Rencontre avec… Nelly Ambert, présidente de l’association Bi’cause

Bi’cause est la première et la plus importante association de personnes bisexuelles en France. Née en 1995 sous le nom de « Groupe bi » avant de devenir Bi’cause en 1997, elle a son siège à Paris, au Centre LGBT Paris-Île-de-France. En dix-sept ans d’existence, Bi’cause n’a eu de cesse de faire entendre la voix des bi, tant auprès du grand public que dans les milieux LGBT.  À titre personnel, j’ai rapidement croisé Bi’cause sur mon chemin de jeune bi en pleine découverte, et je suis adhérent de l’association depuis quelques mois. Mais, finalement, je ne la connaissais pas si bien, et les interviews souvent courtes publiées dans la presse LGBT laissaient beaucoup de mes questions sans réponses.

D’où une idée un peu téméraire : et si j’interviewais des gens de Bi’cause ? C’est ainsi que la présidente actuelle de Bi’cause, Nelly Ambert, a très gentiment accepté de répondre à une interview par mail, où je l’interroge à la fois sur l’association en général et sur son parcours personnel de militante bi.

Commençons par séduire nos lecteurs : que dirais-tu aux internautes qui ne sont pas bisexuels pour les convaincre de lire cet article ?

Je leur dirais qu’ils ont des chances d’être surpris car la bisexualité est un territoire encore très méconnu. Et ils seront sans doute surpris également de découvrir que ce territoire présente des paysages assez semblables au leur.

Si tu veux bien nous en dire deux mots, quel a été ton parcours personnel en tant que bi ? Comment en es-tu venue à t’engager dans Bi’cause, puis à en devenir présidente ?

J’ai compris que j’étais bi quand j’ai découvert le mot. Je savais que je n’étais pas hétéro car j’étais un jour tombée amoureuse d’une femme. Je savais que je n’étais pas lesbienne car mes attirances allaient généralement vers les hommes. En fait je ne m’étais pas vraiment posé la question d’un positionnement dans ce domaine. Par contre j’avais résolu mon positionnement identitaire : la société vous case dans un genre : masculin ou féminin. Or, si j’acceptais mon corps tel qu’il était, mentalement j’avais grandi avec un idéal du moi masculin. A l’adolescence il m’a fallu négocier avec moi-même. Il y a eu un moment compliqué et, diplomatiquement, l’arrangement que j’ai pris avec moi-même fut de me dire que j’étais un être humain avant tout, point barre. Alors quand je suis tombée amoureuse d’une femme j’étais simplement un être humain qui tombait amoureux d’un autre être humain. C’était limpide.

C’est cette personne qui m’a fait découvrir Bi’Cause. En arrivant dans cette association, j’y ai ressenti une vraie fraternité, fait de belles rencontres qui ont compté énormément dans ma vie. L’engagement militant consiste à rendre un peu de ce qu’on a reçu, et à mettre sa petite pierre là où on voit qu’il y a encore à bâtir pour abriter les gens des intempéries. Les bisexuels sont encore bien mal perçus (mal dans les deux sens du terme). Je pense que Bi’Cause est une association qui a beaucoup à apporter pour aider à une meilleure connaissance et reconnaissance de la bisexualité. C’est aussi une association qui a un bel esprit et une déontologie. Sans militants, une association meurt, et ce serait dommage.

Comment présenterais-tu brièvement la raison d’être et les activités de Bi’cause, pour les gens qui ne connaissent pas du tout l’association ?

Bi’Cause se donne pour missions, dès son origine, plusieurs domaines d’intervention qui sont listés dans les statuts : favoriser l’émergence d’une identité bisexuelle, développer les rencontres entre bisexuel/les, informer sur la bisexualité, aider et soutenir les bisexuel/les, notamment contre la biphobie, développer la connaissance de la bisexualité, contribuer à la lutte contre le sida et les maladies sexuellement transmissibles.

Pour remplir ces missions, Bi’Cause peut avoir recours à plusieurs modes d’intervention :

1) participations à des évènements (Printemps des associations, UEEH [Universités d’été euroméditerranéennes, NdS], salons Rainbow Attitude, Marches des Fiertés…) ou productions d’évènements (organisation en 2001 du premier Forum des Bisexualités à Paris, depuis 2009 célébration de la Journée Internationale de la  Bisexualité, à venir en décembre 2012 au Centre LGBT une table ronde sur le thème de l’accueil des bi dans les associations LGBT…),

2) production de contenu revendicatif ou de prévention (le Manifeste français des bisexuelles et des bisexuels, Fêter le corps et continuer à vivre) ou publication de ressources qu’on lui fait parvenir sur le site internet,

3) intervention dans les structures LGBT dont nous sommes membres et partenariats interassociatifs,

4) organisation d’activités régulières de convivialité et de réflexion.

La création de Bi’cause a révélé un mal être de beaucoup de bi, et l’association a parfois dû leur fournir quasiment une assistance psychologique. J’ai découvert moi-même l’association par l’intermédiaire des « Bi’envenues », les réunions mensuelles où les personnes qui se découvrent bi, qui ont des doutes sur leur sexualité et qui se sentent perdues peuvent venir discuter.

Comment se déroulent ces réunions d’accueil concrètement ? Comment vous y prenez-vous, et quelles autres actions avez-vous entreprises dans ce domaine ?

En effet. L’association dans l’esprit des fondatrices était d’abord revendicative : il s’agissait d’affirmer l’existence de la bisexualité comme une orientation à part entière, pas moins légitime et respectable que les autres. Mais la fondation du groupe, puis de l’association, a révélé la situation de détresse dans laquelle se trouvaient un grand nombre de bisexuels, niés ou rejetés et désorientés dans un monde très binaire dans ses structures et n’acceptant pas la possibilité d’une troisième voie ou plus « entre » l’hétérosexualité et l’homosexualité. Bi c’est une orientation sexuelle voire une identité mais ce n’est pas un mode de vie. Il y a 36 000 façons de vivre en étant bisexuel. Les moments d’accueil et de convivialité que propose Bi’Cause sont importants car ils permettent les échanges de témoignages et de se rendre compte de cette  réalité. Ces moments de discussions, d’écoute avec d’autres, peuvent aider à mieux se situer, se comprendre, ou à se sortir d’une impasse intérieure. C’est aussi retrouver un espace de fraternité bienvenu dans un monde d’incompréhension parfois brutale.

