’acceptant pas la possibilité d’une troisième voie ou plus « entre » l’hétérosexualité et l’homosexualité. Bi c’est une orientation sexuelle voire une identité mais ce n’est pas un mode de vie. Il y a 36 000 façons de vivre en étant bisexuel. Les moments d’accueil et de convivialité que propose Bi’Cause sont importants car ils permettent les échanges de témoignages et de se rendre compte de cette  réalité. Ces moments de discussions, d’écoute avec d’autres, peuvent aider à mieux se situer, se comprendre, ou à se sortir d’une impasse intérieure. C’est aussi retrouver un espace de fraternité bienvenu dans un monde d’incompréhension parfois brutale.

Nous avons deux temps de convivialité dans le mois dont l’un s’appelle justement la Bi’envenue et l’autre la B.I.P. (Bi Important Person). Nous avons aussi la Bi’envenue de Noël et la galette de janvier, une fois l’an. Plus un ou deux pique-nique aux beaux jours. Certaines années des randonnées mensuelles en Île-de-France ont été proposées le week-end. C’est pas mal de pouvoir varier les occasions et lieux de convivialité car la parole se libère différemment selon les contextes. Nous répondons aux propositions lancées par les adhérents. Nous avons en ce moment des demandes et idées de sorties culturelles. Par ailleurs un certain nombre d’adhérents qui habitent en Île-de-France ou même en province nous ont exprimé leur souhait d’activités de convivialité en journée pour pouvoir y participer plus facilement.

Parlons de la biphobie. C’est une forme de discrimination encore très mal connue, non seulement auprès du grand public, mais même dans les milieux LGBT. Quel est l’intérêt d’avoir un mot spécifique pour la cerner ? En quoi consiste-t-elle et quelles formes prend-elle ?

L’intérêt d’un mot spécifique c’est d’abord la non occultation de l’orientation de la victime, quel que soit le fait de discrimination. Car certains faits peuvent s’apparenter à une réaction de nature homophobe, il n’en demeure pas moins que l’orientation exacte de la victime est la bisexualité, pas l’homosexualité. Ensuite l’intérêt de mettre un mot sur une chose, est d’en poser clairement l’existence et à partir de là d’en étudier les contours. Il y a quelques années les lesbiennes ont tenu à montrer qu’il y avait une spécificité de la lesbophobie par rapport à l’homophobie et l’utilité d’un mot pour le marquer, de la même façon il y a une spécificité de la biphobie et l’utilité de ce mot pour le marquer.

La spécificité la plus importante de la biphobie consiste en la négation même de son objet : c’est d’affirmer que la bisexualité n’existe pas, qu’elle n’est qu’une phase, une aberration temporaire et en aucun cas une orientation réelle et stable. Cela se traduit, au plan identitaire, par une négation de la personne finalement, qui est en soi très violente et perturbante.

Ensuite, il y a divers clichés peu flatteurs et sources de rejets tels que « un bi sera forcément infidèle en amour, inconstant dans ses attachements, un bi n’est pas fiable, un bi est instable etc. ». Un autre aspect c’est la sursexualisation de la personne bisexuelle qui peut entrainer, selon les cas, du rejet ou une projection sexuelle agressive de la part d’autrui, réactions qui sont tout autant génératrices d’atteintes à l’intégrité de la personne.

Ces clichés sont bâtis sur des raisonnements pseudo-logiques qui paraissent évidents à ceux qui les pensent alors qu’ils sont en réalité totalement spécieux et ne tiennent pas la route. Mais ils ont la vie dure, et font la vie dure aux personnes bisexuelles.

En dehors de la biphobie, quels problèmes rencontrent les personnes qui s’identifient comme bi dans la vie ?

