Bi'cause le 12 mars : Bi'causerie "Vampirisme et sexualité"

Je relaie l’annonce de la prochaine réunion « Bi’causerie » de l’association parisienne Bi’cause :

Bi’causerie
Vampirisme et sexualité
avec Tony Mark et Jann Halexander
12 mars 2012 – 20 h – Centre LGBT

L’association BI’CAUSE accueille l’écrivain Tony Mark, auteur de L’Autre Dracula, série romanesque et flamboyante sur les liens entre vampirisme et sexualité… La soirée sera animée par Jann Halexander, auteur et acteur de la Confession d’un vampire sud-africain. Sexe, sang, homosexualité, bisexualité, sensualité et cruauté, vie et mort, le vampire hante les imaginaires et inspire les créateurs…

Tony Mark, passionné depuis l’adolescence par l’univers du fantastique, développe une véritable passion pour les vampires. En 1997, il publie son premier roman, L’autre Dracula (coll. Blanche), référence au chef-d’œuvre littéraire Dracula de Bram Stoker dont il réécrit une version « érotico-gay » très décalée.
Après une poignée de nouvelles parues dans différentes anthologies littéraires (Le sang des écrivains (A Contrario, 2004), Baisers de sang (Les Belles Lettres, 2005), Les derniers jours d’Edgar Poe (Glyphe, 2009), il revient en 2011 sur son premier opus avec L’autre Dracula contre l’Ordre noir de la Golden Dawn, une suite encore plus fantastique, plus érotique et plus inquiétante.
En avril 2012, il va publier, avec des illustrations de Theo Angeli, Le Kama Gay (Blanche), un ouvrage original et plein d’humour sous-titré «… ou 69 positions et autres astuces pour découvrir le plaisir, seul, à deux ou à plusieurs ! ».
Jann Halexander, auteur, chanteur, compositeur, réalisateur, a écrit et joué Confession d’un vampire sud-africain, présenté dans plusieurs salles en tournée dont le Magic (Paris, 2011) et publié chez Edilivre.
Il a réalisé le film La Bête immonde (2011), long-métrage fantastique. Depuis 2003, il trace son chemin dans le paysage culturel francophone avec des chansons telles que : « A table », « Aucune importance », « L’Amant de Maman », « Il est minuit Dr Schweitzer »… A travers une centaine de concerts à travers la France, mais aussi en Belgique, en Allemagne…
Le 16 mars 2012, à l’occasion de la sortie de son prochain album Tristes tropiques, il donne un récital, au Tremplin Théâtre (Paris 18e), accompagné par le Duo de choristes Chokola – Tarif spécial pour les adhérents et sympathisants de Bi’Cause.

Entrée libre

Centre LGBT, 61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris – Après 20 h, sonnez.
Métro : Arts et Métiers, Rambuteau, RER Châtelet – Les Halles
Bus 38, 47, arrêt Grenier Saint-Lazare – Quartier de l’Horloge
Vélib’ stations n° 3010 et n° 3014

Bi’causerie est une rencontre organisée par l’association Bi’Cause, autour d’un thème relevant de la « culture bi » : arts, littérature, société… avec la participation d’une personnalité ou d’une association invitée.
Le 2e et le 4e lundi du mois, la Bi’causerie est ouverte aux adhérents, sympathisants, bi friendly, à tous ceux qui s’intéressent à l’univers de la bisexualité. Entrée libre. »

Parce que dans bit-lit il y a aussi « bi »… (D’accord, elle est très mauvaise.) Par contre le site de l’association était toujours en rade quand j’ai voulu y accéder à l’instant : j’espère qu’ils pourront vite réparer.

Bi'cause le 27 février : Bi'causerie "Pansexualité ou bisexualité ? Faut-il toujours choisir ?"

Je transmets l’annonce de la prochaine discussion organisée par l’association Bi’cause à Paris lundi prochain 27 février :

Bi’Causerie – Pansexualité ou bisexualité ? Ou faut-il toujours choisir ? (Lundi 27 février)

Se dire « bisexuel », est-ce encore une catégorie ? Les « bi » ont-ils le souhait de se définir dans une catégorie ou, au contraire, pour certains, se référer à une zone de non définition plus proche de leur ressenti et de leur manière de vivre leur sexualité ? Débat.

Centre LGBT, 61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris

Après 20 h, sonnez.

Métro : Arts et Métiers, Rambuteau, RER Châtelet – Les Halles
Bus 38, 47, arrêt Grenier Saint-Lazare – Quartier de l’Horloge
Vélib’ stations n° 3010 et n° 3014

Le site Bi’cause, avec leur agenda, est ici. (Au moment où j’écris il semble buguer, mais en général il fonctionne.)

Encore une fois : si vous avez vent d’annonces de réunions, conférences, discussions, etc. en rapport avec la bisexualité, où que ce soit (pas seulement à Paris, donc !), n’hésitez pas à me les transmettre pour que je les relaie ici afin de les faire connaître 🙂

Bi'cause le 13 février : Bi'causerie avec l'association afro-caribéenne Tjenbe Red

Un court billet le temps de relayer l’annonce de la prochaine réunion de Bi’cause à Paris :

Bi’causerie
Association TJENBE RED
13 février 2012 – 20 h – Centre LGBT

BI’CAUSE invite des membres de l’association TJENBE RED dans le cadre d’une Bi’causerie organisée le lundi 13 février au centre LGBT.

Tjenbé Rèd est une association afro-caribéenne de lutte contre les discriminations touchant les afro-caribéens LGBT en France métropolitaine et dans les DOM-TOM.
En quelques années, Tjenbé Rèd est devenue l’une des associations LGBT les plus importantes de France, globalement à travers l’Europe de l’Ouest.
Elle connait une certaine notoriété sur le continent africain. Accusée d’être une association strictement communautaire, elle est en réalité à la croisée de plusieurs axes de bataille : lutte contre le racisme, contre l’homophobie, lesbophobie, biphobie, transphobie, sérophobie, contre la misogynie. Mais elle lutte aussi contre la précarité sociale, par exemple. Au final, le respect de l’Autre et la solidarité (à travers la convivialité) sont les priorités de Tjenbé Rèd, association farouchement universelle…
Pour en savoir plus : http://www.tjenbered.fr

Entrée libre
Centre LGBT, 61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris
Après 20 h, sonnez.
Métro : Arts et Métiers, Rambuteau, RER Châtelet – Les Halles
Bus 38, 47, arrêt Grenier Saint-Lazare – Quartier de l’Horloge
Vélib’ stations n° 3010 et n° 3014

Bi’causerie est une rencontre organisée par l’association Bi’Cause, autour d’un thème relevant de la « culture bi » : arts, littérature, société… avec la participation d’une personnalité ou d’une association invitée.
Le 2e et le 4e lundi du mois, la Bi’causerie est ouverte aux adhérents, sympathisants, bi friendly, à tous ceux qui s’intéressent à l’univers de la bisexualité. Entrée libre.