Nous avons deux temps de convivialité dans le mois dont l’un s’appelle justement la Bi’envenue et l’autre la B.I.P. (Bi Important Person). Nous avons aussi la Bi’envenue de Noël et la galette de janvier, une fois l’an. Plus un ou deux pique-nique aux beaux jours. Certaines années des randonnées mensuelles en Île-de-France ont été proposées le week-end. C’est pas mal de pouvoir varier les occasions et lieux de convivialité car la parole se libère différemment selon les contextes. Nous répondons aux propositions lancées par les adhérents. Nous avons en ce moment des demandes et idées de sorties culturelles. Par ailleurs un certain nombre d’adhérents qui habitent en Île-de-France ou même en province nous ont exprimé leur souhait d’activités de convivialité en journée pour pouvoir y participer plus facilement.

Parlons de la biphobie. C’est une forme de discrimination encore très mal connue, non seulement auprès du grand public, mais même dans les milieux LGBT. Quel est l’intérêt d’avoir un mot spécifique pour la cerner ? En quoi consiste-t-elle et quelles formes prend-elle ?

L’intérêt d’un mot spécifique c’est d’abord la non occultation de l’orientation de la victime, quel que soit le fait de discrimination. Car certains faits peuvent s’apparenter à une réaction de nature homophobe, il n’en demeure pas moins que l’orientation exacte de la victime est la bisexualité, pas l’homosexualité. Ensuite l’intérêt de mettre un mot sur une chose, est d’en poser clairement l’existence et à partir de là d’en étudier les contours. Il y a quelques années les lesbiennes ont tenu à montrer qu’il y avait une spécificité de la lesbophobie par rapport à l’homophobie et l’utilité d’un mot pour le marquer, de la même façon il y a une spécificité de la biphobie et l’utilité de ce mot pour le marquer.

La spécificité la plus importante de la biphobie consiste en la négation même de son objet : c’est d’affirmer que la bisexualité n’existe pas, qu’elle n’est qu’une phase, une aberration temporaire et en aucun cas une orientation réelle et stable. Cela se traduit, au plan identitaire, par une négation de la personne finalement, qui est en soi très violente et perturbante.

Ensuite, il y a divers clichés peu flatteurs et sources de rejets tels que « un bi sera forcément infidèle en amour, inconstant dans ses attachements, un bi n’est pas fiable, un bi est instable etc. ». Un autre aspect c’est la sursexualisation de la personne bisexuelle qui peut entrainer, selon les cas, du rejet ou une projection sexuelle agressive de la part d’autrui, réactions qui sont tout autant génératrices d’atteintes à l’intégrité de la personne.

Ces clichés sont bâtis sur des raisonnements pseudo-logiques qui paraissent évidents à ceux qui les pensent alors qu’ils sont en réalité totalement spécieux et ne tiennent pas la route. Mais ils ont la vie dure, et font la vie dure aux personnes bisexuelles.

En dehors de la biphobie, quels problèmes rencontrent les personnes qui s’identifient comme bi dans la vie ?

En dehors de la biphobie directe et immédiate ce sont les personnes qui ont nié une partie d’eux-mêmes, influencées par un entourage ou une société qui leur a martelé qu’on est soit homosexuel soit hétérosexuel et qui ont fini par s’engager dans un chemin de vie qui ne leur correspondait pas réellement – en se trompant donc sur elles-mêmes et en trompant involontairement aussi leurs relations ou conjoints – qui éprouvent un jour ou l’autre des difficultés dans leur existence. Parce que tout ce qu’on refoule au lieu de le vivre en son temps et naturellement, resurgit un jour avec une violence décuplée qui peut avoir les mêmes effets sur la vie qu’on a commencé à construire que l’ouragan sur la Nouvelle Orléans. C’est parfois lumineux et libérateur pour la personne, mais cela peut s’accompagner également de souffrance, et ce n’est pas non plus sans dommages ni dégâts collatéraux.  C’est pourquoi il est absolument essentiel que la bisexualité, dès l’adolescence, soit présentée comme un possible. La société et le système éducatif ont une responsabilité à prendre là-dedans car il y a des enjeux humains à court, moyen et long terme. Un bi contrarié cela a des implications plus dramatiques qu’un gaucher contrarié.

Quels sont les principaux obstacles et difficultés que rencontre Bi’cause pour mener son action ?

la principale difficulté que rencontre Bi’Cause pour mener son action réside à mon sens dans les bis eux-mêmes. Nous nous sommes rendu compte avec surprise qu’il y a beaucoup de personnes bisexuelles qui s’investissent dans les associations LGBT mais qu’elles n’osent pas s’y exprimer pour y faire progresser la cause bi. Beaucoup ont intériorisé les clichés et la mauvaise appréciation dont font l’objet les bisexuels et taisent leur bisexualité voire essaient de s’en démarquer plutôt que de l’assumer. De peur d’être directement stigmatisées et rejetées, elles se retranchent dans ce qu’une récente étude a nommé « le placard bi ». Cela n’aide malheureusement pas à développer une fierté identitaire et leur isolement contribue à maintenir cette situation au lieu d’aider à améliorer la condition des bis en travaillant tous en commun à changer la façon de voir des gens.