En dehors de la biphobie directe et immédiate ce sont les personnes qui ont nié une partie d’eux-mêmes, influencées par un entourage ou une société qui leur a martelé qu’on est soit homosexuel soit hétérosexuel et qui ont fini par s’engager dans un chemin de vie qui ne leur correspondait pas réellement – en se trompant donc sur elles-mêmes et en trompant involontairement aussi leurs relations ou conjoints – qui éprouvent un jour ou l’autre des difficultés dans leur existence. Parce que tout ce qu’on refoule au lieu de le vivre en son temps et naturellement, resurgit un jour avec une violence décuplée qui peut avoir les mêmes effets sur la vie qu’on a commencé à construire que l’ouragan sur la Nouvelle Orléans. C’est parfois lumineux et libérateur pour la personne, mais cela peut s’accompagner également de souffrance, et ce n’est pas non plus sans dommages ni dégâts collatéraux.  C’est pourquoi il est absolument essentiel que la bisexualité, dès l’adolescence, soit présentée comme un possible. La société et le système éducatif ont une responsabilité à prendre là-dedans car il y a des enjeux humains à court, moyen et long terme. Un bi contrarié cela a des implications plus dramatiques qu’un gaucher contrarié.

Quels sont les principaux obstacles et difficultés que rencontre Bi’cause pour mener son action ?

la principale difficulté que rencontre Bi’Cause pour mener son action réside à mon sens dans les bis eux-mêmes. Nous nous sommes rendu compte avec surprise qu’il y a beaucoup de personnes bisexuelles qui s’investissent dans les associations LGBT mais qu’elles n’osent pas s’y exprimer pour y faire progresser la cause bi. Beaucoup ont intériorisé les clichés et la mauvaise appréciation dont font l’objet les bisexuels et taisent leur bisexualité voire essaient de s’en démarquer plutôt que de l’assumer. De peur d’être directement stigmatisées et rejetées, elles se retranchent dans ce qu’une récente étude a nommé « le placard bi ». Cela n’aide malheureusement pas à développer une fierté identitaire et leur isolement contribue à maintenir cette situation au lieu d’aider à améliorer la condition des bis en travaillant tous en commun à changer la façon de voir des gens.

Par ailleurs le panel des personnalités et des modes de vie des personnes bisexuelles est multiple et cette diversité est clairement ressentie par les personnes bi qui n’aiment pas les cases. Certaines contestent le terme de bisexuel, qui leur paraît trop « sexualisé », préférant « bigenre », d’autres voudraient lutter pour leur affirmation en dehors de toute catégorisation : être humain avant tout.

Or, si l’on veut avoir réellement une force d’information, de conviction et de revendication, il faut se regrouper, et la forme associative est par ailleurs la plus efficace pour cela. Bi’Cause est une association qui a accueilli dès le départ un ensemble de personnes très bigarré et c’est ce qui lui a permis de mettre au point un texte revendicatif, le Manifeste français des bisexuelles et des bisexuels, qui rend compte de la multiplicité bisexuelle tout en dégageant une racine identitaire commune et fière d’elle-même.

Le manque d’investissements militants pour la cause bisexuelle gêne énormément l’action de Bi’Cause d’un point de vue logistique : moins il y a de soldats, moins on peut être présents sur les fronts. Nous recevons à la fois des témoignages d’encouragement et de remerciements pour les actions que nous parvenons à mener, mais parfois aussi des témoignages de déception sur celles que nous n’avons pas faites. Bi’Cause est une association dont la portée historique et les missions sont grandes et pour laquelle l’attente des gens est grande mais qui reste petite par le nombre de ses membres actifs. Et actuellement nous sommes trop peu pour être présents partout où il le faudrait dans l’idéal. Nous avons besoin d’adhérents et de militants.

Bi’cause ne s’occupe pas uniquement des intérêts des personnes bisexuelles. Vous prenez aussi part à l’Existrans (manifestation annuelle contre la transphobie et pour les droits des trans, chaque premier week-end d’octobre). Et vous vous engagez régulièrement dans la prévention et la lutte contre les IST : Bi’cause a notamment publié en 2004 un guide de prévention très complet, « Fêter le corps et continuer à vivre », qui peut être utile à tous, puisqu’il aborde un grand nombre de pratiques.