(Et la seconde partie de « Dans la peau d’un bi » arrive vite !)

Paris, 26 janvier : réunion mensuelle "Bi'envenue" de l'association Bi'cause

Un très court message pour relayer l’actualité de l’association parisienne Bi’cause : demain soir jeudi 26 janvier a lieu la réunion mensuelle « Bi’envenue », destinée spécialement à accueillir les bisexuels et bisexuelles qui ne sont jamais venus à l’association. Elle aura lieu à Paris, au « Banana Café », 13 rue de la Ferronnerie, métro Châtelet-Les Halles, à partir de 20h00. La réunion aura lieu au sous-sol, dans la salle du piano bar.

L’agenda de l’association Bi’cause se trouve sur leur site, ici. Vous pouvez déjà y consulter l’agenda des réunions suivantes, prévues longtemps à l’avance (pratique pour vous organiser si cette annonce-ci vous a paru trop tardive ^_^’).

J’en profite pour dire que si vous organisez (ou avez connaissance d’) un événement, réunion, conférence etc. quelconque à propos de bisexualité, vous pouvez bien évidemment m’en prévenir pour que j’en relaie l’annonce sur ce blog, il est en partie fait pour ça 🙂

Ce qu'a été 2011 pour les bi

Tout d’abord, bonne et heureuse année 2012 à toutes et à tous ! Et bonne santé aussi : le vœu n’est pas inutile en ces temps où les IST ne reculent toujours pas… et pour qu’il ne reste pas un vœu pieu, il est plus que jamais temps, comme diraient les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence,  d’honorer comme ils le méritent Sainte Capote, Sainte Digue Dentaire et Saint Lubrifiant. Il faut savoir ce qu’on veut : si vous voulez 1) pouvoir enfin donner votre sang, et 2) survivre, il faut sortir couverts ! Ça fait déjà une bonne résolution pour 2012, et même pas difficile à tenir, alors autant y penser.

Ces résolutions prises, je vous propose de revenir sur ce que les actualités de l’année 2011 ont réservé aux bi (car oui, de même qu’il y a un hétéroland  – par exemple le Sénat – et un gayland, il y a aussi un « biland » !). Et dès qu’on creuse un peu, on se rend compte que l’année a été assez riche en actualités pour les bi, finalement !

Sciences expérimentales

Une « preuve scientifique de l’existence des hommes bisexuels ».

Rappelez-vous, c’était en août, et c’est probablement « la » grande actualité scientifique de l’année concernant les bisexuels, largement diffusée dans les médias : une étude américaine, menée par des chercheurs de la Northwestern University et publiée en ligne dans la revue Biological Psychology à la mi juillet 2011, est parvenue à la conclusion que les hommes qui se disent bisexuels… le sont vraiment. L’étude a été médiatisée le 22 août par un excellent article de David Tuller dans le New York Times, qui annonçait la nouvelle avec une salutaire ironie : « No Surprise for Bisexual Men: Report Indicates They Exist » (« Pas de surprise pour les hommes bisexuels : une étude indique qu’ils existent »). La nouvelle a été relayée sur Yagg et sur tetu.com (pour m’en tenir à ces deux-là).

Si une telle nouvelle ne peut qu’avoir des conséquences symboliques et politiques favorables à la reconnaissance des personnes bi, cette étude et l’information qui en a résulté (« les bisexuels existent, c’est confirmé ») n’en restent pas moins assez consternantes pour n’importe quelle personne bi.

Passons sur le fait que l’étude ne portait que sur des hommes (même s’il faudra bien un jour s’intéresser « aussi » aux bisexuelles, voire « carrément » tenter une étude globale de la population bi…). Passons aussi sur ce qu’une pareille étude a d’insultant pour les personnes qui affirment une identité bisexuelle : mettons que des scientifiques doivent faire leur travail en dehors de tout politiquement correct. En réalité, c’est surtout la façon dont l’étude a été menée et les conclusions auxquelles elle parvient qui sont plus que contestables en termes de méthode scientifique.

Rappelons qu’il s’agissait de déterminer l’existence réelle ou non de la bisexualité chez une population masculine. Pour cette étude, la bisexualité a été réduite à une pure sexualité, sans que les sentiments, les fantasmes, etc. ne soient pris en compte… et cette sexualité a à son tour été réduite à un seul critère : la réponse sexuelle à des « stimuli », en l’occurrence au visionnage de films pornographiques ! Comment ne pas voir tout ce qu’une pareille méthode a de limité, pour ne pas dire de contestable ? C’est à peu près aussi scientifique, toutes proportions gardées, que ces « preuves par le porno » imposées aux sans-papiers potentiellement homosexuels en République tchèque.

Je conviens volontiers qu’il s’agissait ici d’une étude de biologie, et qu’il était normal qu’elle ne portât que sur des critères purement physiologiques. Mais une telle étude ne prouve rien en dehors de l’excitabilité immédiate d’une population masculine, dans des conditions bien précises. Elle ne peut nullement prétendre conclure quoi que ce soit sur une orientation sexuelle et sentimentale en général. Une étude remontant à 2005 avait tout autant indigné les associations bi, parce qu’elle présentait des conclusions allant dans le sens inverse et semblait accuser les hommes bi de n’être que des homos refoulés. A mes yeux, ces deux études sont caricaturales et affligeantes, quand on connaît les travaux beaucoup plus nuancés menés par le sexologue Fritz Klein, dont la grille d’orientation sexuelle, qui affine l’échelle de Kinsey, permet de prendre en compte beaucoup mieux les différents aspects d’une vie sexuelle et sentimentale. A quand un « rapport Klein » basé sur cette grille-là et non sur des tests au porno ? Aux successeurs de l’éminent sexologue, mort en 2006, d’approfondir ses recherches.

