Une bisexuelle parisienne dans les années 1920-1940

couv_chrhc119-small200

Ce n’est qu’une brève, mais ce n’est pas si souvent qu’on voit passer des travaux universitaires sur la bisexualité en France (et en français), alors je relaie ici une annonce de parution dénichée par le blog de l’association bi lyonnaise France Bisexualité Info : un article d’Anne-Claire Rebreyend paru dans le n°119 de la revue savante Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique et intitulé « Des amours bisexuelles dans le Paris des années 1920 aux années 1940 : le parcours de Charlotte ». Le numéro dans son ensemble a pour thème « Homosexualités européennes (XIXe-XXe siècles) » et paraîtra avant la fin janvier 2013. Voici l’aperçu de l’article fourni sur le site de la revue sur Revues.org, l’un des principaux portails français de revues universitaires :

Plan

La question de l’identité sexuelle
Désirs et plaisirs bisexuels

Aperçu du texte

« Paris est une fête » proclame Hemingway, fasciné par la liberté des mœurs parisiennes dans l’entre-deux-guerres. Il est vrai que la vie festive, la tolérance et surtout l’anonymat de la capitale française, permettent à des femmes de vivre plus librement leurs amours homosexuelles ou bisexuelles que dans les petites villes ou les villages de province. La visibilité lesbienne est réelle dans le Paris des années 1920, où la mode de la garçonne séduit nombre de femmes, et parmi elles des homosexuelles ou des bisexuelles qui en font un signe de reconnaissance. Dans les années 1940, le climat se durcit, imposant plus de discrétion à ces femmes dont le comportement ne correspond pas aux normes de la conjugalité et de la maternité. Si l’on connaît bien la vie et les amours de lesbiennes et/ou bisexuelles célèbres à Paris comme Natalie Clifford Barney, Sylvia Beach, Gertrude Stein, Alice B. Toklas ou Colette, il est plus difficile de retracer les désirs et les plaisirs de femmes anonymes. …

L’article n’est pas intégralement disponible en ligne : il le sera en… avril 2015, Cahiers d’histoire faisant partie des revues qui ont choisi de mettre en ligne librement leur contenu mais avec un décalage d’un ou deux ans. Toutefois, le sommaire complet du numéro se trouve là et que la plupart des articles qui ne relèvent pas de ce dossier thématique sont déjà en ligne. Notez tout de même que le mot de la rédaction introduisant le numéro (et le dossier) est déjà consultable.

Mais pour l’article sur le parcours bi de Charlotte, rendez-vous dans quelques années… sauf si vous avez la chance de pouvoir accéder à une bibliothèque universitaire qui reçoit cette revue, auquel cas c’est le moment où jamais d’aller y faire une petite expédition !

Si vous n’en avez pas la possibilité, vous pouvez toujours aller fouiner dans les anciens numéros de la revue, qui, sont intégralement disponibles en ligne à partir de 2001, par exemple justement le n°84 de 2001, « Sexualité et dominations ». Ou bien vous tourner vers d’autres revues intéressantes sur le portail : la plus « en plein » dans les thèmes LGBT est la revue de sociologie Genre, sexualité et société mais il y a aussi la revue d’histoire Clio. Histoire, femmes et sociétés.

Voilà, c’était l’occasion de signaler les trésors de culture que les universitaires mettent en ligne en permanence sur le Web, mais qui n’ont pas toujours la médiatisation qu’ils méritent. Si vous êtes étudiant-e, jetez-vous dessus, et sinon… pareil !

Mariage pour tous : le cardinal André Vingt-Trois prône la "bisexualité"

La communication est un art difficile, et une parole étourdie a vite fait de faire sombrer dans l’absurdité de longs efforts de réflexion subtile (ou non). En témoignent les propos surprenants tenus samedi par le cardinal André Vingt-Trois lors d’un point presse pendant la Conférence des évêques de France, à Lourdes, et rapportés le jour même par L’Express. Donnant à tort et à travers son avis sur un sujet qui ne concerne pas plus que ça l’Église, à savoir le projet d’ouverture du mariage civil et peut-être de l’adoption aux couples présents et futurs formés par des personnes du même sexe, André Vingt-Trois a en effet affirmé à plusieurs reprises un lien étroit entre le mariage et la, je cite, « bisexualité ».

En réponse à une première question sur les accusations d’homophobie portées contre l’Église, M. Vingt-Trois a répondu derechef : « Je ne vois pas en quoi le fait de dire que le mariage ne peut se constituer sans la bisexualité, est homophobe.  » Un peu plus tard, à propos de la parentalité, il a affirmé : « Je ne connais pas aujourd’hui de procédé pour faire naître des enfants en dehors de la bisexualité ».

Propos qui plongèrent mes amis et moi-même dans un état de stupéfaction lexicale. Convaincus que nous ne pouvions pas avoir bien compris, tant ces paroles contredisaient si entièrement le reste des déclarations cardinalices, nous empoignâmes aussitôt nos dictionnaires, en quête du sens technique ou peu connu dans lequel ce mot pouvait avoir été employé. Car il était évidemment inconcevable que M. Vingt-Trois associât bel et bien l’attirance pour les deux sexes avec le fondement même du mariage et de la reproduction tels que les conçoit l’Église.

André vs. Robert

Recherche condamnée à demeurer aporétique, car j’eus beau tourner et retourner le mot dans tous ses sens, je n’ai rien trouvé qui puisse donner sens aux paroles du dignitaire papal. Voici l’avis du Grand Robert (2001) sur la question :

BISEXUALITÉ [bisɛksɥalite] n. f. — 1894, in D. D. L. : de bisexuel, d’après sexualité.

♦ 1. (Bot., zool.). Caractère des organismes (plantes et animaux) bisexués. Bisexualité biologique.

♦ 2. Psychol. Caractère constitutionnellement bisexuel des tendances psychiques de l’individu humain (→ Ambivalent, cit. 1). → Hermaphrodisme. Conséquences psychologiques de la bisexualité.

Cit. 1 : Bisexualité psychique à dominante monosexuelle sur une sexualité physiologique fermement arrêtée : ainsi peut-on qualifier l’équilibre normal de l’être humain. — E. MOUNIER, la Relation sexuelle, tiré du «Traité du caractère» (1948), in Dr Willy, la Sexualité. t. I, p. 43.

Cit. 2 : Notion introduite par Freud en psychanalyse sous l’influence de Wilhelm Fliess : tout être humain aurait constitutionnellement des dispositions sexuelles à la fois masculines et féminines qui se retrouvent dans les conflits que le sujet connaît pour assumer son propre sexe. — J. LAPLANCHE et J.-B. PONTALIS, Voc. de la psychanalyse, art. Bisexualité.

♦ 3. Rare. Caractère d’une personne bisexuelle (3.), de relations bisexuelles.

CONTR. Monosexualité, unisexualité.

Le premier sens donné par le Robert renvoie au fait de posséder les deux sexes à la fois (l’adjectif « bisexué » y est défini en page suivante comme « Qui possède les deux sexes »). Il s’agit du sens le plus ancien du mot, synonyme d’hermaphrodisme. C’est par exemple en ce sens qu’il est employé dans le livre de Luc Brisson Le Sexe incertain. Androgynie et hermaphrodisme dans l’Antiquité (Paris, Belles Lettres, 1997), où l’auteur étudie des figures comme Tirésias (qui, d’homme, devient femme pendant quelque temps) ou Hermaphrodite (à la fois homme et femme, à l’origine du nom commun).

Le deuxième sens, qu’une personne bisexuelle qui a un peu lu connaît souvent, renvoie à la psychanalyse freudienne et se rattache directement au premier sens : c’est la bisexualité psychique qui, dans la pensée de Freud, caractérise les débuts de l’élaboration du psychisme de tout individu. C’est aussi ce concept qui fait le lien entre le sens ancien du mot et son sens le plus récent : l’idée de Freud, dans une pensée qui ne dissocie pas l’identité sexuelle et l’orientation sexuelle, est qu’on ne peut expliquer une attirance sexuelle pour une personne du même sexe qu’en supposant chez l’individu désirant la présence de caractéristiques relevant du sexe opposé (un homme qui désire un autre homme ne peut le faire selon Freud que parce qu’il est un peu femme). On sait d’ailleurs à quel point ce concept est peu apprécié des minorités concernées et même des chercheurs qui ont pris la peine d’étudier la question sans préjugés.

Le troisième sens, c’est celui qui figure dans l’acronyme LGBT : la bisexualité comme attirance d’un individu pour des personnes des deux sexes, par distinction avec la monosexualité qui désigne les attirances pour un seul sexe (hétérosexualité ou homosexualité). Pour le Grand Robert, en 2001, il s’agissait encore d’un sens rare : c’est dire à quel point le concept de bisexualité était encore peu connu en France en dehors des personnes concernées et de quelques chercheurs (la thèse d’anthropologie de Catherine Deschamps consacrée aux bisexuels avait été soutenue en 1999). C’est dire aussi à quel point les choses ont changé en dix ans, puisqu’on trouve désormais une large bibliographie, incluant des ouvrages grand public et de multiples articles de presse, où le mot est employé dans ce sens.

Échec

Le caractère récent de l’évolution du mot explique naturellement que, lorsqu’on lit les interviews de quelqu’un comme André Vingt-Trois, il vaille mieux le faire dictionnaire en main : il avait peu de chances d’employer le mot dans le même sens que les bisexuels eux-mêmes. Le problème, c’est qu’aucun autre sens du mot ne fonctionne non plus. André Vingt-Trois ne place évidemment pas l’androgynie au fondement du mariage, pas plus que la bisexualité psychique. Ce qu’il dit ne veut littéralement rien dire.