Par ailleurs le panel des personnalités et des modes de vie des personnes bisexuelles est multiple et cette diversité est clairement ressentie par les personnes bi qui n’aiment pas les cases. Certaines contestent le terme de bisexuel, qui leur paraît trop « sexualisé », préférant « bigenre », d’autres voudraient lutter pour leur affirmation en dehors de toute catégorisation : être humain avant tout.

Or, si l’on veut avoir réellement une force d’information, de conviction et de revendication, il faut se regrouper, et la forme associative est par ailleurs la plus efficace pour cela. Bi’Cause est une association qui a accueilli dès le départ un ensemble de personnes très bigarré et c’est ce qui lui a permis de mettre au point un texte revendicatif, le Manifeste français des bisexuelles et des bisexuels, qui rend compte de la multiplicité bisexuelle tout en dégageant une racine identitaire commune et fière d’elle-même.

Le manque d’investissements militants pour la cause bisexuelle gêne énormément l’action de Bi’Cause d’un point de vue logistique : moins il y a de soldats, moins on peut être présents sur les fronts. Nous recevons à la fois des témoignages d’encouragement et de remerciements pour les actions que nous parvenons à mener, mais parfois aussi des témoignages de déception sur celles que nous n’avons pas faites. Bi’Cause est une association dont la portée historique et les missions sont grandes et pour laquelle l’attente des gens est grande mais qui reste petite par le nombre de ses membres actifs. Et actuellement nous sommes trop peu pour être présents partout où il le faudrait dans l’idéal. Nous avons besoin d’adhérents et de militants.

Bi’cause ne s’occupe pas uniquement des intérêts des personnes bisexuelles. Vous prenez aussi part à l’Existrans (manifestation annuelle contre la transphobie et pour les droits des trans, chaque premier week-end d’octobre). Et vous vous engagez régulièrement dans la prévention et la lutte contre les IST : Bi’cause a notamment publié en 2004 un guide de prévention très complet, « Fêter le corps et continuer à vivre », qui peut être utile à tous, puisqu’il aborde un grand nombre de pratiques.

Peux-tu nous en dire plus sur cette volonté de s’associer à d’autres actions ?

Cette volonté a été présente dès le début. La prévention et la lutte contre les MST figure dans nos statuts. Nous avons une grande fraternité avec les personnes trans car la bisexualité est aussi préoccupée par les questions relatives au genre. En novembre nous défilons aussi pour soutenir la Marche contre les violences faites aux femmes. Il se trouve que c’est aussi dans les gènes de Bi’Cause qui a été fondée par des féministes. Nous nous associons aux actions menées par la communauté LGBT, notamment en ce moment celles qui concernent les droits au mariage et à la parentalité, car elles sont également les nôtres, dans la mesure où les personnes bisexuelles peuvent être appelées à connaître des situations de vie non hétérosexuelles et donc être victimes de la même privation de droits que les personnes non hétérosexuelles. Mais au-delà d’intérêts communs, dans tous ces domaines évoqués, il s’agit pour nous avant toute chose de revendiquer une société égalitaire et juste avec tous, point, et de lutter contre les abus engendrés par une culture hétérosexuelle machiste dominante et discriminante. C’est quelque chose de tout simplement fondamental.

Bi’cause est basée à Paris, et jusqu’à récemment il n’y avait aucune association spécifiquement bisexuelle en France hors de Paris (cette année est apparue France Bisexualité Info, à Lyon, et il y a un groupe bi à Strasbourg, Ambivalence, mais il n’est pas constitué en association). Que penses-tu de cette situation et comment vous y prenez-vous pour faire bouger les choses ?

Il est très important que les personnes bisexuelles osent passer le pas de la visibilité, et se regroupent. L’étude menée sur l’orientation sexuelle des français par l’IFOP et Têtu en 2011 a tout de même montré une proportion presque équivalente de personnes bisexuelles et de personnes homosexuelles (3% et 3,5%) dans la population. Or les bi sont très isolés et très invisibles, ce qui ne favorise pas la mise en place d’une solidarité. La province en plus pâtit du phénomène de microcosme social qui stigmatise toute personne qui ne serait pas dans la norme. C’est difficile.

Il nous est arrivé d’être en contact avec des personnes souhaitant créer un groupe bi en se mettant sous le parrainage de Bi’Cause. Nous ne poussons pas à la création « d’antennes de Bi’Cause », car nous sommes plus dans une logique de fraternité, quand celle-ci peut avoir lieu, que dans une logique de parrainage mais nous sommes néanmoins ouverts à ce genre de demandes, pourvu que ces personnes soient dans la même voie éthique que Bi’Cause. Jusqu’à présent aucun de ces projets n’a malheureusement été poursuivi par leurs initiateurs, tant il se révélait difficile de fédérer un mouvement auprès des bi de leur région.

Faire bouger les choses n’est pas évident. En pratique nous ne pouvons rien initier, nous pouvons juste accompagner de loin. Il est indéniable que Bi’Cause a derrière elle quinze ans d’approfondissement de la question bisexuelle et que ce qui est sorti de ce travail peut aider, notamment le Manifeste français des Bisexuelles et des Bisexuels. Mais, pourvu qu’on respecte la propriété intellectuelle de Bi’Cause sur les documents qu’elle a produit, nous les avons mis à disposition en format pdf afin qu’ils puissent servir à un plus large public.

Par ailleurs, nos actions envers les bis de province sont limitées par nos moyens logistiques qui, en l’état actuel des adhérents, ne sont pas à leur maximum et nous le regrettons. Il ne faut surtout jamais perdre de vue que les groupes ou les associations ne sont pas des entités mais des personnes. Il y a quelques mois nous avons été contactés par le groupe de Strasbourg pour renouveler une Bi’Causerie organisée par une de nos membres mais c’était compliqué matériellement, pour elle comme pour nous, et nous n’avons pu donner suite.