Des calamars « bisexuels » et des pingouins « gay » : et la marmotte…

Une étude parue en septembre dans la revue Biology Letters de la Royal society britannique et relayée ici sur maxisciences (merci à Chanterelle du forum bisexualite.info pour le lien !) indique qu’une espèce de calamar, Octopoteuthis deletron, qui se reproduit dans le noir, adopte une stratégie consistant à féconder tous les congénères qui se présentent, tous sexes confondus, sans doute afin d’optimiser les chances de fécondation.

Quel rapport avec les humains bisexuels ? À peu près aucun, mais l’article titre sur les calamars « bisexuels » : je suppose que ça attire mieux le chaland. C’est un peu comme les pingouins « gay », devenus des marronniers des médias : après Harry et Pepper à San Francisco, où Harry, en s’unissant à Linda, fut universellement considéré comme ayant « quitté » son partenaire et comme étant « devenu hétéro » (ah bon ?), ce sont Pedro et Buddy de Toronto qui ont défrayé la chronique cette année. Il faut dire que leur séparation à des fins reproductives n’était pas une idée très fûte-fûte. Mon avis ? Beaucoup d’anthropocentrisme pour pas grand-chose… et du gaycentrisme, surtout, puisqu’après tout rien ne nous dit que ces doux palmipèdes ne sont pas bipolaires.

Mais enfin, comme disait mon oncle atlante, un calamar c’est mieux que rien.

Sciences humaines et statistiques

En France, 3% de la population est bi.

Un sondage publié en juin 2011, cumulant plusieurs enquêtes réalisées par l’IFOP au printemps et portant sur plus de 8000 personnes, donne enfin des chiffres plus précis sur la population LGBT du pays. Parmi les personnes interrogées, 3% se déclaraient bisexuelles. Extrapolé à l’échelle du pays entier, cela donne environ 1,48 millions de bi. Le sondage apporte un constat sociologique sur la population LGB : parmi les personnes qui se déclarent bi ou homos, les hommes sont légèrement surreprésentés par rapport aux femmes, et les gens âgés de moins de 50 ans aussi. Il permet aussi des comparaisons entre les bi et les autres populations LGBT. Ainsi, il n’y a pas de différence entre les bisexuels, les hétérosexuels et les homosexuels en termes de répartition géographique ou de milieu social, ce qui tort le cou aux idées reçues sur le sujet. Les bisexuels sont un peu plus nombreux que les homosexuels à vivre en couple (55% contre 46%) et à avoir des enfants à la maison (24% contre 14%). Je tiens ces chiffres de l’article consacré à ce sondage par tetu.com, où vous remarquerez au passage que tous les titres et sous-titres mentionnent uniquement les homos, même ceux contenant les chiffres spécifiques aux bi (il est vrai que « bi » est un mot très long qui surchargerait les titres…).

Aux États-Unis, les personnes bi sont plus exposées à divers risques sociaux que la moyenne, et les femmes plus que les hommes.

Une étude dirigée par une chercheuse de la George Mason University aux États-Unis et publiée en octobre a montré que d’une part, les adolescents bisexuels des deux sexes sont plus exposés que la moyenne à la dépression, au stress ou à l’alcoolisme ; d’autre part, qu’on constate au fil du temps une baisse de ces risques chez les hommes bi, mais pas chez les femmes bi. J’avais relayé l’information ici même.

Au Canada, les bi  toujours peu à l’aise pour évoquer leur vie sentimentale/sexuelle au travail.

Malgré la réputation d’ouverture du Canada en matière de sujets LGBT, un sondage réalisé par Angus-Reid en novembre sur un peu moins d’un millier d’employés LGBT canadiens et relayé sur BiMedia montre que les bi sont toujours peu enclins à être « out » au travail, nettement moins que les gays et les lesbiennes.

Politique

En plus des quelques actualités spécifiques aux bi (peu nombreuses dans ce domaine, plus propice aux luttes LGBT en général), je mets aussi un coup de projecteur sur un ou deux sujets d’actualité LGBT générale qui m’ont particulièrement marqué cette année.

En France.

Le genre dans les manuels scolaires : la révoltante campagne de dénigrement de l’UMP. Parmi les multiples dégoûts que nous a réservés cette année le parti majoritaire (pour le moment), l’un des plus révoltant est la véritable campagne de désinformation en règle entreprise à la rentrée scolaire de septembre par 80 députés de l’UMP, bientôt soutenus par le porte-parole du parti, puis par 113 sénateurs de droite (heureusement, le Sénat est passé à gauche peu après…). Dans un courrier aux allures de torchon homophobe, biphobe, transphobe et d’une mauvaise foi complète, reprenant largement la rhétorique des associations catholiques réactionnaires, ces députés ont réclamé le retrait des manuels scolaires mentionnant la notion de genre, alors même que ces manuels étaient conformes aux programmes fixés par le Ministère et ne contenaient rien que de très sage sur le sujet.

Ces députés ont volontairement entretenu la confusion entre orientation sexuelle et identité de genre, ils ont réduit les sexualités à des pratiques, et enfin, dans un esprit antiscientifique total, ils ont diabolisé les études sur le genre dans leur ensemble en cherchant à les assimiler aux discours militants. Les mots employés, soigneusement choisis, assimilaient le genre à une « théorie », dans le but avoué de la placer sur le terrain de l’hypothèse voire de la foi, dans une logique identique à celle des créationnistes américains lorsqu’ils veulent condamner la théorie de l’évolution – sauf que le genre n’a rien d’une hypothèse, c’est un concept éprouvé en sciences humaines, qui n’a rien à voir avec les théories qu’on élabore en sciences expérimentales. Bref, tout a été fait pour instiller la peur et le rejet dans l’esprit des Français, pour les désinformer, et pour décrédibiliser des pans entiers de la recherche à des fins purement politiques. Indigne, honteux, vomitif : je n’aurai pas de mot assez fort contre ce qu’ont fait ces obscurantistes. Luc Chatel a heureusement tenu bon, bien que mollement.

Dans le monde.