Ce qu’il aurait voulu dire, en revanche, est clair pour tout le monde : il aurait voulu dire qu’il ne concevait pas le mariage en dehors de l’implication de personnes des deux sexes. Dans sa deuxième réponse, il faisait allusion au fait que la reproduction humaine implique nécessairement un binarisme sexuel, une distinction entre deux sexes différents (pas un, pas trois, pas quatre ou cinq) qui doivent tous les deux être impliqués pour donner naissance à un petit humain. Notez au passage qu’il associe étroitement mariage et reproduction, ce qui n’est de fait plus le cas depuis un bon moment dans la société française (les couplés non mariés peuvent avoir des enfants sans se faire montrer du doigt dans la rue et les couples mariés sans enfants ne sont pas publiquement conspués non plus — toutes évolutions là aussi relativement récentes, puisqu’elles ont surtout eu lieu pendant le siècle dernier si je ne me trompe, mais enfin ça ne date pas de l’année dernière non plus, quand même).

Le problème, c’est qu’André Vingt-Trois n’a tout simplement pas employé le bon mot, et que cette impropriété fait sombrer ses paroles dans l’aberration la plus complète : il a l’air de dire le contraire de ce qu’il a voulu dire. C’est très amusant, parce qu’il montre par cette erreur qu’il ne connaît tout simplement pas son sujet, qu’il emploie les mots un peu au petit bonheur la chance. Si j’étais indulgent ou paranoïaque, je penserais qu’il fait exprès de tout mélanger pour faire peur aux gens, et de fait il le fait dans la plupart de ses propos (par exemple en brandissant le spectre du « parent 1, parent 2 » — oui, oui, nous avons vu la série Le Prisonnier, nous aussi, et nous non plus, Monsieur Vingt-Trois, nous ne voulons pas être des chiffres mais des hommes libres — ou encore en essayant de faire gober aux gens qu’on va mentir aux enfants, leur faire croire que deux hommes peuvent avoir un enfant ensemble, exagération grossière, mais après tout il paraît que plus le mensonge est gros mieux il passe). Mais je crois que ce n’est même pas le cas ici. C’est juste qu’il n’y connaît rien, qu’il dit n’importe quoi, et qu’il se rend ridicule. Échec critique.

Les mots sont importants, le mariage pour tous est un droit nouveau pour tous

La morale de cette anecdote ? À trop parler à tort et à travers, les esprits bornés finissent par se prendre les pieds dans leur propre langue.

Mais il y en a une deuxième, sur laquelle je n’insisterai jamais assez : les mots sont importants. Le mot « bisexualité » a des sens précis, et tout le monde (même un cardinal, la preuve) a intérêt à ce que les mots soient employés dans leur sens juste. La bisexualité, ce sont les sens qui figurent dans les dictionnaires. Pas juste « truc avec deux sexes ». De même, quand le projet de loi parle de couples de même sexe, il ne parle pas de couples homosexuels, et parler de « mariage homosexuel » ou de « mariage gay » au lieu de « mariage pour tous » ou « d’ouverture du mariage aux couples du même sexe », cela implique déjà des choix importants sur le fond du débat, précisément parce que le projet de loi ne parle pas d’homosexuels mais de citoyens français, quelle que soit leurs vies sexuelles, sentimentales, etc. Et c’est une excellente chose. C’est précisément grâce à cela que c’est un vrai projet de loi républicaine et non une rustine taillée sur mesure à la demande de lobbies, comme les anti-mariage tentent de le faire croire. C’est grâce à cette prise en compte du seul sexe des individus, sans recours au concept d’orientation sexuelle, que tout le monde, oui, tout le monde pourra bientôt se marier avec qui il voudra, homme ou femme, peu importe si vous vous pensiez homo, hétéro, bi, pan, queer, indécis, pas concerné, ou ce que vous voulez.

C’est aussi cela qui rend ce projet de loi potentiellement beaucoup plus subversif à l’égard de la conception traditionnelle de la famille que ce que raconte André Vingt-Trois, qui n’est même pas capable d’imaginer qu’un homme puisse, d’ici peu, avoir la liberté de se marier avec une femme, puis de divorcer et d’épouser plus tard un homme (ou inversement), d’avoir des enfants dans ces deux familles successives, etc.

L’ouverture du mariage à tous les couples d’adultes consentants, c’est la fin de la schizophrénie pour les personnes bisexuelles, qui pourront envisager toute relation avec les mêmes droits et la même sérénité ; mais c’est aussi et surtout une liberté considérable accordée à tous : celle de tomber amoureux de tout adulte et de pouvoir envisager de fonder une famille avec la personne que l’on aime, quel que soit son sexe. Cette loi consacre le fait que les relations, y compris les relations amoureuses, conjugales et familiales, se nouent entre des personnes et non entre des sexes. Alors, ne laissez pas les conservateurs et les ignorants perpétuer cette bicatégorisation stupide homo/hétéro qui enferme les gens dans des cases et qui leur fait oublier qu’eux aussi ont le droit de tomber amoureux et d’épouser un homme ou une femme… et expliquez autour de vous à quel point cette loi est un progrès pour tous les citoyens, sans distinction d’orientation sexuelle. Épousez qui vous voudrez !

Chansons de bi !

(Article dédicacé à A…, accueillante au Mag et une des rares bi du coin au moment où j’y risquai mes pas en tremblant pour la première fois. C’est à elle que j’emprunte l’expression « Chanson de bi ! »)

Aujourd’hui, je vais vous parler de quelques chansons qui abordent le thème de la bisexualité, sans toujours employer ce mot. Naturellement ce ne sera pas exhaustif du tout, ce n’est qu’une petite promenade musicale, qui essaie de varier les genres. Si vous n’en avez pas assez à votre goût en terminant, vous pouvez aller (re)lire mon article sur des films bi où pas mal de films étaient dotés d’une BO intéressante en elle-même.

Le manifeste bi : Ysa Ferrer, « To bi or not to bi »

À tout seigneur, tout honneur : voici LA chanson bi par excellence, pour la bonne raison que j’en connais peu qui soient autant dans le thème (et qui en parlent aussi bien). « To bi or not to bi » est une chanson sortie dans Imaginaire pur, le troisième album d’Ysa Ferrer, sorti en 2008. Je n’y connais rien en genres musicaux, mais Ysa Ferrer, selon Wikipédia, c’est un mélange de pop, de dance et de musique électronique. Ce n’est pas plus que ça mon genre de musique en général, mais ça se laisse écouter, et surtout la chanson vaut largement par ses paroles. C’est bien simple : c’est la première chanson à ce sujet sur laquelle je suis tombé quand je suis devenu bi, et ses paroles ont beaucoup fait à l’époque pour me rassurer sur la normalité et la « vivabilité » de la bisexualité (c’était avant que je parle avec plein de gens et lise plein de bouquins là-dessus, mais il faut un début à tout). Je doute d’avoir été le seul dans ce cas.

Que disent donc ces paroles ? En un mot, c’est un manifeste. Un manifeste bi, et un sacré geste bi-friendly de la part de la chanteuse, qui a d’ailleurs affirmé très clairement son soutien aux bi dans diverses interviews. Au delà du jeu de mots du refrain, la chanson parle de ce que c’est qu’être bi, et est une excellente première explication sur la bisexualité à faire écouter aux gens qui n’y connaissent rien (en plus, la chanson est en français, comme son refrain ne l’indique pas). Au fil des paroles, on découvre une véritable argumentation qui ne déparerait pas dans un manifeste d’association bisexuelle. Extraits choisis :

– « Si je choisis, je perds / la moitié de mes repères / le sens de l’équilibre / l’impression d’être libre » : on ne peut pas mieux dire que les bisexuels ne peuvent justement pas « choisir », que leur bisexualité n’est pas une sorte de luxe ou de perversion raffinée mais une orientation sexuelle et sentimentale à part entière.

– Le refrain, « Laisse-moi vivre ma vie, / Aimer qui j’ai envie, / Je suis comme je suis », etc. est une défense en règle du droit à être bisexuel-le, avec un côté « I am what I am » réjouissant.

– Toujours dans le refrain, remarquez le « pas besoin d’alibi », qui, en plus de fournir une rime hautement idoine, pourfend le cliché du bi comme planqué qui n’oserait pas assumer, et affirme une identité bi.

– « Si l’amour est intense, le sexe n’a plus d’importance » (comprenez : le sexe de la personne à qui on s’intéresse, pas la sexualité, naturellement…), c’est aussi un argument brandi par les militants bi : l’idée selon laquelle les bi sont attirés par des personnes indépendamment de leur sexe ou de leur genre (on n’est pas loin de la pansexualité, d’ailleurs). C’est un argument potentiellement queer, qui fait primer la construction d’identités individuelles sur les normes de genre, et c’est aussi un argument facile à changer en vision spiritualisante ou philosophique de la bisexualité (en gros, on tombe amoureux d’esprits, ou d’âmes si vous voulez, plutôt que de se borner aux limites imposées par les corps).

Contrairement au reste des paroles, ce dernier passage met en avant une certaine conception de la bisexualité, qui n’est pas celle de tous les bi : toute une partie d’entre eux vous dirait au contraire que la dimension « sexuée » compte beaucoup, et qu’ils apprécient, désirent et aiment des choses très différentes chez les hommes et chez les femmes (pour leur corps, mais aussi parfois pour leur façon d’être). Ce sont des visions divergentes du désir et de l’amour qui recoupent des conceptions divergentes du sexe, du genre et de leur importance dans l’identité d’une personne. L’important est de leur faire place à toutes !