Par contre deux des membres du C.A. ont pu se rendre à la Marche des Fiertés à Auxerre le 23 juin pour représenter la visibilité bisexuelle au-delà de Paris et dans un contexte politique délicat. Et le fait que nous soyons là a eu un impact positif puisque du coup le président de la Coordination Interpride a consacré une partie de son discours de fin de marche aux personnes bisexuelles.

Dans la même idée, nous espérons des actions que nous menons au sein des structures LGBT et auprès des associations LGBT qui, elles, ont des relais en province, qu’elles améliorent la connaissance, la considération et la prise en compte des personnes bisexuelles au-delà de l’Ile de France. Car s’il n’existe pas de groupe ou d’association bi en province, il existe des Centres LGBT, il existe des antennes SOS-Homophobie, il existe la Fédération LGBT [qui coordine notamment les Centres LGBT, NdS], la Coordination Interpride, qui sont susceptibles de relayer en province les initiatives et réflexions pour la défense et la connaissance de la bisexualité.

Quels sont les réussites de l’association à ton avis ? A l’inverse, vous est-il arrivé de tenter quelque chose qui s’est révélé ne pas fonctionner ou n’aboutir à rien ?

La première réussite de Bi’Cause c’est sa longévité. Ce n’est pas évident de faire vivre une association. Il y a des reliefs, des années plus difficiles, d’autres plus porteuses. Le secret de la réussite est de continuer à être présent et puis parvenir à rebondir et saisir les opportunités au bon moment. Il y a eu des années où Bi’Cause a tourné avec seulement deux ou trois personnes à la manœuvre. Il est certain que nos actions ont été moins nombreuses mais nous avons maintenu toutes nos activités régulières. Actuellement l’équipe n’est pas grosse mais extrêmement active, et il y a un contexte favorable au niveau LGBT qu’il faut absolument saisir. Nous répondons aux sollicitations des autres associations pour intervenir sur la question bi ou nous allons vers elles. Nous nous investissons encore davantage dans les structures LGBT. Nous venons d’être élus au C.A. du Centre LGBT.

Au plan des actions, il y en a pas mal à mettre à l’actif de Bi’Cause, sur quinze ans, des petites ou de plus grandes, il ne faut pas négliger le travail de fourmi, moins spectaculaire mais essentiel aux grandes constructions. La plus grande réussite de Bi’Cause c’est peut-être le fameux Manifeste français des bisexuelles et bisexuels. C’est un texte fondamental pour l’affirmation et la dignité de l’identité bisexuelle. Et nous avons régulièrement des retours positifs sur ce texte. Les personnes bisexuelles s’y reconnaissent et il a une vertu de réassurance.

Une autre réussite de Bi’Cause c’est la reconnaissance des bisexuel-le-s qu’elle a obtenue, et obtient par un travail continu, auprès des institutions LGBT.

Il y a des choses que nous avons lancées qui n’ont pas marché, oui. Par exemple nous avions lancé auprès de nos adhérents un questionnaire sur les mots, images, symboles qui pour eux correspondraient à la bisexualité, pour renouveler notre logo. Nous avons dû recevoir six réponses. Nous avons aussi lancé pour le calendrier bisex’style 2012, dont l’idée venait d’un de nos adhérents, un appel à photos. Encore moins de retours. Mais nous avons néanmoins édité notre calendrier bisex’style avec une superbe phrase de Simone de Beauvoir. Et peut-être que dans quatre ans le calendrier photos aura plus de succès.

Nous avons parfois du mal à mobiliser l’envie des gens. Nous ne sommes pas assez marketing et fun sur notre évènementiel, je pense.

Pour en revenir à une question plus personnelle : quel impact a eu ton activité associative dans ta vie ? Je suppose que cela prend beaucoup de temps. Qu’as-tu l’impression d’avoir retiré de cette expérience ?

L’impact dans ma vie a été notamment de faire mon coming out auprès de mes parents, parce qu’à force de leur dire que j’étais indisponible à cause de mes obligations associatives et de faire des circonvolutions verbales pour en parler sans rien en révéler, j’en ai eu assez et j’ai abattu les cartes. Ca été une très bonne chose car ils l’ont très bien accepté et maintenant me soutiennent dans cette cause. C’est un plus pour mon harmonie personnelle.

Cela prend beaucoup de temps, oui, et il y a forcément des sacrifices. J’ai mis de côté ma vie artistique par exemple, et la fatigue est là. Il en est de même pour les autres membres de l’équipe de Bi’Cause actuellement et il faut leur rendre hommage. Il y a tellement de choses qui se mettent en place en ce moment et qui sont très importantes. Il faut être sur beaucoup de fronts. Il est certain qu’on ne peut pas maintenir ce rythme dans une vie sur beaucoup d’années, c’est pourquoi il est très important d’être plus nombreux pour que chacun ait une moindre charge, et qu’il y ait une relève régulière, que chacun sacrifie un peu de temps, comme il peut. Car la cause vaut le coup. Enfin moi je le crois.

Penses-tu que la vision des bi a évolué, dans le milieu LGBT et dans la population en général, depuis que Bi’cause existe ?

Oui, c’est évident pour le milieu LGBT de l’Ile de France dans lequel nous évoluons. Parce que nous pouvons faire de la pédagogie mais aussi, par notre présence, nos échanges, nos collaborations, démystifier ce bi qui reste tout de même globalement invisible à la majorité des associations LGBT.

Nous essayons d’avoir le même impact sur la population, mais le contexte est plus complexe et n’a pas la même dimension. Nous tâchons d’être de bons relais. Nous étudions en ce moment les possibilités de creuser deux champs d’intervention que nous n’avons pas trop approfondis jusqu’ici et où nous avons constaté de gros manques dans la prise en compte voire l’acceptation de la bisexualité : le champ scolaire et celui de la santé (psychologues notamment).

Quels sont les principaux chantiers et projets de Bi’cause en ce moment (pour ceux dont tu peux déjà parler) ?