Peux-tu nous en dire plus sur cette volonté de s’associer à d’autres actions ?

Cette volonté a été présente dès le début. La prévention et la lutte contre les MST figure dans nos statuts. Nous avons une grande fraternité avec les personnes trans car la bisexualité est aussi préoccupée par les questions relatives au genre. En novembre nous défilons aussi pour soutenir la Marche contre les violences faites aux femmes. Il se trouve que c’est aussi dans les gènes de Bi’Cause qui a été fondée par des féministes. Nous nous associons aux actions menées par la communauté LGBT, notamment en ce moment celles qui concernent les droits au mariage et à la parentalité, car elles sont également les nôtres, dans la mesure où les personnes bisexuelles peuvent être appelées à connaître des situations de vie non hétérosexuelles et donc être victimes de la même privation de droits que les personnes non hétérosexuelles. Mais au-delà d’intérêts communs, dans tous ces domaines évoqués, il s’agit pour nous avant toute chose de revendiquer une société égalitaire et juste avec tous, point, et de lutter contre les abus engendrés par une culture hétérosexuelle machiste dominante et discriminante. C’est quelque chose de tout simplement fondamental.

Bi’cause est basée à Paris, et jusqu’à récemment il n’y avait aucune association spécifiquement bisexuelle en France hors de Paris (cette année est apparue France Bisexualité Info, à Lyon, et il y a un groupe bi à Strasbourg, Ambivalence, mais il n’est pas constitué en association). Que penses-tu de cette situation et comment vous y prenez-vous pour faire bouger les choses ?

Il est très important que les personnes bisexuelles osent passer le pas de la visibilité, et se regroupent. L’étude menée sur l’orientation sexuelle des français par l’IFOP et Têtu en 2011 a tout de même montré une proportion presque équivalente de personnes bisexuelles et de personnes homosexuelles (3% et 3,5%) dans la population. Or les bi sont très isolés et très invisibles, ce qui ne favorise pas la mise en place d’une solidarité. La province en plus pâtit du phénomène de microcosme social qui stigmatise toute personne qui ne serait pas dans la norme. C’est difficile.

Il nous est arrivé d’être en contact avec des personnes souhaitant créer un groupe bi en se mettant sous le parrainage de Bi’Cause. Nous ne poussons pas à la création « d’antennes de Bi’Cause », car nous sommes plus dans une logique de fraternité, quand celle-ci peut avoir lieu, que dans une logique de parrainage mais nous sommes néanmoins ouverts à ce genre de demandes, pourvu que ces personnes soient dans la même voie éthique que Bi’Cause. Jusqu’à présent aucun de ces projets n’a malheureusement été poursuivi par leurs initiateurs, tant il se révélait difficile de fédérer un mouvement auprès des bi de leur région.

Faire bouger les choses n’est pas évident. En pratique nous ne pouvons rien initier, nous pouvons juste accompagner de loin. Il est indéniable que Bi’Cause a derrière elle quinze ans d’approfondissement de la question bisexuelle et que ce qui est sorti de ce travail peut aider, notamment le Manifeste français des Bisexuelles et des Bisexuels. Mais, pourvu qu’on respecte la propriété intellectuelle de Bi’Cause sur les documents qu’elle a produit, nous les avons mis à disposition en format pdf afin qu’ils puissent servir à un plus large public.

Par ailleurs, nos actions envers les bis de province sont limitées par nos moyens logistiques qui, en l’état actuel des adhérents, ne sont pas à leur maximum et nous le regrettons. Il ne faut surtout jamais perdre de vue que les groupes ou les associations ne sont pas des entités mais des personnes. Il y a quelques mois nous avons été contactés par le groupe de Strasbourg pour renouveler une Bi’Causerie organisée par une de nos membres mais c’était compliqué matériellement, pour elle comme pour nous, et nous n’avons pu donner suite.