Une personne qui connaît un peu les revendications des bi n’a aucun mal à comprendre ces allusions et à apprécier le soutien précieux dont elles témoignent en faveur des communautés bi dans le monde (détail : la chanson a eu droit à un remix en japonais). Mais il y a beaucoup de gens qui ne sont pas dans ce cas, alors j’ai pensé que ce serait utile de montrer en quoi cette chanson n’est pas qu’une façon de surfer sur une mode dans le show-biz, mais relève d’un travail d’écriture honorable et constitue un véritable engagement bi-friendly. Merci Ysa Ferrer !

La chanson sur Youtube

 

Le précurseur bi-friendly : Living Colour, « Bi »

Ce sera plus court ici, parce que c’est un groupe dont je ne connais absolument pas la musique par ailleurs : Living Colour, un groupe de rock américain qui existe de longue date (depuis 1984 selon Wikipédia, quoique avec une histoire mouvementée et un temps d’éclatement, mais justement Wikipédia racontera ça mieux que moi). Ce qui me frappe d’abord dans cette chanson, c’est sa date : 1993 ! C’est la plus ancienne chanson que je connaisse à évoquer la bisexualité nommément, c’est-à-dire en montrant des gens qui s’identifient comme bi et pas seulement en parlant de coucher avec des femmes ou des hommes sans mettre de nom particulier dessus. 1993, c’est déjà pas mal pour les États-Unis où un mouvement spécifiquement bi ne commence vraiment à s’affirmer que vers la fin des années 1980 (et en France, ça tient de l’Antiquité, puisqu’on était en l’an 4 avant Bi’cause et que les bi n’avaient aucune visibilité, du moins à ma connaissance).

L’ambiance de la chanson a un côté « bisexuel chic » précoce : le refrain est « Everybody wants you when you’re bi », il est question de plein de gens couchant avec plein de gens, une partie du refrain se modifie peu à peu de « Looking at the girls and eyeing all the guys » à « Licking all the girls… licking all the guys », et le clip montre naturellement une foule où les regards sont si lourds de sensualité et d’invites érotiques qu’on se demande comment les particules de désir ne forment pas une couche par terre avant la fin des 4’43 » que dure la chanson. Bref, il y a largement de quoi redouter l’usage du thème de la bisexualité comme bon gros prétexte à parler de cul en mettant toutes les combinaisons en même temps.

En plus, ce « everyone wants you when you’re bi » entretient l’idée reçue selon laquelle on aurait forcément moins de mal à trouver des partenaires quand on est attiré par plus de gens, alors que ce n’est pas du tout une conséquence logique valide ; c’est aussi agaçant que le mot de Woody Allen sur les bi qui auraient deux fois plus de chances de trouver quelqu’un le samedi soir…

Et pourtant… il y a de bonnes choses. Le premier couplet à lui seul, en affirmant qu’on peut vraiment s’identifier comme bi, suffit à classer la chanson dans la catégorie bi-friendly :

« People, if they choose you, then they want you to decide
But you’d rather relax, kick back, enjoy the ride
There’s a category if you’re straight or gay
You’re a wild card gambler and you like it both ways »

Et la suite contient quelques invitations à la tolérance bienvenues, comme « Everybody’s messed up with their sexuality » (ben oui, après tout !) ou la fin de couplet « Well a friend of a friend of a friend told me / I need a closet big enough to live in / A closet for the whole world to live in », où l’image du placard à la taille du monde peut se comprendre comme un désir d’abolir la logique du placard ; mais l’image reste ambiguë.

C’est donc une chanson en demi-teinte, qui contient déjà en germe les dérives du traitement du thème dans le show-biz, avec son hypersexualisation systématique de la notion de bisexualité, mais qui, dans le même temps, s’avère déjà agréablement tolérante, surtout à une époque où les mouvements bi s’ébauchaient tout juste.

La chanson sur Youtube

 

Le désir double : The Magnetic Fields, « Underwear »

Ah, les Magnetic Fields de Stephin Merritt… un groupe américain peu connu par chez nous, mais qui mérite tellement de l’être plus ! Alors, là, ça relève de l’indie, et même de l’indie pop ou du synthpop, me souffle Wikipédia (je vous cite tout, les connaisseurs y retrouveront leurs petits). Merritt a créé plusieurs groupes tous plus intéressants les uns que les autres, dont je ne citerai que les Future Bible Heroes et leur chanson « I’m a Vampire », classique mais efficace ; mais les Magnetic Fields forment son principal projet musical.

Ce sont des chansons qu’on pourrait dire « à texte », dont les paroles valent la lecture en elles-mêmes, et d’une grande originalité, tant dans les paroles que dans la musique. Les paroles de Merritt font toujours preuve d’une certaine recherche littéraire  (notez l’allusion francophile présente dans le nom du groupe, qui se réfère au recueil de poèmes surréalistes d’André Breton, Les Champs magnétiques), et il est parfois raillé comme un genre d’intello dépressif sur la scène indie. Personnellement je n’en ai cure, et un type capable d’écrire à la fois des chansons comme « When My Boy Walks Down the Street », « Papa was a Rodeo » ou « Abigail, Belle of Kilronan » et des chansons comme « The Death of Ferdinand de Saussure » , « Let’s Pretend We’re Bunny Rabbits » et « Absolutely Cuckoo » ne peut à mes yeux que mériter le plus grand intérêt.

Je dis tout ça parce que justement « Underwear » est une chanson courte, avec très peu de paroles, et où visiblement Merritt s’amuse bien. Imaginez un air simpliste, un peu façon musique de strip-tease, et les paroles suivantes : « A pretty girl / In her underwear / a pretty girl / In her underwear /If there’s anything better in this world / Who cares ? » Refrain (en français dans le texte) : « La mort / c’est la mort / mais l’amour / c’est l’amour / La mort / C’est seulement la mort / Mais l’amour / C’est l’amour ». Second couplet : « A pretty boy in his underwear / A pretty boy / In his underwear / If there’s a better reason to jump for joy / Who cares ? » Et refrain deux fois.

Pour le coup, ça n’appelle pas d’exégèse interminable : c’est une chanson de bi, puisque celui qui parle, même s’il ne se met pas en avant, exprime ses goûts à la fois pour les femmes et pour les hommes. C’est encore assez peu fréquent pour être remarqué !

Cette chanson, comme toutes les autres de ce groupe que j’ai citées, se trouve dans un gros album que j’aime bien parce que son titre va parler tout seul : « 69 Love Songs ». Pour les avoir toutes écoutées, elles sont d’une belle diversité, dans les tons, les registres, la longueur, les situations abordées, les sentiments exprimés, etc. etc. et Leur qualité d’ensemble est plus qu’honnête, et il y a vraiment de petites merveilles dans le lot. Sur un sujet aussi galvaudé, il fallait le faire.

La chanson sur Youtube

La double attirance à demi mots : Dalida, « Depuis qu’il vient chez nous »

Ah, les bisexuels maléfiques… on pourrait en faire un dictionnaire. Et beaucoup de clichés, aussi : l’homme marié et théoriquement hétéro qui se révèle infidèle et en plus attiré par un autre homme, combien n’en a-t-on pas fait tour à tour un sujet de gorges chaudes et de foudres faciles dans la communauté LGBT ? Et combien d’efforts la culture gay n’a-t-elle pas déployés pour en faire une figure de l’homo refoulé ? Oui mais voilà, ce n’est pas toujours le cas : les doubles attirances existent aussi vraiment. Or, dans la chanson qui nous occupe maintenant, il n’y a ni manichéisme ni catégories plaquées sur les destins individuels. Quel soulagement !

Une femme mariée se rend compte de l’attirance de son mari pour un homme – quel âge a-t-il ? Il pourrait être un jeune homme, ou même un adolescent, d’ailleurs, selon la façon dont on comprend les allusions présentes dans les paroles. Mais l’épouse n’a même pas l’air jalouse. Elle aime profondément son compagnon, elle interroge, elle veut comprendre, on dirait qu’elle pardonne déjà. C’est la femme dont tout homme bi, ou même toute femme bi, qui s’est déjà trouvé-e tourmenté-e par une situation de ce genre, ne peut que rêver… Mais il n’est pas question de mettre un nom sur « ce qui se révèle en toi » et que l’épouse dit avoir « peur de comprendre » ; et il n’est évidemment pas question de prendre le problème à bras le corps, d’évoquer les discussions sur les attirances, sur la fidélité, etc. L’état d’esprit véhiculé par cette chanson, chantée en 1979, n’a pas révolutionnairement avancé depuis le monde des Amitiés particulières de Peyrefitte dans les années 1940, où les personnages n’osent rien nommer de peur de faire exister le désir interdit, ce qui vaudrait condamnation en soi ; mais chez Dalida, il y a la volonté de comprendre en plus, et ce n’est déjà pas mal.

Et surtout, il est clair que Dalida n’a pas pour but de résoudre un problème de société. Il s’agit seulement de faire entrevoir une situation dramatique et d’en tirer tout le pathétique possible, de magnifique façon. C’est une histoire subtile, devinée à demi mots, laissée en suspens et profondément touchante : Dalida dans un grand jour. Sans doute y a-t-il eu depuis d’autres chansons traitant du même thème, peut-être même avec des arguments, des conseils, des réponses ; mais je suis prêt à parier que peu sont aussi subtilement tournées…

La chanson sur Youtube

C’est tout pour ce premier billet consacré à la bisexualité dans la chanson (il y en aura sûrement d’autres). J’espère qu’il vous a permis de creuser un peu plus ces chansons, que vous les ayez déjà connues avant ou que vous les ayez découvertes ici !