Le principal chantier en cours, qui va se déployer sur plusieurs mois mais qui n’occulte pas tous les autres, c’est l’enquête bi, que nous menons conjointement avec SOS-Homophobie, Le Mag-Jeunes LGBT et Act Up. L’enquête est consultable sur cette page et a une présentation et un espace commentaires sur le blog dédié et sur la page Yagg.

Qu’est-ce qui manque à Bi’cause aujourd’hui à ton avis ?

Ce qui manque à Bi’Cause : des personnes qui aient envie de s’investir dans l’une ou l’autre des actions que nous avons évoquées, l’éventail est vaste pour que chacun y trouve à employer ses qualités selon ses goûts, ses compétences et sa personnalité : militantisme ou convivialité, réflexion/écriture ou actions de terrain ou encore optimisation de la com’, avec un choix très ouvert de domaines d’intervention possibles : éducation, monde du travail, lutte contre les stéréotypes et la biphobie, santé, culture… Il y a beaucoup à faire.

Pour terminer, que dirais-tu à quelqu’un qui ne connaît pas du tout le milieu LGBT pour le convaincre de venir à une réunion de Bi’cause ? Et que dirais-tu à un non bi pour le convaincre de venir ?

Je dirais ce qu’on m’a dit un jour : viens c’est une association très sympa et ouverte à tous, pas seulement aux personne bisexuelles, dans laquelle il n’y a pas de prosélytisme, pas de sectarisme, pas de jugement, mais du dialogue et beaucoup de personnalités différentes.

Merci beaucoup à Nelly Ambert d’avoir pris le temps de répondre à ces questions !

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[Evénement] Sortie ciné Bi'cause : "Laurence Anyways"

Cher(e)s ami(e)s,

Nous vous donnons rendez-vous pour une sortie cinéma,
le mardi, 7 août 2012, séance de 21 heures
RDV devant le Cinéma des Cinéastes
à 20h45

Le Cinéma des Cinéastes
7, avenue de Clichy 75017 Paris
Métro : Place de Clichy

pour voir
Laurence Anyways
Film franco-canadien réalisé par Xavier Dolan, avec Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye. Drame, 2h39, 2012.

Synopsis :
Laurence Anyways, c’est l’histoire d’un amour impossible. Le jour de son trentième anniversaire, Laurence, qui est très amoureux de Fred, révèle à celle-ci, après d’abstruses circonlocutions, son désir de devenir une femme.

Venez nombreux pour vous faire un avis sur ce film !

Rapport sur l'homophobie 2012 : complément

Dans un billet du 17 mai, à l’occasion de la publication du Rapport sur l’homophobie 2012 de SOS Homophobie, j’avais passé à la loupe l’ensemble des Rapports sur l’homophobie pour voir ce qu’ils disaient sur les bisexuel-le-s et la biphobie. J’en concluais que l’intégration des bi en tant que groupe à part entière dans ces rapports restait trop aléatoire, que les bi n’avaient pas encore la visibilité à laquelle ils ont droit et dont ils ont besoin, et que la biphobie n’était pas encore prise en compte en tant que forme de discrimination spécifique, malgré la volonté manifeste d’inclure les bi et la biphobie dans les formules globales regroupant les minorités qui se cachent dans l’acronyme « LGBT ».

Ce billet semble avoir été très lu : merci beaucoup à toutes les personnes qui l’ont lu et ont pris le temps de le commenter ! La discussion qui en est sortie était au moins aussi intéressante que le billet lui-même. Sans vraiment ajouter moi-même grand-chose à mon propos de départ, je voudrais simplement clarifier ma démarche pour éviter tout malentendu, et ensuite poster ici certains commentaires postés par des membres de SOS Homophobie et de Bi’cause afin de leur donner plus de visibilité, parce que je pense qu’ils peuvent intéresser du monde.

Le Biplan : il n’y a pas de troll dans l’avion

Mais si, Bombastus, ils ont écouté, ne prenez pas la mouche... (Case extraite de la BD "De Cape et de Crocs", t.4, scénario Ayroles, dessin Masbou. Lisez-la, elle est bien !)

Petit éclaircissement sur ma démarche, d’abord. Même si j’espère que le contenu du billet ne prêtait pas à confusion là-dessus, je tiens à redire que mon intention n’était pas de faire passer SOS Homophobie pour un infâme repaire de sales biphobes, ni de remettre en cause leurs compétences.

D’une part parce que ce n’était pas l’impression que j’avais sur le travail de cette association, que je suis depuis un bon moment par Internet et par rapports sur l’homophobie interposés, et qui abat une masse de travail impressionnante (d’ailleurs je le disais dans le billet).

D’autre part parce que je me suis rendu compte assez vite que l’auto-victimisation et le complexe obisidional galopant sont le Charybde et la Scylla entre lesquels toute personne qui entreprend de militer pour une cause très personnelle doit s’entraîner à naviguer afin de ne pas céder aux sirènes de la facilité et d’abandonner toute rigueur intellectuelle. J’étais d’autant plus prudent que je ne connaissais pas les conditions précises dans lesquelles sont rédigés les rapports, et que je me doutais que la partie « synthèse de témoignages » du travail devait influencer le résultat final (et, oui, je me doutais bien qu’il ne devait pas y avoir encore beaucoup de bi déclaré-e-s pour envoyer des témoignages). Tout cela me conduisait à prendre toutes sortes de précautions dans la présentation de mon analyse.