Par contre deux des membres du C.A. ont pu se rendre à la Marche des Fiertés à Auxerre le 23 juin pour représenter la visibilité bisexuelle au-delà de Paris et dans un contexte politique délicat. Et le fait que nous soyons là a eu un impact positif puisque du coup le président de la Coordination Interpride a consacré une partie de son discours de fin de marche aux personnes bisexuelles.

Dans la même idée, nous espérons des actions que nous menons au sein des structures LGBT et auprès des associations LGBT qui, elles, ont des relais en province, qu’elles améliorent la connaissance, la considération et la prise en compte des personnes bisexuelles au-delà de l’Ile de France. Car s’il n’existe pas de groupe ou d’association bi en province, il existe des Centres LGBT, il existe des antennes SOS-Homophobie, il existe la Fédération LGBT [qui coordine notamment les Centres LGBT, NdS], la Coordination Interpride, qui sont susceptibles de relayer en province les initiatives et réflexions pour la défense et la connaissance de la bisexualité.

Quels sont les réussites de l’association à ton avis ? A l’inverse, vous est-il arrivé de tenter quelque chose qui s’est révélé ne pas fonctionner ou n’aboutir à rien ?

La première réussite de Bi’Cause c’est sa longévité. Ce n’est pas évident de faire vivre une association. Il y a des reliefs, des années plus difficiles, d’autres plus porteuses. Le secret de la réussite est de continuer à être présent et puis parvenir à rebondir et saisir les opportunités au bon moment. Il y a eu des années où Bi’Cause a tourné avec seulement deux ou trois personnes à la manœuvre. Il est certain que nos actions ont été moins nombreuses mais nous avons maintenu toutes nos activités régulières. Actuellement l’équipe n’est pas grosse mais extrêmement active, et il y a un contexte favorable au niveau LGBT qu’il faut absolument saisir. Nous répondons aux sollicitations des autres associations pour intervenir sur la question bi ou nous allons vers elles. Nous nous investissons encore davantage dans les structures LGBT. Nous venons d’être élus au C.A. du Centre LGBT.

Au plan des actions, il y en a pas mal à mettre à l’actif de Bi’Cause, sur quinze ans, des petites ou de plus grandes, il ne faut pas négliger le travail de fourmi, moins spectaculaire mais essentiel aux grandes constructions. La plus grande réussite de Bi’Cause c’est peut-être le fameux Manifeste français des bisexuelles et bisexuels. C’est un texte fondamental pour l’affirmation et la dignité de l’identité bisexuelle. Et nous avons régulièrement des retours positifs sur ce texte. Les personnes bisexuelles s’y reconnaissent et il a une vertu de réassurance.

Une autre réussite de Bi’Cause c’est la reconnaissance des bisexuel-le-s qu’elle a obtenue, et obtient par un travail continu, auprès des institutions LGBT.

Il y a des choses que nous avons lancées qui n’ont pas marché, oui. Par exemple nous avions lancé auprès de nos adhérents un questionnaire sur les mots, images, symboles qui pour eux correspondraient à la bisexualité, pour renouveler notre logo. Nous avons dû recevoir six réponses. Nous avons aussi lancé pour le calendrier bisex’style 2012, dont l’idée venait d’un de nos adhérents, un appel à photos. Encore moins de retours. Mais nous avons néanmoins édité notre calendrier bisex’style avec une superbe phrase de Simone de Beauvoir. Et peut-être que dans quatre ans le calendrier photos aura plus de succès.

Nous avons parfois du mal à mobiliser l’envie des gens. Nous ne sommes pas assez marketing et fun sur notre évènementiel, je pense.