EDIT le 3 septembre : Numa Numantius m’indique qu’il avait consacré un article à Dalida sur son blog E.D.H. au mois de mai. Il y revenait sur tout ce qu’elle a signifié pour la communauté LGBT et citait plusieurs chansons, dont « Depuis qu’il vient chez nous ». Si vous voulez aller plus loin sur Dalida, c’est à lire !

Les bi américains dénoncent le "problème bi" de Google

Tout a commencé le 18 juillet, lorsque Faith Cheltenham, la présidente de l’association bisexuelle américaine BiNet USA, a publié sur le blog « Gay Voices » du Huffington Post un article intitulé « Google’s Bisexual Problem ». Elle s’y étonnait de l’étrange traitement réservé par le moteur de recherche Google aux mots-clés concernant la bisexualité (« bisexuality », « bisexual », mais aussi les mots français).

On n’est pas aidés

Le moteur de recherche de Google, dont on connaît l’ascension fulgurante due à ses performances hors du commun, possède deux outils qui font beaucoup pour sa rapidité et qui ont été repris par pas mal d’autres moteurs. L’un, intitulé « Auto Completion », affiche des suggestions automatiques chaque fois que l’internaute commence à taper un mot dans le formulaire de recherche (par exemple, si vous tapez « lesb », vous devriez avoir droit à des suggestions comme « lesbienne » ou « lesbianisme »). L’autre, plus récent, intitulé « Instant Search », opère sur les systèmes les plus rapides et consiste pour Google à commencer à proposer des résultats avant même que vous n’ayez terminé de taper les mots-clés de votre recherche. (Ce truc doit être un gouffre à énergie terrible, mais ce n’est pas le sujet.)

Or Faith Cheltenham s’est rendue compte d’une chose curieuse : lorsqu’on commence à taper des mots comme « bisexual » ou « bisexuality », aucune suggestion ne s’affiche et Google ne commence pas à faire la recherche. Elle a mis en ligne une vidéo Youtube  montrant la différence. J’ai moi-même fait le test avec les mots français « bisexualité » et « bisexuel » : mêmes absences de suggestions et de résultats instantanés.

Ce détail est moins anodin qu’il n’en a l’air. Lorsque vous cherchez quelque chose sur Google, vous avez l’habitude d’avoir l’impression que plein de gens avant vous ont déjà cherché les mêmes choses, et la recherche automatique vous montre dès le départ qu’il y a bel et bien plein de résultats sur le sujet en question. Mais si vous ne voyez pas la moindre suggestion s’afficher ? Vous aurez l’impression que personne ne cherche ça d’habitude. Idem pour l’absence de résultat : cela donne l’impression qu’il n’y a rien à trouver.

Ces deux impressions sont évidemment fausses. Mais elles ne sont pas dénuées d’impact potentiel sur les utilisateurs. On connaît le contexte actuel, très crispé, aux États-Unis sur la question du suicide chez les jeunes appartenant aux minorités sexuelles. Cheltenham estime (à juste titre, je trouve) qu’une telle différence peut renforcer le malaise des internautes mal dans leur peau et qui tenteraient de chercher des informations sur la bisexualité sur Internet. Elle rappelle en particulier le rapport alarmant publié en mars 2010 par la San Francisco Human Rights Commission, Bisexual Invisibility: Impacts and Recommendations, qui indiquait qu’une femme bi sur deux et un homme bi sur trois auraient envisagé ou tenté de se suicider, soit des taux supérieurs à ceux observés chez les homosexuel-le-s (eux-mêmes supérieurs à ceux observés chez les hétérosexuel-le-s). On sait d’ailleurs que c’est la même chose au Royaume-Uni. (En France, à ma connaissance, il n’y a pas encore eu d’étude à ce sujet…)

L’accès aux sources d’information sur la bisexualité est donc porteur d’enjeux cruciaux, et un « détail » comme celui-ci peut être lourd de conséquences, disons, dérangeantes. Et comme Google n’est pas exactement un petit moteur de recherche obscur que personne n’utilise…

Il y a donc deux choses alarmantes dans le « problème bi de Google ». La première, c’est qu’on s’explique mal l’absence de suggestions automatiques pour l’auto-complétion des mots-clés et pour les résultats de la recherche instantanée. Pourquoi diable cette différence dans les paramètres du moteur de recherche ? La seconde, ce sont les conséquences de cette différences pour les utilisateurs.

En réponse, Google fait des yeux de Bam… bi

Faith Cheltenham indique qu’en 2010, année où Google a commencé ce blocage, le Google Help Desk avait indiqué que cette différence était « un bug » qui « allait être réparé ». Mais au printemps 2012, rien n’avait bougé. D’où nouvelles démarches de Cheltenham, qui a obtenu le 2 juin cette réponse d’un porte-parole de Google :

« As you say, we’re strong LGBT supporters. Sometimes perfectly good search terms can trip up our algorithms that decide whether to show instant results. This can happen when our automatic filters detect a strong correlation on the (unfiltered) Internet between those terms and pornography. The effect varies from term to term, and keep in mind we handle billions of queries each day, 16 percent of which are new to us each day, across 146 languages. But we appreciate your feedback — it’s this kind of case that motivates us to keep working on our algorithms so we can get people the information they need as quickly as possible. » – Google Spokesperson, July 2nd 2012

Je traduis :

« Comme vous le dites, nous sommes fortement engagés en faveur des LGBT. Parfois, des termes de recherche parfaitement valides peuvent faire s’emmêler les pinceaux à nos algorithmes qui décident s’il faut ou non montrer des résultats instantanés. Cela peut arriver lorsque nos filtres automatiques détectent une forte corrélation sur l’Internet (non filtré) entre ces termes et la pornographie. L’effet est variable selon les termes, et gardez en tête que nous gérons des milliards de requêtes chaque jour, dont 16% sont nouvelles pour nous chaque jour, en 146 langues. Mais nous apprécions vos retours : c’est ce genre de cas qui nous motive à poursuivre notre travail sur nos algorithmes afin de pouvoir procurer aux gens les informations dont ils ont besoin aussi rapidement que possible. – Porte-parole de Google, 2 juin 2012

Google sollicite donc notre compassion : il est vrai qu’ils n’ont jamais mis en avant la rapidité et la fiabilité de leurs résultats, ni leur capacité en tant qu’entreprise à être meilleurs que les autres, et que ce n’est pas du tout comme ça qu’ils ont accédé à leur position dominante actuelle sur le marché. Il est vrai aussi qu’ils ont peu de moyens, peu d’employés et que deux ans est un délai bien court pour corriger un « bug ». On imagine les algorithmes animés d’une vie propre, dans les tréfonds des lignes de code, échappant peu à peu au contrôle des informaticiens, tels des raptors à Jurassic Park. Encore quelques messages comme ça et ils vont nous refaire Ghost in the Shell.

Bref, en ce qui me concerne : excuses non acceptées, capitaine Google.

Quant à l’argument de la pornographie, il me laisse plus que sceptique. Expliquez-moi comment le terme « bisexualité », associé à une orientation sexuelle qui commence à peine à faire un peu parler d’elle, pourrait être davantage associé à la pornographie que des mots comme « gay » ou « lesbienne » ou que les contenus pas spécialement labellisés avec des termes LGBT ? Y a-t-il donc une telle quantité de contenu pornographique spécifiquement labellisé comme « bisexuel » sur le Web ? Ou alors c’est ça, la matière noire de l’univers ? Sérieusement…

Mais au fond, ce n’est même pas à moi de chercher d’où peut provenir le problème : c’est aux équipes de Google de le faire. Le fait est qu’il y a un problème et que ce problème entraîne une inégalité de traitement entre les différentes orientations sexuelles sur le moteur de recherche Google.

De quoi écorner l’image impeccablement LGBT-friendly que s’est construite l’entreprise auprès du grand public.

Le coup de grâce ? En 2010, le problème concernait aussi un autre mot : « lesbian ». De plus en plus embêtant. Sauf que, toujours selon Cheltenham, le mot « lesbienne » a été débloqué depuis… mais pas les mots-clés concernant la bisexualité. Décidément, les voies des algorithmes sont impénétrables. De quoi se demander si Google ne se moque pas un peu du monde (et des bi en particulier). Et de quoi donner envie de recourir plutôt à d’autres moteurs de recherche, par exemple ceux qui n’emmagasinent pas les données des utilisateurs, comme Ixquick ou Duckduckgo.

Les bi persistent, et demandent à signer

La communauté bi américaine n’a pas l’intention d’en rester là, et c’est pourquoi une pétition a été lancée sur Change.org : « Google’s Technical Staff: Stop blocking the word « bisexual » from instant search results ».Pas besoin d’être américain pour signer, naturellement !

Je traduis le texte de la pétition si vous ne lisez pas l’anglais :

« Aux équipes techniques de Google : cessez de bloquer le mot « bisexuel » dans les résultats des recherches instantanées

Google a été un partisan de longue date des combats menés pour l’égalité des LGBT. Bloquer ce terme ne dénote pas une volonté d’inclusion et permet à un mythe répandu sur la bisexualité – selon lequel elle n’existerait pas réellement – de persister.

En tant que membre de la communauté bisexuelle, cela me choque personnellement. J’ai été l’objet de beaucoup de préjugés et de stéréotypes. Bloquer l’accès à l’information ne fera que perpétuer la biphobie.