J’avoue avoir un peu hésité à publier le billet fini une fois que j’ai eu balayé tous les documents et tiré les conclusions qui allaient avec. Le rapport 2012 vient juste d’être publié, il a demandé un travail énorme à l’association et il rend, comme chaque année, un énorme service aux minorités LGBT. En mettant en évidence une lacune, j’aurais l’air de jeter un pavé dans la mare, voire de cracher dans la soupe. De plus, il y a peu de choses plus rageantes, quand on vient de terminer un gros travail, de voir débarquer un inconnu qui pointe le doigt vers un coin du bidule et s’exclame : « Hé ! Il manque ça ! Franchement vous faites pas d’efforts ! » Je comprends donc tout à fait que mon article ait pu être soupçonné de simple billet d’humeur déguisé en analyse. Il n’en était pas un, et j’espère que la lecture complète de l’article le montrait suffisamment. Mais au cas où, autant clarifier définitivement la façon dont je le concevais : il ne s’agissait pas de râler pour le plaisir de râler, mais d’apporter ma pierre en essayant, pour chaque manque que je repérais, de donner des pistes sur la façon dont on pourrait améliorer les choses.

Je le faisais avec d’autant plus de confiance que j’étais en contact depuis quelques mois avec l’équipe de l’association Bi’cause, qui m’avait parlé d’un projet de partenariat entre Bi’cause et SOS Homophobie pour la rédaction du prochain rapport (ce qui me fait applaudir des quatre mains et des trois oreilles, évidemment !). Si mon article peut apporter sa petite contribution à ce travail commun, je serai un bi heureux.

Une dernière chose : plusieurs membres de SOS Homophobie m’ont répondu à très juste titre : « Venez donc nous aider ! » En fait, c’est justement ce que j’essayais de faire (c’est aussi pour ça que je leur ai envoyé le lien vers l’article tout de suite : le but n’était pas de critiquer les gens dans leur dos). Mais pour ce qui est de mon activité personnelle, j’ai un mini coming out de militant à faire ici : au moment où j’ai publié le billet, je venais d’adhérer à Bi’cause. Même que ça n’était pas trop tôt. Donc, oui, pour ceux qui ne connaissaient pas encore ce blog : ce blog a un aspect militant, il se veut entre autres un outil de réflexion militante, pour faire avancer les droits des bi et leur visibilité générale et pour contribuer à l’émergence d’une communauté bi. Il se trouve que pour le moment, ma Vie Autre (cette hydre passionnante et chronophage en diable) fait que ce blog est à peu près la seule façon dont je puisse donner mon coup de main en tant que militant (débutant, en plus). C’est limité, et c’est autre chose qu’être présent « sur le terrain » (quoique Internet soit aussi un terrain), mais j’espère que ça aidera quand même un peu ! Peut-être pourrai-je m’investir davantage par la suite, mais, pour le moment, je préfère faire ce que je sais que je peux arriver à faire bien, plutôt que de me disperser trop ou de faire plein de promesses sans avoir la moindre idée de ma capacité à les tenir.

Donc, si vous vous intéressez à la cause bi, lisez le Biplan, commentez le Biplan, n’hésitez pas à m’envoyer des infos, des liens et des annonces d’événements en rapport avec la bisexualité et les enquêtes sur les LGBTphobies pour que je les diffuse, et je le ferai avec plaisir ! Et dites aussi merci à la rédaction de Yagg qui relaie régulièrement les billets de blogs de bi (au pluriel : il y a Prose qui était là bien avant moi) en page d’accueil et affiche une vraie volonté de donner plus de visibilité aux « minorités dans la minorité » comme les bi et les trans.

Quelques précisions par des membres de SOS Homophobie et de Bi’cause

Je voudrais aussi mettre ici quelques (pas tous – aïe aïe aïe j’espère qu’on ne va pas me taper sur les doigts : l’ensemble des commentaire sont là sous le premier billet, hein !) messages laissés en commentaires par des gens de ces deux associations. Il y a des précisions sur la façon dont les rapports sont réalisés et sur les travaux en cours, et aussi des appels à bonnes volontés… parce que oui, sous leurs airs très pro ce sont de petites structures, qui ont toujours besoin de gens et d’argent, et de coups de main… et de témoignages !

Premier commentaire de gejir :

Je comprends très bien ce sentiment de frustration de se sentir oublié, ignoré.

Cependant, il faut savoir que le rapport est écrit à partir de témoignages de victimes d’homophobie, biphobie et transphobie. Malheureusement (est-ce le bon terme), le nombre de personnes se désignant comme bi, ou se disant victime de biphobie est extrêmement faible. Il est donc difficile de pouvoir consacrer un chapitre dirons-nous sur l’aversion envers les bi.

Il faut savoir également que SOS homophobie a lancé un groupe de travail avec une autre assoce, il me semble, sur la bisexualité il y a quelque mois. Je t’engage donc peut-être à te rapprocher de l’association si tu souhaites t’impliquer dans la visibilité beaucoup plus accrue de la biphobie. Je pense que tu pourrais y apporter beaucoup de choses.

D’ailleurs, chaque année SOS homophobie cherche des rédacteurs pour son rapport, je pense que cela pourrait aussi t’intéresser de participer à l’association en tant que rédacteur, notamment sur cette question.

Love, Love, Love.

Comme gejir le suppose dans un de ses commentaires suivants, je pense qu’on peut essayer de s’adresser plus spécifiquement à la population bi. Mais c’est terriblement compliqué de bien le faire (les gens de Bi’cause en parlent dans les commentaires ci-dessous).

Commentaire de Fred, que je transmets parce que l’appel à témoignages qu’il m’adresse vaut aussi pour tout le monde (et notamment les bi qui lisent ce blog !) :

Je suis militant au sein de SOS depuis de nombreuses années (plus de 6 ans) et je trouve cette article intéressant, et relativement constructif. De même que les commentaires.

Je réagis à titre perso (et non associatif)

Comme l’a indiqué « Rédacteur », la meilleur façon de nous faire évoluer c’est d’intégrer l’association :-) L’association est vraiment très ouverte à la discussion, et pour l’avoir vécu, il est vraiment possible de faire évoluer les choses. En fait on attend même que ça !

Je précise que l’association est aujourd’hui quasiment uniquement bénévole. Nous sommes une moyenne structure, et nous avons besoin de bras et de talents.