Pour en revenir à une question plus personnelle : quel impact a eu ton activité associative dans ta vie ? Je suppose que cela prend beaucoup de temps. Qu’as-tu l’impression d’avoir retiré de cette expérience ?

L’impact dans ma vie a été notamment de faire mon coming out auprès de mes parents, parce qu’à force de leur dire que j’étais indisponible à cause de mes obligations associatives et de faire des circonvolutions verbales pour en parler sans rien en révéler, j’en ai eu assez et j’ai abattu les cartes. Ca été une très bonne chose car ils l’ont très bien accepté et maintenant me soutiennent dans cette cause. C’est un plus pour mon harmonie personnelle.

Cela prend beaucoup de temps, oui, et il y a forcément des sacrifices. J’ai mis de côté ma vie artistique par exemple, et la fatigue est là. Il en est de même pour les autres membres de l’équipe de Bi’Cause actuellement et il faut leur rendre hommage. Il y a tellement de choses qui se mettent en place en ce moment et qui sont très importantes. Il faut être sur beaucoup de fronts. Il est certain qu’on ne peut pas maintenir ce rythme dans une vie sur beaucoup d’années, c’est pourquoi il est très important d’être plus nombreux pour que chacun ait une moindre charge, et qu’il y ait une relève régulière, que chacun sacrifie un peu de temps, comme il peut. Car la cause vaut le coup. Enfin moi je le crois.

Penses-tu que la vision des bi a évolué, dans le milieu LGBT et dans la population en général, depuis que Bi’cause existe ?

Oui, c’est évident pour le milieu LGBT de l’Ile de France dans lequel nous évoluons. Parce que nous pouvons faire de la pédagogie mais aussi, par notre présence, nos échanges, nos collaborations, démystifier ce bi qui reste tout de même globalement invisible à la majorité des associations LGBT.

Nous essayons d’avoir le même impact sur la population, mais le contexte est plus complexe et n’a pas la même dimension. Nous tâchons d’être de bons relais. Nous étudions en ce moment les possibilités de creuser deux champs d’intervention que nous n’avons pas trop approfondis jusqu’ici et où nous avons constaté de gros manques dans la prise en compte voire l’acceptation de la bisexualité : le champ scolaire et celui de la santé (psychologues notamment).

Quels sont les principaux chantiers et projets de Bi’cause en ce moment (pour ceux dont tu peux déjà parler) ?

Le principal chantier en cours, qui va se déployer sur plusieurs mois mais qui n’occulte pas tous les autres, c’est l’enquête bi, que nous menons conjointement avec SOS-Homophobie, Le Mag-Jeunes LGBT et Act Up. L’enquête est consultable sur cette page et a une présentation et un espace commentaires sur le blog dédié et sur la page Yagg.

Qu’est-ce qui manque à Bi’cause aujourd’hui à ton avis ?

Ce qui manque à Bi’Cause : des personnes qui aient envie de s’investir dans l’une ou l’autre des actions que nous avons évoquées, l’éventail est vaste pour que chacun y trouve à employer ses qualités selon ses goûts, ses compétences et sa personnalité : militantisme ou convivialité, réflexion/écriture ou actions de terrain ou encore optimisation de la com’, avec un choix très ouvert de domaines d’intervention possibles : éducation, monde du travail, lutte contre les stéréotypes et la biphobie, santé, culture… Il y a beaucoup à faire.

Pour terminer, que dirais-tu à quelqu’un qui ne connaît pas du tout le milieu LGBT pour le convaincre de venir à une réunion de Bi’cause ? Et que dirais-tu à un non bi pour le convaincre de venir ?

Je dirais ce qu’on m’a dit un jour : viens c’est une association très sympa et ouverte à tous, pas seulement aux personne bisexuelles, dans laquelle il n’y a pas de prosélytisme, pas de sectarisme, pas de jugement, mais du dialogue et beaucoup de personnalités différentes.

Merci beaucoup à Nelly Ambert d’avoir pris le temps de répondre à ces questions !