Ou bien imaginez des adolescents et des adultes qui pensent qu’ils pourraient être bisexuels et qui se tournent vers Google pour chercher des informations. Que trouveraient-ils ? Qu’est-ce que cela leur ferait croire ?

 Imaginez aussi : vous êtes un parent dont l’enfant vient juste de faire son coming out en tant que bisexuel. Vous vous tournez vers Google pour chercher des informations sur la meilleure manière de soutenir votre fils ou votre fille. Néanmoins vous vous heurtez à des barrages routiers qui limitent ce que vous trouvez. Qu’éprouveriez-vous dans une pareille situation ?

 Je pense que Google a la responsabilité de refléter pleinement son soutien à la communauté LGBT et de faire avancer notre égalité avec les autres. Avec ce blocage toujours en place, ce n’est qu’une égalité partiale qui est reflétée.

 En signant cette pétition, vous demandez à Google de refléter de façon plus complète son engagement à soutenir la communauté LGBT. »

Notez que la pétition se concentre sur la contradiction entre le discours officiel de Google (qui se présente comme pleinement LGBT-friendly) et la réalité des paramètres de son moteur de recherche.

Affaire à suivre : j’espère que cette affaire fera encore parler d’elle, et que Google sera contraint de réagir. Ces algorithmes qui deviennent incontrôlables même pour les experts de Google, c’est tout de même flippant.

Des bi et des blogs, épisode Yagg

Curiosity est un très beau défaut. Nous ne sommes pas seuls dans l’univers bi de Yagg !

Je m’en doutais déjà, mais j’étais loin de connaître tous les autres blogs tenus par des Yaggeurs bi. J’en connaissais un, mais je viens de tomber sur deux autres (merci à Red pour le quatrième lien). Et vous ? Non plus ? Alors voici les autres, par ordre d’ancienneté :

« Prose (et quelques vers) », tenu par Prose, qui est une bi. Pour autant que j’aie pu voir, son blog est né en juin 2010 : elle a eu le temps de poster plein de réflexions intéressantes, ça vaut largement la peine d’aller fouiner un peu dans l’archive ! C’est le seul que je connaissais jusqu’à présent, honte à moi… et merci à Prose, dont la prose m’a beaucoup incité à venir bavarder ici aussi.

« Voile et vapeur », tenu par Mands, qui est un bi. Le blog remonte à juillet 2011, et il traite des deux sujets primordiaux que sont le sexe et les questions existentielles, ce qui ne peut que valoir la lecture !

« Le Biplan », tenu par Silvius, qui est un bi. (Pour les distraits : c’est moi, et c’est ici.) Je bavarde ici depuis décembre 2011.

« Bidelloïde », tenu par Roti, qui est une bi. C’est aussi la blogbenjamine de ce petit groupe, puisqu’elle s’est lancée en juillet 2012 et poste déjà des réflexions fort intéressantes sur l’identité bi.

Quatre vécus, quatre visions de la bisexualité, quatre façons d’écrire différentes, et sur le tas il y en aura toujours un pour poster quand les autres auront la flemme, hein ? ^_^ Ils sont bi, ils sont là, et en plus ils respectent la parité : deux femmes, deux hommes ! (« Et les trans et les intersexués, y z’y comptent pas dans la parité ? » – « Wouah l’aut’ tout de suite les questions qui fâchent… »)

Voilà, vous avez encore plus de lectures bi sous la souris, maintenant ! Et si vous connaissez encore d’autres blogs bi sur Yagg, voire d’autres blogs bi tout court, n’hésitez pas à compléter en commentaire ! (Je ferai un billet séparé pour les blogs bi hors Yagg, là c’était la séquence esprit de clocher.)

(Le titre auquel vous avez échappé : « Les quatre biscottaires ».)

EDIT le 18 novembre 2012 : le blog « Bidelloïde » de Roti n’existe plus, mais elle en créera peut-être un autre sur un thème proche. A suivre sur la communauté Yagg, donc !

"Coming out" de Mika : les étiquettes et la biphobie contre-attaquent

L’histoire de Mika et des médias dit énormément de choses sur la persistance des discriminations que subissent les minorités sexuelles aujourd’hui encore, les gays comme les bi.

Sa récente déclaration dans une interview à paraître en septembre, où il s’identifie comme gay, a suscité toutes sortes de réactions, pas toutes spécialement fûte-fûte, comme l’explique Xavier Héraud.

Mais il y a autre chose à dire là-dessus. Un point de vue bi sur la question, vous vous en doutez.

Rembobinage

Commençons par un petit rembobinage. En 2008, le magazine Out titre en couverture : « Mika: Gay/Post-Gay/Not Gay? », et l’article vaut au chanteur d’être accusé par certains de ne pas vouloir déclarer ouvertement qu’il (ou s’il) est gay. Dans une interview au même magazine fin janvier 2008, Mika déclare vouloir parler de sa sexualité sans utiliser d’étiquettes (« labels« ).

Le 23 septembre 2009, dans une interview à Bay Windows, Mika réitère presque le même genre de déclarations, à une petite nuance près : il accepte un peu une étiquette… celle de bisexuel. « I’ve never ever labelled myself. But having said that; I’ve never limited my life, I’ve never limited who I sleep with… Call me whatever you want. Call me bisexual, if you need a term for me… » (Source : Wikipédia anglophone, section « Early life » et note 17.)

Même discours quasiment dans une interview au Standard Evening le 11 mars 2010. Je cite deux passages de l’article, parce que je voudrais en profiter pour vous montrer quelque chose :

True to his policy of maintaining ambiguity about his sexuality, he won’t tell me if his last lover was a man or a woman, just that he had to leave them because they were ‘undermining’.

(…)

His name was chosen because it was ambiguous; it could belong to someone of any gender, from any country. Perhaps his studiedly ambiguous sexuality is also a clever PR choice. Is he simply being careful not to alienate his teenage girl fan base, in the tradition of our finest boyband members? Those were my cynical thoughts until I met him and heard him talk about love, about which he seems genuinely confused. He is single and claims to be going through something of a drought. ‘Love? I don’t know if it’s an option for me, really. I consider myself label-less because I could fall in love with anybody –literally – any type, any body. I’m not picky.’ That makes you sound easy, I say. ‘Ha!’ he laughs. ‘It’s not proving easy, it’s proving very hard. I’m a very bad flirt, I just don’t know how. And if I do like somebody, it almost never works. I don’t get hit on very often at all. Maybe it’s because I look like a bit of a bastard. But I’m too much in the moment to be arrogant. I hate people who rest on their laurels.’

Besoin d’une traduction ? Mika affirme : « Je me considère hors labels parce que je pourrais tomber amoureux de n’importe qui, littéralement, n’importe quel type, n’importe quel corps. Je ne suis pas difficile ». Réponse du journaliste : « Tu as l’air d’un mec facile quand tu dis ça ».

On est en plein cliché du bisexuel comme… ben, comme type facile, justement. Le fait de POUVOIR sortir avec une plus grande variété de gens est confondu avec le fait de VOULOIR sortir avec plus de gens tout court. Un peu comme si vous me disiez que vous savez parler dix langues différentes et que je vous répondais : « Wouah, tu dois être horriblement bavard! » Vous trouveriez ça logique ?

(Appréciez « accessoirement » le soigneux mélange de réprobation et d’humour pour faire passer la pique sur le mode « maaaaaaisaaaah on rigoleuuuh ». Oui mais non.)

Bref, et nous en arrivons donc au 3 août dernier, où une avant-première d’une interview à paraître en septembre dans le magazine Instinct révèle la dernière déclaration de Mika : « Yeah, I’m gay« .

Tout le monde titre donc : « Mika fait son coming out« .

Et c’est là que je dis non.

Mika avait DÉJÀ fait son coming out

Pourquoi non ? Parce que Mika avait déjà fait son coming out. Et cela dès 2008, en déclarant puis en répétant publiquement, dans ses interviews, qu’il ne voulait pas utiliser d’étiquette et qu’il se sentait capable de tomber amoureux et de coucher avec n’importe qui, façon très ferme de montrer qu’il ne s’enfermait pas dans la catégorie « hétéro ».

Si vous ou un de vos amis publiait ce genre de déclarations dans un magazine, je ne sais pas comment vous appelleriez ça. Moi, j’appellerais ça un coming out.

Et c’est là – encore une fois, en reprenant toute l’affaire au ralenti et en réfléchissant aux détails – qu’on voit à l’œuvre toutes sortes de mécanismes d’oppression. De la part des hétéros… et de la part de la communauté gay. Avec un jeune chanteur au milieu qui est supposé coupable de toutes sortes de mensonges, simplement parce qu’il est un personnage public et qu’il ne gagne pas trop mal sa vie (à ce que j’ai cru comprendre).

Les choses sont compliquées, mais c’est normal : tous nos vieux ennemis favoris sont là ! Regardez :

L’homophobie. Je ne vous la présente plus. Patente, gluante, sournoise. Le contexte général, c’est ça. Un personnage public, dans le monde du show-biz, qui fait des déclarations louches sur sa vie intime, ça n’est pas si facile que ça. Moins en 2008 qu’en 2012, d’ailleurs, je pense (l’ouragan Gaga était encore très loin d’avoir pris son essor). Donc, Mika ne peut probablement pas se permettre de raconter n’importe quoi publiquement le cœur léger. En revanche, il en parle dans ses chansons, mais ça ne dit rien sur sa vie privé.