  • En Inde, une biographie évoquant la bisexualité de Gandhi a déchaîné les passions. La nouvelle a été évoquée par Le Point fin mars 2011. Le livre de Joseph Lelyveld, Mahatma Gandhi and his Struggle with India, évoque notamment la correspondance échangée entre Gandhi et Hermann Kallenbach, un culturiste juif allemand. L’auteur lui-même nie avoir dépeint Gandhi comme bisexuel, mais les quelques éléments prêtant à confusion ont été suffisants pour faire interdire le livre à la vente. Gandhi bisexuel ou non, qu’est-ce que ça change ? En soi, pas grand-chose, mais la controverse peut éventuellement contribuer à délier un peu les langues dans le pays sur ce sujet, qui, comme l’homosexualité, reste confidentiel, bien que l’homosexualité ne soit plus complètement un délit dans le pays et que les associations et défenseurs des droits LGBT y mènent un travail de fond patient. (Merci à gaby du forum bisexualite.info pour avoir relayé l’article.)
  • L’ONU pour les droits des LGBT. En juin, l’ONU a adopté sa première résolution portant sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. À la mi décembre a été publié, conformément à ce que prévoyait cette résolution, le premier rapport de l’ONU sur les violences et discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre dans le monde. Ce sont des avancées importantes, dont même le réalisme le plus pessimisme ne doit pas faire sous-estimer la portée, car ce sont des textes de ce type qui permettent de rassembler peu à peu une communauté internationale autour de ces sujets et de maintenir la pression sur les États dans lesquels les personnes LGBT sont maltraitées ou carrément hors-la-loi. « Les droits des LGBT sont les droits humains » : le slogan est profondément vrai, et il est bon de voir que l’ONU est à la hauteur de ses devoirs pour les défendre et les faire avancer. A cela s’est ajouté un beau cadeau de fin d’année : le discours pro-LGBT d’Hillary Clinton à l’ONU le 6 décembre 2011, où l’on remarque qu’elle mentionne soigneusement toutes les minorités sexuelles et minorités de genre, bisexuels compris.

Militantisme et visiBIlité

Chaque 23 septembre, la journée de la bisexualité fait son chemin en France.

Les bi ont une nouvelle fois célébré la Journée de la bisexualité le 23 septembre. L’association Bi’cause s’est fendue d’un communiqué de presse et a organisé une soirée à Paris. La Yaggeuse bi Prose vous avait raconté cette soirée à Paris ici. À Strasbourg, une soirée de projection-conférence a été organisée à l’Université par l’association Ornithorhynque. Il y a eu des articles dans les médias LGBT (ici sur Yagg). C’est pas encore l’IDAHO, mais on progresse !

Des bi dans Têtu.

Un beau geste de la part du magazine Têtu, qui a consacré un article à la « nouvelle génération bi » dans son numéro d’avril (n°166). On peut en lire quelques extraits ici. Chose étrange, si l’article de la version papier fait très bien son travail avec en plus un esprit bi-friendly remarquable, le chapeau introductif adopté par la version en ligne adopte un ton fleurant bon la biphobie (« Tendance ultra cool ou mode people en vogue ? Sujet de cinéma, comme dans Les Amours imaginaires de Xavier Dolan ? Les bis sont-ils des homos refoulés ? La bisexualité n’est-elle qu’une pratique occasionnelle pour hétéros curieux ? Est-ce une orientation sexuelle assumée ? » Ben oui, patates, faudra le répéter combien de temps avant que ça rentre ?).

Des femmes bi dans Le Figaro Madame en ligne.

En avril, il y a eu un article sur les femmes bisexuelles dans Le Figaro Madame en ligne. Non ? Si. Un article qui distingue bien la réalité de la bisexualité et la pseudo-mode du « bisexuel chic » qui fait rage dans le show-biz et fait plus de mal à l’image des bi qu’autre chose. L’article met bien en évidence les effets pervers de cette mode, qui reconduit des clichés sexistes et une certaine domination des femmes par les hommes. Le tout est du bon travail de journaliste, nuancé et intéressant. Dans Le Figaro. Nooon ? Si, si. C’est même assez rare pour être souligné. Là encore, merci à Chanterelle du forum bisexualite.info pour avoir relayé l’article.

Du n’importe quoi sur les bi dans les médias, épisode n°6413.

Dans la série d’émissions Les Français, l’amour et le sexe, celle du 27 septembre sur M6, Le sexe autrement… tout est permis ! abordait la bisexualité sous le seul angle du cul, à côté d’un « artiste de la drague » et des « sex-friends ». Merci M6, c’est à peine moins consternant que le dossier des Inrocks en août 2010… Non, la bisexualité n’est pas une pratique osée, non, ce n’est pas une perversion soft, non, ce n’est pas une mode, non, ce n’est pas nouveau, ni chic, ni quoi que ce soit de ce genre. On ne parle encore quasiment pas de bisexualité dans les médias généralistes, alors les émissions racoleuses dans ce genre-là qui déforment le sujet et nuisent à l’image des bi, c’est non merci.

Bisexualité et « flexisexualité ».

Nettement moins n’importe quoi, un bon article est paru en février sur le blog « Big Browser » du Monde à propos de la « flexisexualité » des filles (« elles embrassent des filles mais aiment des garçons »). Le sujet a aussi été évoqué sur tetu.com puis en mars par Prose sur son blog d’ici. Ces différents articles expliquent bien en quoi le concept entretient l’image de la femme comme « eye candy » pour des yeux masculins… Quant au mot, surgi de nulle part en quelques mois et promu par un site de rencontre, il ressemble plus à un concept marketing qu’à un classement d’orientation sexuelle réel. Mais peut-on inventer et promouvoir une orientation sexuelle comme un produit ? J’en doute.

Les bi plus visibles sur Yagg.

Publié en mai, le billet de la Yaggeuse bi Prose « Un bi en couple est-il toujours bi ? » a fait partie des dix billets les plus lus sur les blogs Yagg cette année – en dixième position, certes, mais c’est déjà beaucoup ! Bravo à elle ! (J’ajoute que son blog a beaucoup fait pour m’inciter à venir écrire ici à mon tour.) En juin, la Yaggeuse Sophistick a posté un billet bi-friendly et drôle à l’attention des licornes (i.e. les bisexuelles) de Yagg. Il y a quelques semaines, ça a été mon tour d’ouvrir ici un blog sur la bisexualité, et j’ai reçu un excellent accueil de la part des Yaggeuses et Yaggeurs, en ligne et IRL. J’ai même eu l’agréable (et intimidante) surprise de voir mon billet « Pourquoi une communauté bi est nécessaire » relayé en page d’accueil de Yagg et d’y recevoir de nombreux commentaires toujours constructifs… merci à la Rédac’ pour ce geste bi-friendly et aux Yaggeuses et Yaggeurs qui m’ont lu ! J’espère être à la hauteur au cours de l’année qui commence.