J’ai bien conscience que tous le monde n’a pas le temps de devenir bénévole. Il existe beaucoup d’autres moyen de nous aider. Le premier étant de parler de nous et surtout d’inviter les bi (mais aussi tous les autres ;-) à témoigner.

Le formulaire de témoignage en ligne est ici : http://www.sos-homophobie.org/temoigner

Sylvius je t’invite vraiment à témoigner. A chaque fois que tu trouves un exemple, n’hésite pas à le signaler ! N’hésite pas non plus à relayer l’information. Notre formulaire de témoignage en ligne existe, la ligne aussi ( 0810 108 135 )

Si tu n’as pas le temps de nous rejoindre je n’aurais qu’un message : parle du formulaire de témoignage de SOS et utilise le ! En tant que blogueur tu as largement les moyens de relayer cette info ;-) Fais le pour nous, pour Bi’Cause : c’est le meilleur moyen de faire évoluer les choses.

Fred

Commentaires de nevermind, autre membre de SOS Homophobie, qui donne des précisions sur le fonctionnement de SOS Homophobie  :

Salut,

félicitations pour ton article qui est une critique très construite et constructive, perso en tant que militant de SOS homophobie (mais je n’appartiens pas à la commission Rapport annuel), j’essaie de faire attention à toujours parler de la biphobie dans les interventions en milieu scolaire, et j’insiste toujours, avec d’autres pour qu’elle soit nommée dans la com de l’association. Ensuite, je vais certainement répéter ce qu’ont déjà dit les autres, mais le travail d’une association repose toujours en fin de compte sur l’implication des gens ; et, même si tu as l’impression de ne pas avoir le temps ou de ne pas être qualifié, tes articles montrent de manière évidente tout l’intérêt de ce que tu pourrais apporter.

SOS homophobie compte à présent une fille au bureau chargée spécifiquement d’intégrer plus étroitement la biphobie, la transphobie et la lesbophobie au sein du travail et de la com de l’association ; par ailleurs je souhaite que le rapprochement entre Bi’cause et SOS se poursuive !

Le problème, c’est que j’ai l’impression que beaucoup de gens ont l’air de considérer que SOS homophobie est une énorme association, voire une sorte d’institution para-étatique, alors qu’en fait, nous sommes une petite structure, comme l’immense majorité des associations soit dit en passant…Une petite structure qui repose qui plus est quasi totalement sur le travail de bénévoles, c’est-à-dire de personnes non rémunérées et sans horaires fixes. Par ailleurs le rapport, on le répète souvent, est imparfait, puisqu’il repose avant tout sur des témoignages : or nous savons tous que peu de personnes, en définitive, témoignent…

Et une réaction détaillée de Nelly, présidente de Bi’cause, qui donne pas mal de précisions utiles sur son expérience de militante bisexuelle, sur Bi’cause et sur la façon dont on peut faire bouger les choses :

Hello tous

merci à Silvius pour ce gros travail d’analyse que je signalerai à la personne d’SOS Homophobie qui a décidé de s’emparer spécifiquement de la question bi…. car ça y est, depuis peu, il y a quelqu’un impliqué sur ce chantier, ce qui va changer les choses.

Il y a un constat surprenant. Au sein des associations LGBT qui se sont donné pour mission de défendre les droits des L et des G, et des B, et des T, on a pu se rendre compte avec étonnement qu’il y a des bi, mais… qu’ils ne s’occupent pas particulièrement de la question bi. C’était le cas à SOS par exemple, il y avait bien des bis mais aucun semble-t-il n’avait eu jusqu’ici l’envie ? le cran ? autre hypothèse explicative ? (mais peut importe, c’est ainsi) de consacrer sa connaissance intime ou sa fraternité de bi à une étude spécifique consacrée à la question bi et à la façon dont les bis sont traités.
Non, dans les assoces le plus souvent les bis s’oublient au bénéfice d’une cause générale, qui prend souvent l’intitulé d’ »homo quelque chose ».
Alors, aujourd’hui, à SOS c’est une femme, qui n’est « même » pas bi (et qui semble seule pour l’instant) qui a décidé de prendre en main la question bi. C’est quand même, je n’ose pas dire « un comble » mais, disons, surprenant. C’est aussi plutôt sympathique, néanmoins je trouve un peu logique à priori que des non bis ne s’investissent naturellement et spontanément dans la défense des bis, alors que les bis eux-mêmes ne le font pas…
Lorsque que nous avons souhaité ce rapprochement avec SOS homophobie lors de la Journée Internationale de la Bisexualité (JIB) 2011, nous avons aussi incité les bis militants à s’impliquer dans des associations comme SOS Homophobie pour y porter la défense des bi. Visiblement cela n’a pas eu d’écho.

Ensuite, d’après SOS homophobie lors de notre échange le 23 septembre à la JIB, les bis qui appellent n’osent pas forcément dire qu’ils sont bis (angoisse de biphobie y compris au sein de cet espace d’accueil ?). Alors certes, le protocole de questions n’est peut-être pas bien adapté aux bis (enfin, ça se module), mais il faut bien avouer que notre propre appel à témoignages pour établir une étude statistique sur les bis et la biphobie, ici à Bi’Cause, n’a pas eu non plus de retours…

Bref, sans vouloir non plus être accusatrice de quoi ou qui que ce soit, il serait souhaitable, si les bis veulent que les choses bougent pour les bis, hé bien que les bis osent ou fassent l’effort de s’impliquer davantage.
Il n’y a aucune raison que ça se fasse tout seul et il faut d’abord compter sur soi avant d’attendre quoi que ce soit des autres.