Le problème, c’est que ça se retourne aussitôt contre lui. Deux spectres – non, attendez, trois spectres – entrent en scène :

Le spectre de l’homo refoulé, qui avance main dans la main avec notre plus cher ennemi le gaydar, grand renforceur de clichés. Mika est mignon ? Il est gay ! (C’est vrai que tous les gays sont mignons, c’est connu. Et puis, à 26 ans, on est supposé être moche et pas sexy, c’est connu aussi.) Il s’habille avec des couleurs vives ? Over gay ! (Les gays en costard cravate, ça n’existe pas, et d’ailleurs dans le show-biz on ne s’habille jamais avec des couleurs vives.) Il chante avec une voix aiguë ? Super gay ! (Tous les gays ont des voix de fillettes, connu aussi : revoyez La Cage aux folles, ce documentaire neutre et pertinent sur l’homosexualité contemporaine.) Il fait des gestes affectés avec les mains dans ses clips ? Hyperhyper gay ! (Et les hétéros,  vous avez vérifié ? Vous devriez : ils en font aussi…) Il s’entend super bien avec les filles ? Hypra gay ! (Hein, quoi ? si si, ne niez pas, vous avez déjà tenu ce genre de raisonnement…) Conclusion de ces analyses à la rigueur intellectuelle inattaquable : Mika est sûrement un homo refoulé. S’il ne dit pas la vérité sur sa sexualité, c’est qu’il a honte, qu’il a peur, qu’il est victime d’homophobie intériorisé, etc. C’est vrai, il a publiquement dit des trucs qui font que tout le monde sait qu’il n’est pas hétéro, mais à part ça c’est un lâche.

Le soupçon du « bisexuel chic ». Et plus précisément le spectre du bisexuel marketing, qui arrive dans une odeur de soufre, des billets pleins les poches, avec ses petites cornes en plastique et sa barBIche postiche. Il est là pour se faire des sous en se faisant passer pour un Rebelz à bon compte. Bouh, pas bien. D’accord, je ne dis pas que ça n’est jamais fait, bien au contraire. Il faudrait se demander si c’est si horrible pour la cause des gays et des bi, mais c’est une question complexe et ça nous éloignerait du sujet. Mika, chanteur encore à ses débuts, avait-il vraiment intérêt à mettre en place une stratégie pareille pour se faire connaître ? A-t-il pu le faire avec l’aval de sa maison de disques ? Je n’en serais pas si certain… Mais une chose est certaine : dès lors qu’on pense en ces termes, Mika n’a tout simplement plus de vie personnelle. Il devient aux yeux de la communauté LGBT une pure créature du capitalisme rampant, ce qui empêche complètement de garder les yeux ouverts aux trucs autres que l’argent qui pourraient le motiver ou le retenir aussi.

Et j’ai gardé pour la fin les deux dernières hydres du lot, qui vont main dans la main aussi :

La biphobie et sa compagne omniprésente l’invisibilisation des bi (et plus généralement de tout ce qui n’est pas monosexuel). La biphobie franche et crasse, on en a vu un puant exemple ci-dessus avec l’interview du Standard Evening. Mais c’est avant tout sa forme la plus sournoise, à savoir la négation pure et simple d’identités autres que les sacro-saintes catégories hétéro/homo, qui est à l’œuvre dans cette affaire.

Dans toute cette histoire, c’est comme si on n’avait jamais pris Mika au sérieux. Il dit : « je ne veux pas me limiter aux étiquettes », il dit : « si vous voulez me coller une étiquette, appelez-moi bisexuel », on répond : « Il est gay, il ne veut pas le dire ». Peu importe ici qu’il soit gay ou non finalement : ce qui compte, et qui me révolte, ce sont les réactions des gens (notamment mais pas seulement dans les médias, généraux et LGBT). C’est tout simplement scandaleux. Quand quelqu’un parle, peu importe qui, il faut prendre au sérieux ses paroles. La façon dont une personne se définit elle-même est la base de son identité. Tout le monde se tue à le dire, notamment pour les trans, mais toute une partie des gays n’est même pas fichue d’appliquer ça au quotidien. Homo refoulé ? Homophobie intériorisée ? Ce n’est pas votre problème, et ce n’est certainement pas une raison valable pour réagir avec des accusations. On ne colle pas une étiquette aux gens sans prendre en compte ce qu’ils disent sur ce qu’ils sont. C’est ce qu’on nous a fait trop longtemps, qu’on fait encore beaucoup trop, alors ne faisons pas la même chose !

Au fond, ce que montre ce concert d’articles titrés « Mika fait son coming out » et ces réactions narquoises sur le mode « On n’est pas du tout surpris, on le savait déjà », c’est qu’au fond le premier coming out de Mika, qui était un coming out de bi ou de queer qui refusait en bloc les catégories, n’a jamais vraiment été pris au sérieux. C’est de la biphobie, et c’est… de la queerphobie, si vous voulez. C’est la preuve en tout cas que tout ce qui n’est pas monosexuel (homo ou hétéro) est encore largement refusé au sein de la communauté.

Et des gays qui ne supportent pas le queer, c’est grave.

La dernière chose qui me révulse dans les réactions à ces déclarations de Mika, c’est le fait – typique de l’époque actuelle dans ce qu’elle a de débectant – qu’on donne à pleine tête dans l’essentialisme. Personne, absolument personne n’envisage jamais qu’il a pu se passer des choses dans la vie du chanteur entre 2008 et 2012 (quatre ans, quand même !). Le coming out est une révélation de la vérité intime et éternelle de la personne, qui a valeur rétroactive : tout ce qui a été dit auparavant était faux, soit parce qu’il y avait refoulement, soit parce qu’il y avait mensonge ou silence calculé. Mika dit en 2012 qu’il est gay : il en résulte qu’il a toujours été gay devant Dieu, de toute éternité, sans évolution possible.

Eh bien non, non et encore non, c’est une façon de penser stupide, oppressante et primaire. Ce que Mika est, c’est à Mika de le dire, s’il en a envie. Mais par pitié, concevez le fait que Mika a peut-être changé. Les gens changent. Le temps existe. La nature d’une personne n’est pas gravée dans le marbre. Le seul truc qui est en marbre gravé, c’est la pierre tombale (et encore, il faut avoir les moyens).

« Bi et pas sérieux s’abstenir »

Entendons-nous bien : il est tout à fait possible qu’on soit dans le cas d’une personne qui s’est toujours conçue comme homosexuelle, mais qui avait peur des réactions homophobes, et a donc commencé par se déclarer bisexuelle ou sans étiquette, puis a pris confiance et a enfin osé révéler son homosexualité. Cela arrive encore souvent, cela arrivera encore à l’avenir, j’en ai peur.

Ce que je voudrais, c’est que cela arrive de moins en moins. Car cela renforce le cliché collant du « bi maintenant, gay plus tard » qui fait énormément de mal aux gens qui s’identifient comme bi. Si, dans le cas présent, Mika a utilisé l’étiquette bi comme camouflage temporaire, on ne peut pas lui en tenir rigueur – ce n’est pas moi qui le ferai, en tout cas – car le contexte général est assez homophobe pour expliquer ce genre de tactiques. Mais j’aimerais qu’on ne généralise pas ça à tous les bi. « Bi » n’est pas un alibi et ne doit pas être un alibi.

Bien sûr, la lutte contre l’homophobie doit permettre aux gens qui s’identifient comme gays de le faire publiquement en toute confiance.

Mais dans le même temps, il est urgent de perdre les réflexes dualistes qui amènent encore tant de gens à tout réduire aux deux seules catégories « homo » et « hétéro ». Et c’est là-dessus que j’insiste, car c’est cet enjeu-là qui semble encore méconnu de trop de monde. Non, ce ne sont pas les seules étiquettes possibles. L’identité bisexuelle est une identité à part entière. L’identité « je refuse les étiquettes » devrait en être une également, autant prise au sérieux que les autres.

Visiblement, Mika avait raté son premier coming out : toute une partie des gens n’avait pas enregistré qu’il était « hors labels ».

Terminons pas une anecdote. Au moment de la sortie du film Kaboom de Greg Araki, dont le héros est un mignon jeune homme qui a des rapports avec des gens des deux sexes mais dit refuser de se limiter à une étiquette – exactement comme Mika entre 2008 et 2012 -, un chroniqueur radio avait eu le culot de dire que le héros du film était « hétérosexuel ». Si si. Il fallait le faire. J’avais râlé contre. Là, j’observe le cas exactement inverse, mais de la part de la communauté LGBT : quelqu’un dit refuser les étiquettes, et tout le monde prend ça comme une dérobade temporaire de la part d’un gay.

Mais allez, Mika est vraiment gay. Quel soulagement. Tout rentre dans l’ordre. Dormez, braves gens, vous aviez raison.

Pour une personne.

Bienvenue dans le monde des bi et des non monosexuels, l’univers où personne ne vous prend au sérieux…

Quand l'Armée du Salut vous vire parce que vous êtes bi

Danielle Morantez, ancienne employée américaine de l’Armée du Salut à Winooski, dans le Vermont, a été employée par l’organisation pendant deux mois. Tout allait bien et ses employeurs lui témoignaient toute leur satisfaction pour son travail. Le vendredi 20 juillet dernier, elle émet des inquiétudes à propos du contenu du livret de l’Armée du Salut concernant l’orientation sexuelle et les discriminations à l’emploi, et fait son coming out en tant que bisexuelle dans le même temps. Le lundi, l’Armée du Salut la licencie et lui intime l’ordre de quitter les lieux. Motif : « sa position et ses positions personnelles ne s’alignent pas à 100% avec les valeurs de l’Armée du Salut ». Morantez se retrouve avec une petite fille de trois ans qu’elle peut à peine nourrir ; sans emploi, sa situation devient catastrophique.