Pendant ce temps, au Royaume-Uni…

  • L’association bisexuelle BiPhoria, basée à Manchester, a publié en février un guide de poche à l’attention des personnes bi, « Getting Bi in a Gay/Straight World », qui est librement consultable en ligne et peut être commandé en version papier. C’est un document très bien fait, et je souhaite ardemment qu’il existe un jour l’équivalent en français.
  • Début septembre, c’était la BiCon 2011, la plus importante convention de bisexuels du pays, qui s’est tenue cette année à Leicester. Avec 297 personnes, elle a battu son record de fréquentation, selon BiMedia. Pour information, la BiCon 2012 aura lieu du 9 au 13 août à Bradford (avec possibilité d’être logé sur place, comme chaque année).

Cinéma

La grande production de l’année mettant en scène la bisexualité est sans aucun doute Black Swan, sorti aux Etats-Unis en décembre 2010 et en France en février dernier, où l’héroïne, la danseuse Nina Sayers, incarnée par Nathalie Portman, entretient des relations ambiguës tant avec son maître de danse qu’avec sa collègue et rivale Lily. Comme souvent, la bisexualité offre des ressources incroyables à la fiction, mais, comme souvent, elle est évoquée sans être nommée, ni dans la fiction elle-même, ni dans les critiques qui en parlent. Dommage, même si, en l’occurrence, le film entretient à dessein toutes sortes d’ambiguïtés et de lectures possibles.

Pour plus de choses là-dessus, vous pouvez lire l’avis de YouCCallMeJulie sur le film, ou bien, si vous lisez l’anglais, aller lire l’article que lui consacre Bi Magazine, ou bien le point de vue intéressant d’Alison Walkley sur Gather, qui remet le film en perspective par rapport aux représentations de la bisexualité dans la fiction en général (cinéma, séries…).

Séries TV

Quels grands personnages de bi avons-nous pu voir à l’écran cette année ? (Attention spoilers !)

Torchwood

S’il a déserté la très britannique série de science-fiction Doctor Who pour le moment, le célébrissime Jack Harkness crève toujours l’écran dans Torchwood. Rappelons que ce fringant militaire, incarné par John Barrowman (star du show-biz et icône gay outre-Manche), a été voyageur spatio-temporel et est devenu immortel (il ressuscite chaque fois qu’il se fait tuer) depuis quelques années, à savoir dès le final de la saison 1 de la nouvelle mouture de Doctor Who. Devenu le personnage principal de Torchwood, spin-off de Doctor Who, Jack Harkness y dirige une équipe d’agents secrets de la Couronne chargés de se coltiner tout ce que l’Angleterre accueille d’extra-terrestres et autres entités d’outre-espace ou d’outre-temps plus ou moins bien intentionnées.

Harkness, dès ses premières apparitions, a été présenté comme bisexuel, mais il est couramment défini par les créateurs de la série comme pansexuel, voire omnisexuel, car il flirte indifféremment avec tout ce qui bouge, tous sexes, genres et… espèces confondues. Les cinq épisodes de la saison 3 ont été diffusées sur NRJ 12 en août. Début septembre, la diffusion en prime time (21h) par la BBC d’un épisode contenant une scène montrant Jack au lit avec l’un de ses amants a suscité des plaintes à caractère homophobe et/ou pudibond, auxquelles la BBC a opposé une complète fin de non-recevoir avec la plus louable dignité.

Lost Girl

La série fantastique américaine Lost Girl a accueilli un personnage de bisexuelle en la personne de Bo, dont la saison 2011 a confirmé la double attirance, comme vous en parlait YCCallmeJulie début novembre. EDIT : Bo est une succube qui se nourrit d’énergie sexuelle. Voilà. Ça manquait.

Grey’s Anatomy

Dans Grey’s Anatomy, Callie Torres (incarnée par Sara Ramirez), d’abord mariée à un homme, se découvre aussi une attirance pour les femmes et vit une histoire d’amour avec Arizona Robbins. Sara Ramirez évoquait la bisexualité du personnage dans une interview sur Yagg en août.

Voilà pour cette année 2011 riche en événements et en découvertes. Souhaitons que 2012 aille plus encore dans le sens de la visiBIlité ! Bon début d’année à toutes et à tous 🙂

Pourquoi une communauté bi est nécessaire

Dans d’autres pays, en particulier aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, il existe des communautés bisexuelles déjà bien structurées et bien visibles. C’est le résultat d’un mouvement récent, qui n’a pris son essor que dans les années 1980-1990. En France, ce mouvement en est encore à ses débuts. La première association bisexuelle, Bi’cause, a été créée en 1997 mais existait déjà de fait depuis 1995 sous le nom de « Groupe bi ». La Journée internationale de la bisexualité, créée en 1999 par des militants bi américains, est célébrée en France depuis 2009, de façon encore modeste. Bref, à côté des fortes communautés gay et lesbienne, la communauté bi ne fait encore qu’émerger.

Les bisexuels eux-mêmes (du moins beaucoup de ceux que j’ai eu l’occasion d’écouter ou de lire) ne semblent pas toujours très optimistes sur l’avenir d’un mouvement bi. Tout se passe comme s’il fallait se contenter d’essayer de vivre heureux en vivant cachés, ou en tout cas sans remuer beaucoup. Et pourtant les bi ont visiblement besoin d’une communauté à eux, d’un mouvement qui porterait leurs propres intérêts, au dehors et au sein d’une communauté LGBT dont ils partagent en partie les combats, mais où il est nécessaire de faire entendre une voix distincte. Mais pourquoi ? Plusieurs raisons me font penser cela.