Ce n’est pas la première fois que l’Armée du Salut se distingue par ses positions et ses propos discriminatoires envers les minorités sexuelles. Il y a un mois, un représentant australien de l’Armée du Salut, employé de longue date par l’organisation, avait déclaré publiquement que l’idée selon laquelle les gays doivent mourir faisait partie de la « doctrine chrétienne » de l’Armée du Salut. L’organisation avait présenté ses excuses à la communauté LGBT.

Danielle Morantez a lancé une pétition sur le site Change.org (elle a déjà recueilli plus de 50 000 signatures ; l’objectif est de 75 000).

Le texte complet de la pétition en anglais :

The Salvation Army fired me for being bisexual. I can barely afford to feed my child because I lost my job. I need your help so this never happens to anyone else ever again.

When most Americans think of the Salvation Army, they think of the group’s ubiquitous holiday red kettles and bell ringers. But there’s a dark side behind the smiles: the Salvation Army has a long history of attacking the civil rights of lesbian, gay, bisexual, and transgender people. Just last month, for example, the Salvation Army in Australia was forced to apologize after an official said that the belief that gays must die is part of the group’s “Christian doctrine.”

And now, this: the Salvation Army fired me from my job – the sole means of support for my husband and and my three-year-old daughter — because of of my sexual orientation.

For the first two months that I worked for the Salvation Army, everything went well. I doubled the number of clients the Salvation Army was able to serve on a daily and weekly basis, and I streamlined the group’s social services programs. My supervisors gave every indication that my work was exemplary.

But last Friday July 20, I raised concerns about sections in the Salvation Army employee handbook relating to sexual orientation and employment discrimination, and came out as bisexual in the process. On Monday, the Salvation Army fired me and ordered me escorted off the premises.

In my exit interview papers they claimed the reason for my termination was because my « personal beliefs and position do not 100% align with the values of the Salvation Army. »

My sexual orientation had absolutely no bearing on the job I did or the quality of my work, yet for the Salvation Army, it was reason enough to fire me. The Salvation Army – an organization that claims to be “Doing the Most Good” – chose to harm me and my family simply because I had the courage to be honest.

Firing someone for their sexual orientation is not “good,” it’s wrong. This needs to stop. Join me by signing this petition asking the Salvation Army to end employment discrimination against lesbian, gay, bisexual, and transgender people now!

After you sign my petition, please read more about my story at Truth Wins Out.

Rappelons qu’en France l’Armée du Salut est considérée par le gouvernement, outre son statut de congrégation religieuse à mission spirituelle (c’est un organisme protestant), comme une fondation à mission sociale reconnue d’utilité publique, et compte plus de 2000 employés. (Voyez son article Wikipédia.)

Le site officiel anglophone de l’organisation indique, sur la page « Mission » : « Its mission is to preach the gospel of Jesus Christ and to meet human needs in his name without discrimination ». Sur le site francophone, la Charte déontologique de la Fondation (ici en pdf) affirme : « La Fondation exerce toute son action sans tenir compte de critères religieux, raciaux, ou autres formes de discrimination. »

[Evénement] Bi'cause le 26 juillet : bi'envenue mensuelle

Les activités de l’association bisexuelle parisienne Bi’cause, bien que ralenties pendant les vacances, continuent néanmoins tout l’été sous la forme des réunions mensuelles « Bi’envenue », destinées avant tout aux nouveaux venus souhaitant venir parler de bisexualité avec les membres de l’association.

Celle du mois de juillet aura lieu ce jeudi 26 juillet, à partir de 20h, au Banana Café (lieu habituel des Bi’envenues). L’association se réunira comme d’habitude au sous-sol du café, dans la salle du piano-bar.

Une Bi’envenue aura également lieu au mois d’août, toujours à la fin du mois : elle est pour le moment prévue pour le 30.

Outre les annonces que je relaie ici, vous pouvez vous tenir au courant des activités de l’association par la page d’agenda de son site, ou bien par le profil Facebook.

Brèves en retard de la Marche parisienne

(Oui, bon, on est déjà à la mi juillet, et alors, tout le monde peut avoir du retard…)

Donc je suis allé à la Marche des fiertés parisienne le 30 juin, il y a un peu plus de deux semaines. Ce n’était pas ma première Marche, loin de là, ça doit faire trois ou quatre ans que j’y vais, mais cette fois j’ai fait toute la manif près du cortège de Bi’cause, histoire de donner un coup de main pour une fois. C’était différent des années précédentes, et un brin plus éprouvant, mais je suis plutôt content de l’expérience. Je ne me sens pas de faire un grand récit complet, parce que je n’ai pas le temps et parce que j’ai sûrement déjà oublié des choses, alors je me contenterai de brèves, de bribes et d’aperçus (comme des tranches de vie mais en plus fin).

Mais avant tout, je tiens à clouer le bec aux mauvaises langues qui racontent encore que Bi’cause n’était pas visible à la marche, ou qu’on n’a pas vu son char, etc. : c’est faux, et j’ai une photo pour le prouver ! Bi’cause était là, comme les années précédentes, et son cortège ressemblait à ceci :

Là, comme ça, l’an prochain, vous saurez que la camionnette avec écrit « BI » en gros dessus et avec une bannière « Bi’cause » devant… c’est Bi’cause. Non, ça n’est pas très spectaculaire, mais je rappelle que Bi’cause est encore une toute petite structure par rapport au rôle qu’elle a à jouer à l’échelle nationale et auprès des autres organisations LGBT parisiennes, donc si vous voulez voir un char « Bi’cause » gigantesque avec une sono d’enfer et une décoration à faire passer les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence pour des jésuites ayant fait vœu de monochromie, vous n’avez qu’à leur donner des sous et venir donner un coup de main pour la déco. Voilà, ça, c’est fait.

Maintenant, quelques instantanés :

– Équipement pour la circonstance : lunettes de soleil, mon ignoble chapeau informe, une bouteille d’eau et un drapeau arc-en-ciel. Le tout indispensable, vu le soleil de plomb qui a dardé tout l’après-midi. Je n’avais pas encore de drapeau bi, mais j’en ai un maintenant : les gens de Bi’cause en vendent pendant la marche (ça et des boissons fraîches). Tarif réduit parce que j’étais adhérent, youpi. J’ai pu faire ma première Marche aux couleurs bi.

– Mis un petit moment à retrouver la camionnette Bi’cause dans la foule sur la place. Accueil très sympathique des gens du bureau de l’association et de plusieurs sympathisantes déjà sur place. Une majorité de femmes, et idem pendant la suite de l’après-midi (ben alors les mecs ?). Ambiance fort sympathique, et même familiale dans plusieurs cas.

– Le départ près de la tour Montparnasse : infernal. (Zut, ça fait un nul jeu de mots.) Mais vraiment infernal : le soleil encore au zénith qui tapait à mort (merci le chapeau pour ne pas finir cramé directement), la chaleur, bon, ça allait encore. Le bruit : l’énôôôrme camion de la Région Île-de-France n’a pas cessé de lancer des coups de klaxon assourdissants et interminâââbles toutes les trente secondes, et hélas pour nous ils étaient juste derrière nous dans le cortège. Deux théories : soit c’était un sourd du genre Quasimodo au volant, soit ils espéraient disperser la foule agglutinée autour des chars et notamment juste devant le camion, pratique pour se faire écraser. Dans ce dernier cas, l’espoir fut hélas vain.

– Le départ de la place a été extrêmement laborieux pour les conducteurs des chars : la foule était énorme et se pressait dangereusement contre les camions. Il faut bien voir deux choses : d’abord, conduire un véhicule à la Marche, c’est terriblement délicat, ça suppose de faire des kilomètres à genre deux à l’heure en s’arrêtant et en repartant à intervalles rapprochés et imprévisibles ; et ensuite, le faire quand une foule de gens tous complètement ailleurs (à cause de la fête, des amis, de l’alcool, de cigarettes qui puent etc.) reste collé aux flancs des camions et que des dizaines de petits pieds joyeusement dénudés se posent toutes les deux secondes à quelques centimètres (ou millimètres) des roues, c’est carrément anxiogène. Le cordon blanc que tiennent les bi sur la photo délimitait le périmètre de sécurité obligatoire pour éviter tout accident. Ils ont eu beaucoup de mal à le mettre en place au début (la blague pas drôle : les gens bouteille en main qui se baissent gaiement pour passer sous le cordon puis devant la camionnette comme si la corde était là pour faire joujou). Les choses se sont heureusement calmées ensuite et les cortèges ont pu mieux circuler.

– La Marche… comment dire ? C’est un mélange improbable entre une manif politique et les Saturnales. Il y a tout, il y a de tout. Des associations qui sont là pour faire entendre leurs revendications sur les droits des LGBTIQQ+++. Des chars représentatifs d’absolument toutes les tendances, toutes les communautés et sous-communautés, toutes les identités et fluctuations d’identités, toutes les pratiques, tous les goûts. Et puis des gens qui sont là pour voir, et d’autres encore qui viennent pour faire la fête comme ils auraient pu aller en boîte,  pour s’assourdir dans la musique, boire, brailler, parler de cul, se rincer l’œil et s’exhiber, sans trop connaître le rapport avec quoi que ce soit du genre droits de l’homme, études sur le genre, Stonewall ou quoi que ce soit d’autre. Tous espèrent se retrouver dans quelque chose, une partie espère surtout se retrouver dans quelqu’un (ou l’inverse). Bref, c’est la pagaille. Je fais partie des gens qui râlent régulièrement contre ce côté à double tranchant de la Marche : je crains que son aspect de protestation politique finisse par trop s’effacer, et je m’inquiète de ce que son côté « fête du cul » peut donner pour l’image des LGBT dans le pays. Mais toutes les Marches ne sont sans doute pas comme celle de Paris. Et je crois que j’aime bien quand même. Même une fête du sexe, ça garde un côté protestataire par les temps qui courent.