1. Parce que la bisexualité et les bisexuels sont encore invisibles. De nos jours, l’homosexualité tend à prendre sa place parmi les perspectives de vie « normales » que les jeunes gens ont en tête pour élaborer leur identité et imaginer leurs avenirs possibles. Même s’il reste encore du travail, les jeunes générations tendent à intégrer le fait que, lorsqu’on est un garçon, on n’est pas tenu de s’intéresser aux filles, et, lorsqu’on est une fille, de s’intéresser aux garçons. La culture dominante reste hétérosexuelle, mais on sait qu’on peut être homo, que ça n’est pas une maladie, ni une tare, ni un défaut, que c’est possible, même si ça n’est pas encore vu comme aussi normal qu’on pourrait l’espérer. La bisexualité, en revanche, c’est autre chose. En raison même de la catégorisation de la sexualité en orientations sexuelles binaires et nettement tranchées (l’hétérosexualité étant le désir exclusif pour les personnes du sexe opposé et l’homosexualité le désir tout aussi exclusif pour les personnes du même sexe), tout entre-deux possible tend à être effacé.

J’irai même jusqu’à dire qu’il est peut-être plus difficile d’être bisexuel (et de se concevoir comme tel) de nos jours qu’il y a un siècle ou deux, aux époques où il n’y avait pas d’identités essentialistes mais simplement des pratiques. L’époque présente est, en matière de sexualité, une dictature des cases : il y a deux grandes catégories, pratiquement assimilables à deux camps ou à deux mondes bien soigneusement distingués, où chacun est sommé de se ranger une fois pour toutes, en fonction d’une sorte de révélation mystique consécutive à une découverte de la sexualité qui engage la personne tout entière. Ce n’est plus « je suis un garçon et j’aime sortir avec des garçons », c’est « je suis homosexuel ». On ne devient pas homo ou hétéro, on le naît, ou alors cela se révèle à vous une fois pour toute. C’est une sorte de vérité intime et indéboulonnable, qui vous engage tout entier, et qui, pour un peu, autoriserait à vous lire tout entier (physique, goûts, idées, vision du monde) en fonction de ce que vous faites au lit. Étrange époque !

Ce classement bien lisse et bien tranché arrange tout le monde, au fond. Les hétéros sont rassurés : les homos ne sont décidément pas comme nous, ils ont leur univers qui a le droit d’exister mais seulement d’exister à part du nôtre, séparé bien qu’égal… Quant aux homos, une bonne partie de leur culture, qui est une contre-culture, s’est construite sur l’exagération de cette différence et sur l’élaboration de valeurs en rupture volontaire avec celles de la culture dominante. Voici donc distinguées les deux forces en présence : à ma droite le camp hétérosexuel, à ma gauche le camp homosexuel. C’est simple, quasi manichéen, et indécrottablement naïf à côté de la complexité des sentiments et des attirances que chacun expérimente dans la réalité, mais qu’il est indispensable, pour la paix sociale, de sangler dans un ordre simpliste.

Arrive quelqu’un qui se découvre une attirance pour les deux sexes. Il ne rentre nulle part. Chaque camp le somme de choisir le sien. Il hésite. Il n’y arrive pas. Il ne se reconnaît nulle part. On fronce les sourcils sur lui, on l’accuse de refoulement, de lâcheté, de traîtrise, de double-jeu. A vrai dire, à moins qu’il ait de la chance, on ne lui dira pas : « tu es bi », mais : « tu es bizarre, choisis donc ! » Mais le problème commence à se poser bien avant. Autant quelqu’un qui se découvre des attirances pour le même sexe saura de nos jours s’orienter sans trop de problèmes vers la communauté homosexuelle, autant quelqu’un qui (à l’adolescence ou bien plus tard) se découvre attiré par les deux sexes court tous les risques de n’avoir jamais entendu parler de bisexualité avant d’en faire l’expérience. Même les livres ou les fims où il est, de facto, question de bisexualité, n’emploient pas ce terme et ne sont pas évoqués en ces termes (sauf par les bi eux-mêmes). Un personnage qui, dans une intrigue quelconque, tombe amoureux et/ou fait l’amour tour à tour avec quelqu’un du sexe opposé et quelqu’un du même sexe est tout simplement conçu comme un personnage « hétéro qui devient gay », malgré le paradoxe criant d’une pareille affirmation. Tout est ramené à une binarité hétéro/homo ou interprété dans ces termes, même lorsque le discours qui en résulte est une absurdité complète. Rien d’étonnant, alors, que les bisexuels aient plus de mal que les homosexuels à reconnaître ce qu’ils sont, à savoir où se situer !

Non seulement il est important d’informer les gens que la bisexualité existe, qu’elle est possible et qu’elle n’est pas plus anormale que l’hétéro- ou l’homosexualité, mais il est important que les bisexuels soient visibles et puissent être visibles sans rien avoir à craindre, ni en dehors ni à l’intérieur de la communauté LGBT. Car il faut bien voir qu’au sein de la communauté LGBT, l’affirmation de l’homosexualité est en position dominante, tout comme l’affirmation de l’hétérosexualité l’est en dehors de la communauté. Et tant que les bisexuels ne donneront pas de la voix, les personnes qui se découvrent bi continueront à ne pas oser s’identifier (ou s’identifier ouvertement) comme tels.

2. Parce que la biphobie existe. Le « groupe bi » formé en 1995, précurseur de l’association Bi’cause, a été créé par des femmes bisexuelles qui en avaient assez d’être en butte à l’hostilité des lesbiennes dans les associations où elles se réunissaient auparavant (cette période des premières années de Bi’cause est détaillée par Catherine Deschamps dans son livre Le Miroir bisexuel, paru chez Balland en 2002 – un ouvrage passionnant dont j’aurai sûrement l’occasion de reparler ici). Comment expliquer la biphobie ? C’est une question complexe, qui mériterait un billet à part entière. Je me contente ici de cet exemple comme preuve qu’il existe bel et bien une forme de discrimination ciblant spécifiquement les personnes bisexuelles, et que cette discrimination peut être exercée non seulement dans les milieux (supposés) hétérosexuels mais aussi dans la communauté LGBT elle-même.

Sans avoir été confronté moi-même à une biphobie ouverte, j’ai plusieurs fois, en discutant au sein d’associations LGBT, constaté une certaine méfiance envers les bi de la part de gays et de lesbiennes. Si les imbéciles existent, il faut aussi faire la part des choses : cette méfiance est engendrée en partie par la méconnaissance de la bisexualité. L’ignorance étant un terrain propice aux préjugés hostiles, surtout lorsque la paresse intellectuelle et les raccourcis hâtifs s’en mêlent, c’est là encore une preuve qu’il est indispensable que les bi s’expriment et se fassent connaître. Et montrent aussi, certes, qu’il n’est pas tolérable de dire n’importe quoi à leur sujet.