– Des jeunes, des âges moyens, des vieux, des enfants, même des bébés (sérieusement, c’est un endroit pour un bébé ?). Des gens isolés, beaucoup de groupes d’amis, et beaucoup de familles : les LGBT parias chassés par les parents, visiblement, ce n’est plus la tendance, et c’est chouette.

– Les drag queens, dans des tenues plus ou moins élaborées, de plus ou moins bon goût, mais toujours voyantes, souvent ingénieuses, et dans un nombre non négligeable de cas, tout simplement à tomber par terre.

– Un type avec d’énormes ailes de papillon en tissu peint dont l’armature avait visiblement été bricolée avec des cannes à pêche. Et ça rendait bien.

– Les gens qui s’entassent debout sur les toits de cabines téléphoniques : un jour je vous verrai tomber, j’espère que vous n’aurez pas les deux bras cassés, parce que même si c’est l’endroit idéal pour appeler le samu si on tombe, il faut quand même le décrocher, le téléphone…

– Un des plaisirs de l’après-midi a été de voir des gens arriver et se joindre spontanément au cortège des bi. Je suis bi, nous sommes bi. C’est bête, mais c’est bon de ne plus se sentir seul. J’ai le même sentiment dans une réunion d’association ou à un rendez-vous DVV* de forum, mais à la Marche, c’est à une autre échelle : il ne s’agit plus de se voir en petit comité dans un bar LGBT, ou de discuter dans un bar sans revendiquer une identité quelconque. À la Marche, on est au grand jour. On peut se dire : je suis comme ça, je ne suis pas seul, ce n’est pas anormal, ce n’est pas non plus un crime ou un vice, c’est une façon d’être qui a et doit avoir sa place dans le monde et dans la société.

– Tractage. J’ai participé au tractage. Recette pour un bon tractage : une bonne pile de tracts, pas trop grosse histoire d’avoir un espoir de la distribuer complètement ; de bonnes jambes pour pouvoir circuler autour du cortège, partir un peu en avant ou au contraire le rattraper au besoin, et surtout aller chercher la foule dans les moments où (miracle) il y a un espace de respiration entre la foule et les chars. Avantage des lunettes, du chapeau et des divers symboles bi qu’on peut aborder : ça crée comme un costume de militant dans lequel je me sentais plus en confiance. Après tout, passer devant une foule d’inconnus dans un contexte où évidemment ils sauront que je suis bi, c’est déjà impressionnant, alors tenter en plus de les convaincre de s’intéresser au sujet…Bref, très intimidant au début, mais j’ai appris sur le tas :

Conseil n°1 : se dire que par défaut le quidam ne prend pas le tract. Cela évite de se décourager si la pile peine à partir.

Conseil n°2 : ne pas insister lourdement. Ne pas non plus être parano et s’imaginer que ceux qui ne prennent pas le tract sont forcément de sales biphobes. Inutile aussi de se lancer dans de grandes explications sur la bisexualité dans ce contexte-là : ça marche bien avec une personne ou à la rigueur un groupe, mais pas quand on est en train de défiler devant une foule. En ayant simplement la pile à la main d’une façon qui permette de voir ce que c’est, en marchant assez près de la foule avec un tract tendu à la main, sans tenter de le refiler à toute force à une personne en particulier, ça va bien. Les gens ne se sentent pas agressés et ceux qui sont intéressés peuvent prendre un tract.

Conseil n°3 : la politesse c’est pour les humains. Personnellement je disais merci quand quelqu’un prenait un tract (même que c’était sincère, ça fait franchement plaisir).

Conseil n°4 : si quelqu’un a l’air d’hésiter, ralentir l’air de rien, voire s’arrêter si quelqu’un à côté veut un tract. Parfois les gens ont besoin de temps pour prendre la décision de prendre un tract. Pas de problème, on n’est pas là pour faire la course. Après tout on n’est pas pressé un jour de Marche.

Conseil n°5 : la distribution de tracts, comme un peu tout, est foncièrement chaotique et irrégulière. Il peut se passer cinq minutes complètes sans que personne ne soit intéressé, et puis d’un coup tout un groupe en veut.

Hébin finalement il en est parti pas mal, des tracts…

  – Entendu dans la foule : une femme qui disait en substance (j’ai oublié la formulation exacte) que les bi cherchent les problème. Elle concluait : « Ben oui, ils pourraient être hétéros ! » Ben non.

– Le type bourré qui prenait les tracts les uns après les autres, pour lui, et les froissait, et continuait à essayer d’en prendre d’autres, juste pour faire ch*** le monde.

– Vu près de la camionnette : une fille avec un panneau : « Don’t hate me because I’m bi, hate me because I stole your chick » (« Ne me déteste pas parce que je suis bi, déteste-moi parce que je t’ai piqué ta copine »).

– Moyen facile de rire sous cape : entendre un groupe de filles occupées à pouffer de rire en parlant des bi, visiblement pas pour écrire un éloge à leur sujet ; faire le naïf et leur tendre un tract avec un sourire dentifricesque : « Vous voulez des infos sur les bi ? » Fou rire gêné, certaines ont pris des tracts.

– Vu devant le cortège : une fille portant dans le dos un tatouage reproduisant l’inscription sur l’Anneau Unique dans Le Seigneur des Anneaux, avec ses pleins et ses déliés finement reproduits, courant le long de la colonne vertébrale de la nuque jusqu’à très bas. Somptueux.

– 14h-17h en seconde sans jamais caler. Bravo au conducteur.

– Souvenirs du démontage à la Bastille : beaucoup de tissu violet, énormément de scotch.

– La Bastille pour qui va à la Marche à Paris : Le Mauvais Plan. Le soleil de plomb, le retour (pas un arbre sur cette place, ou alors jamais assez de feuilles à l’arbre pour faire une ombre digne de ce nom). La foule qui se réentasse en peinant à avancer. Les CRS toujours nerveux pour rien qui font genre je disperse la foule profane alors qu’on fait partie des équipes des cortèges. Et surtout, la plaie par excellence de la Bastille : jamais, jamais de réseau. Chaque année ça nous rejoue les mêmes tours. Pas moyen d’appeler, ni d’envoyer un sms, ni même de recevoir ceux qu’on vous envoie. Manqué plusieurs amis comme ça. Croisé Prose qui tentait de retrouver des Yaggeuses et se trouvait dans la même galère que moi (j’espère que tu les as retrouvées finalement !). Pour l’an prochain c’est bien noté, surtout pas de rendez-vous à la Bastille…

Voilà. Au retour j’étais complètement crevé et le soleil avait tout de même trouvé moyen de me griller le bout du nez (seule partie de moi qui dépassait du chapeau), mais j’étais tout de même bien content. J’ai aussi l’impression qu’on était plus nombreux que les années précédentes. Venez voir le cortège des bi l’an prochain !

____________

* Dans la Vraie Vie. In real life ou IRL pour les frangleurs.

Bi'cause le 30 juin : Marche des fiertés de Paris et appel à volontaires

Drapeau de la fierté bisexuelle. Source : Wikimedia Commons.

(Source de l’image : Wikimedia Commons.)

La Marche des fiertés de Paris aura lieu ce samedi 30 juin : le départ aura lieu à 14h, place du Montparnasse. Voyez son parcours et le programme des animations prévues. Le cortège de Bi’cause sera en sixième position dans l’ordre de marche.

Je relaie ici l’appel de Bi’cause à des volontaires, bi ou « bi-philes », pour donner des coups de main au cortège de Bi’cause lors de la Marche des fiertés parisienne de samedi :

Nous avons besoin de beaucoup d’aides : pas pour conduire la camionnette, ça roule… mais pour tout le reste : porter la banderole, tenir le cordon de sécurité devant la camionnette, distribuer les flyers, assurer la buvette (que du soft !), mais aussi parader, et relayer les un-e-s et les autres pour que chacun-e puisse aussi vaquer et prendre du bon temps.

Enfin prévoir d’aider à la réalisation du pique-nique du soir.

Les lève-tôt pourront aussi nous donner un coup de main pour la déco de la camionnette dès 11h30, repas « sur le pouce » fourni… Nous nous retrouverons d’ailleurs à un endroit prévis, devant le 58 boulevard du Montparnasse.

Nous serons, normalement, le 7e cortège après le carré de tête, et défilerons donc sans doute dans le premier quart de la Marche, ce qui nous ferait arriver vers les 16h30 à Bastille.

Si un créneau vous est possible, faites-le-nous savoir par courriel : association_bicauseAROBASEyahoo.fr, merci.

En espérant vous voir en nombre.
À bientôt,

L’équipe de Bi’Cause.

On me dira : Mais que n’y vas-tu point ? Si fait, j’y serai ! Mais il faut être plusieurs pour faire un cortège, et même en étant très schizophrène je peux difficilement être plus de trois à la fois. Et même si vous n’avez pas envie d’aider, rappelez-vous que ce qui fait la force d’un cortège, c’est d’abord le nombre de gens derrière les banderolles ! Alors, que vous soyez bi ou simples bi-philes, venez marcher avec nous pour soutenir le cortège des bi samedi !

EDIT : Et donc j’y suis allé : voilà quelques impressions.