3. Parce qu’il y a un mal-être (ou des mal-êtres) bi qui rendent nécessaires des espaces de discussion proprement bi. Des bi qui se sentent mal, il y en a beaucoup. Je ne sais pas si c’est connu (je pense que non, ou alors pas assez). Mais il y en a beaucoup. Deux preuves à l’appui de ça.La première, on la lit encore une fois dans Le Miroir bisexuel à propos des débuts de l’association Bi’cause. Catherine Deschamps observe à ce sujet p. 129 :

Les fondatrices avaient incontestablement sous-évalué l’incidence du mal-être de certains participants sur les activités du groupe. Alors qu’elles pensaient leur action avant tout en termes de visibilité offensive et de politique, les « souffrants » sont venus réclamer une aide sociale : avant d’envisager toute action d’affirmation, il fallait apporter un soutien, entourer et rassurer.

Personnellement, j’ai connu Bi’cause après la période des observations réalisées par Catherine Deschamps, et je ne me suis rendu pour le moment qu’à quelques réunions à intervalles très espacés ; mais c’était suffisant pour me rendre compte qu’il est toujours vrai que beaucoup de gens viennent aux réunion de Bi’cause (en particulier les réunions « Bi’envenue », spécialement consacrées aux nouveaux arrivants) non pas pour militer, mais d’abord pour bénéficier d’un espace de discussion. Autrement dit, pour être écoutés et pouvoir discuter avec d’autres bi, des gens à qui il est arrivé le même genre de choses, qui ont connu le même genre de situations et de problèmes.

La deuxième preuve, ce sont les multiples messages postés sur le forum du site Bisexualite.info (indépendant de Bi’cause), que je lis depuis plusieurs années. Beaucoup de gens viennent parler parce qu’ils sont dans une situation qui ne correspond à rien – ni hétéros, ni homos -, et qu’ils ont besoin d’en parler ailleurs que sur des forums gays. Plus encore, ils ont besoin de se situer. Certes, tous ne deviendront pas des militants bi avec drapeau, réunions, etc. Mais ils ont besoin d’un mot, d’une identité, qui puisse leur donner une idée de ce qu’ils sont et leur permettre d’en parler. Sur le plan psychologique, sans être un expert en la matière (loin de là), mais pour être passé par là moi-même et pour avoir lu ensuite de nombreux témoignages similaires, c’est une grande source de mal-être que de se découvrir une double attirance dans un contexte où l’on est sommé d’être soit hétéro, soit homo.

En dehors de ces situations de découverte de la bisexualité (qui peuvent arriver visiblement à tout âge de la vie, y compris passé la cinquantaine, à en juger par la grande diversité des gens qui viennent s’exprimer sur le forum), il y a aussi les nombreux problèmes liés au couple, et qui, s’ils brassent des enjeux de fidélité et de dialogue similaires à ceux que peut rencontrer n’importe quel couple (de même sexe ou de sexes différents), ne se posent pas dans les mêmes termes pour des personnes bisexuelles.

Enfin, il ne faut pas négliger non plus les témoignages de compagnons ou de compagnes de personnes bisexuelles, qui, sans être bi eux-mêmes, viennent tenter de comprendre, d’accompagner, en devant surmonter pour cela leurs inquiétudes et parfois leur méfiance envers leur partenaire.

Les réunions de Bi’cause comme le forum de Bisexualite.info se retrouvent donc investis de fonctions quasiment thérapeutiques. Les gens de Bi’cause ont même dû (toujours à lire Catherine Deschamps) rechercher des intervenants extérieurs qualifiés afin de répondre à ce besoin d’écoute et d’assistance psychologique. Ce n’est pas le cas lors de toutes les réunions, et ce n’est pas du tout le cas sur le forum… mais si ça fonctionne, c’est parce que, dans de tels espaces, les bi peuvent enfin parler ouvertement de leurs problèmes autrement que dans une grille de lecture homo/hétéro qui n’en prend pas en compte les besoins spécifiques. Ce qui m’amène à mon dernier point :

4. Parce qu’être bisexuel, ce n’est pas « juste » être « à la fois homo et hétéro ». Certains bi vous diront le contraire : ils se sentent tantôt « en mode homo », tantôt « en mode hétéro ». Sauf que les mêmes conviendront volontiers qu’ils éprouvent une attirance constante pour les deux sexes, même s’il y a souvent des préférences et des fluctuations à l’intérieur de cette double orientation générale. Or dire « à la fois homo et hétéro », ça ne veut rien dire. L’hétérosexualité et l’homosexualité se sont définies et bâties par exclusion l’une de l’autre, en opposition l’une à l’autre. Et, même en mettant de côté toute la part de conflit culturel dont j’ai parlé plus haut (ce besoin, tant chez les hétéros que chez les homos, d’une opposition bien nette et bien tranchée, mais qui s’avère artificielle), il y a le fait indéniable qu’il existe vraiment des personnes qui ne s’intéressent qu’à l’un des deux sexes et n’ont pas moyen de prendre du plaisir avec l’autre*. Mais lorsqu’on est attiré par les deux, on ne peut pas se définir en additionnant deux catégories mutuellement exclusives. Lorsqu’on est ambidextre, on n’est pas « à la fois droitier et gaucher ». Lorsqu’on est métis, on n’est pas « à la fois noir et blanc »…

À bien des égards, la situation des personnes bisexuelles est unique et ne peut absolument pas être ramenée aux problèmes des hétéros ou des homos. Elle appelle à ce titre une identité et une culture communautaire qui ne peuvent pas reprendre les mêmes thèmes (par exemple, il y a dans les communautés gay et lesbienne des plaisanteries récurrentes sur les gens de l’autre sexe dans lesquelles, en tant que bi, je ne me reconnais absolument pas : je suis un homme et j’apprécie les corps d’hommes, mais je me sens assez étranger par exemple aux blagues de certains gays sur l’étrangeté ou la laideur du corps féminin… plus généralement, il y a toute une part de non-mixité dans les communautés gay et lesbienne qui ne correspond pas – pour en avoir discuté avec d’autres bi – à ce qu’un bi peut attendre comme type de sociabilité).

Soyons clairs : il va de soi que les combats des bi sont à pas mal de titres les mêmes que ceux des homosexuels, tant sur le mariage que sur l’adoption ou l’accès au don du sang. Mais il est important qu’une identité proprement bi puisse s’affirmer et être reconnue comme distincte. Sans cela, les problèmes propres aux bi ne seront jamais pris en compte, avec tout le mal-être et les conséquences regrettables que cela ne manque pas d’entraîner.

En un mot : bi, exprimez-vous, faites-vous connaître, faites-vous entendre, tout le monde en a besoin ! 🙂

* L’affirmation selon laquelle « en fait tout le monde est bisexuel » est à cet égard, à mon avis, un mythe, un pur artifice de la rhétorique bisexuelle naissante : mais ce n’est pas parce qu’on a besoin de s’affirmer qu’il faut tomber dans des excès pareils !

Décollage

Bonjour à toutes et à tous ! Je suis Silvius, et ceci est le Biplan, un blog où je vais tâcher de publier (régulièrement, si possible) des actualités en rapport avec la bisexualité, des billets sur la culture bi, ainsi que des réflexions personnelles sur la bisexualité (et probablement quelques domaines voisins).

Photographie en noir et blanc d'un homme qui s'envole accroché à un planeur biplan.
Planeur biplan dans les années 1920, Philadelphie, États-Unis.

Pourquoi la bisexualité ? Parce que je suis un bi, un jeune homme bi pour être un peu plus précis, et qu’il m’a semblé qu’il n’y avait pas assez de blogs spécifiquement consacrés aux bi sur Yagg. Je connais l’excellent blog de Prose, et il y en a certainement d’autres, mais je pense qu’à l’heure actuelle les bi en tout genre ne sont pas assez vus, et il est temps qu’on les voie – et qu’on les écoute. Or donc, les bi existent, la preuve, en voici encore un (de là à dire qu’ils « poussent de partout, comme des pâquerettes »…). L’avantage de ce blog, c’est que, moi qui me contentais jusqu’à présent de relayer à la rédaction de Yagg des actus bi qui n’étaient pas publiées, je vais pouvoir les relayer ici, moi-même, ce qui ne m’empêchera pas non plus de râler contre la place largement insuffisante consacrée aux bi dans les médias LGBT généralistes que sont Yagg et Tetu.com (je ne connais pas assez les autres pour en parler). La part d’actualité bi que contiendra ce blog viendra combler une absence coupable, mais qui doit cesser. (Rassurez-vous : je critique déjà, mais Yagg a aussi des qualités à mes yeux… sinon, je n’y ouvrirais pas un blog !)

Un deuxième élément m’a incité à lancer ce blog : pouvoir parler au titre d’homme bi, par distinction avec les femmes bi. Non que j’attache une importance démesurée à mon genre (je me soucie beaucoup plus d’être humain que d’être un homme), mais il faut croire que cette sorte de chose compte aussi pour se situer, se construire une identité. L’association Bi’cause a été créée par un groupe de femmes (même si j’y ai aussi croisé des hommes et des transgenres). Sur le forum du site Bisexualite.info, il y a beaucoup de femmes (même s’il y a aussi des hommes). A un moment donné, j’ai ressenti – de façon purement subjective, donc, car je n’ai aucune donnée rigoureuse pour étayer cette impression – un manque d’une parole d’hommes bi. Ou alors, c’est peut-être tout simplement un besoin de réfléchir un peu sur ce que c’est qu’être un homme bi de nos jours, par rapport à la vision de la masculinité que renvoient la culture dominante hétérosexuelle d’un côté et la culture gay de l’autre. Dans la mesure où je ne me reconnais complètement dans aucune des deux, il ne sera pas mauvais de se demander un peu ensemble ce que c’est qu’UN bi.

La troisième chose qui m’a incité à lancer ce blog, c’est l’envie de partager ce que je connais de la culture bi, et de contribuer à en construire une. Elle existe déjà (le titre du documentaire d’Arte La bisexualité, tout un art ? est très parlant là-dessus, même si les bi sont loin d’être tous artistes, bien sûr) mais elle peine encore à prendre conscience d’elle-même comme telle et à être employée par les bi comme moyen de se construire une identité et de s’y retrouver dans la vie. Il y a plusieurs raisons à cela, dont la moindre n’est pas (encore une fois) l’occultation aussi tenace qu’agaçante de la part de la bisexualité dans la culture, tant par l’hétérocentrisme que par la culture gay et lesbienne (eh oui, hélas). Verlaine ? Bisexuel, et pas seulement par vitrine comme on pourrait le croire (ses poèmes pornographiques, qui ne recherchent pas exactement le consensus au sens décent du terme, ont beau s’intituler Hombres, ils contiennent pas mal de mujeres aussi). Les personnages principaux des Chansons d’amour de Christophe Honoré ? Bisexuels, mais le mot a rarement été prononcé. Jack Harkness, de Doctor Who et Torchwood ? Pansexuel (il vous aime même alien) mais j’en ai lu parler comme d’un personnage gay, par confusion facile avec l’acteur qui l’incarne, John Barrowman. En dehors de ces références communes, sur lesquels un regard bi supplémentaire ne peut pas faire de mal, je vais parler aussi tout simplement de livres, de films, de sites web, etc. proprement bi, pour autant que je les connaisse assez pour ça.

Le tout nécessairement dans le désordre et posté dans le temps que me laissera le reste de ma vie, c’est-à-dire dans une sacrée pagaille. D’où le nom de « biplan » donné à l’appareil : pas seulement un plan bi (qui soit autre chose qu’un plan B, pour une fois) mais plus techniquement un appareil encore neuf, bricolé, pas encore très sûr, quasiment occupé à s’inventer en même temps qu’il vole, avec tous les cahots, les trous d’air et les frayeurs que ça peut occasionner. Lunettes steampunk recommandées.

Et enfin « biplan », aussi, parce qu’en devenant bi (ou en me découvrant bi, comme vous voudrez) j’ai eu l’impression de déployer une deuxième paire d’ailes que je ne me connaissais pas, et de m’envoler d’un coup. Effrayant, exaltant, intimidant… il se trouve que le militantisme bi en France n’est pas beaucoup plus vieux, à son échelle, que moi à la mienne. En tout cas, le vol ne fait que commencer. Donc, bi’envenue, comme ils diraient à Bi’cause !