Notre expérience à Bi’Cause, c’est que si on ose agir dans le monde LGBT, et bien on parvient à faire évoluer les choses. Au conseil de mars 2012 de l’Inter-LGBT Ile de France, quand Bi’Cause a demandé à ce que la « biphobie » soit rajoutée dans le corpus revendicatif au chapitre intitulé « lutte contre l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie », cette demande a été validée sans problème à l’unanimité.
Ni les autres associations, ni les structures de l’Inter, ne font obstruction à l’identité bisexuelle. Simplement, comme pour les lesbiennes à un certain moment, comme pour les trans, il faut que les bis fassent connaître qu’il existe une biphobie spécifique et un caractère spécifique de la bisexualité.

Et on ne peut pas non plus reprocher aux non bis d’avoir du mal à appréhender la bisexualité, alors que la définition de la bisexualité n’est pas toujours évidente pour les bis non plus. C’est la raison pour laquelle Bi’Cause a élaboré sur des témoignages recueillis sur plusieurs années le Manifeste français des bisexuel(e)s.
Mais on arrive à approfondir encore et tendre à encore plus d’exactitude dans la définition synthétique en s’inspirant des études anglosaxonnes. Et chaque bi a un peu son idée là-dessus. Certaines définitions (par exemple : « la bisexualité c’est l’attirance pour plus d’un genre ou plus d’un sexe », ce qui paraît assez ouvert et synthétique comme définition) font dire à certains interlocuteur « ah c’est la pansexualité alors ». Parfois franchement on a l’impression que les neurones vont faire des noeuds.

Mais j’ai une très bonne nouvelle : les choses changent et vont continuer à changer (dans le bon sens) si on le veut. Car même si des études récentes ont bien révélé que la réalité du « placard bi » sévit encore au sein des associations et musèle les bis qui ont intériorisé la culpabilité qu’on fait peser sur eux, il nous semble qu’un frisson de « révolte » commence à se sentir. Les bis des assoces généralistes LGBT commencent à prendre en compte davantage la défense des bis. C’est enthousiasmant et encourageant.
Et, pour ce qui est de la biphobie, quand je vous dis que ça bouge, un groupe s’est constitué non seulement avec SOS Homophobie mais aussi le MAG (et Bi’Cause, donc), et quelques personnes physiques. Deux réunions de travail ont déjà eu lieu. Notre ambition est d’aboutir à la fin de ce travail à un document du genre du rapport anglosaxon. C’est un gros chantier. Vous en aurez bientôt des nouvelles, puisque cela commencera par des questionnaires.

Par ailleurs, la représentante d’SOS homophobie nous a confié des feuilles de recueil de témoignages d’SOS que nous pouvons faire remplir aux bis qui auraient été victimes de manifestations biphobes. C’était trop tard pour la publication 2012 mais c’est ouvert pour 2013. Venez à l’occasion des réunions de Bi’Cause laisser votre témoignage. Nous transmettrons ces feuilles à SOS pour nourrir le prochain rapport.

Voilà : il reste beaucoup de murs à déplacer, mais nous nous rendons compte à Bi’Cause que si on s’y colle, avec constance et détermination, les murs bougent et même plus facilement qu’on ne l’aurait cru.
Ce qui est utile, ce n’est pas de regarder vers le passé et de regretter ce qui n’existe pas, ou de s’étendre en reproches, ce qui est utile c’est de regarder vers l’avenir, sur la base de ce qui manque, pour le faire exister. L’énergie est à concentrer vers l’avant, et la solidarité aussi.
Et dans cette démarche, plus on sera à s’impliquer dans l’associatif et l’interassociatif, plus loin et plus vite on ira. Donc, si vous le pouvez, rejoignez Bi’Cause (nous avons besoin de militants actifs pour pousser nos actions), rejoignez SOS-H, rejoignez l’assoce LGBT de votre choix sur une thématique qui vous parle pour y défendre la cause bisexuelle.

Bi’amicalement à tous, et de l’optimisme :-)
Nelly, présidente d Bi’Cause

Et une seconde mise au point, qui lance notamment un appel aux bi et aux « bi-alliés » prêts à s’investir (même un peu) :

@ Red : je pense qu’il y a quand même eu du progrès dans l’acceptation des bis au sein de la communauté LGBT mais avec des variables : Paris-Province / associations-individus par exemple. Il serait intéressant d’analyser ces variables pour affiner les constats.
Pour quelques remarques à la louche, il me semble qu’à Paris on constate un moindre rejet des bi dans les structures LGBT qu’en Province.
De même, les associations mixtes (LGBT) de plus en plus prennent en compte la dimension « bi » dans leurs missions, par contre au sein de leurs adhérents, on rencontre encore des manifestations biphobes. Ces manifestations biphobes enracinent le phénomène du « placard bi », les bi qui n’osent pas faire savoir qu’ils sont bis car ils ont peur de la stigmatisation et ont même parfois intériorisé, sous forme de culpabilité de groupe, les remarques biphobes.
Et comme les bis n’osent pas non plus toujours encore taper à la porte de ces associations, même si celles-ci se veulent bi-friendly dans leurs structures, du coup tout ce qui entoure la bisexualité : sa nature, ses spécificités, ses difficultés propres… sont mal connues (d’où des remarques telles que celles de Phoebius)

Mon sentiment de militante bi, c’est que la bisexualité, comme tout ce qui est étranger aux personnes qui appréhendent une réalité différente de la leur, provoque une certaine méfiance spontanée et n’éveille pas une fraternité naturelle chez les non bis. Cependant, il suffit de discuter, de partager des choses, des moments, des actions, des manifestations, des bières, d’être présents aux actions du monde LGBT, pour que cette défiance initiale disparaisse. Tout ça est finalement assez humain.
C’est ce que nous vivons à Bi’Cause au sein de l’Inter-LGBT, aux côtés des autres associations LGBT.
Je ne vais pas redire ce que j’ai déjà écrit dans mon précédent commentaire.
Les choses se passent bien et avancent petit à petit et petit à petit les autres apprennent à mieux nous connaître, à accepter certaines différences tout en trouvant la fraternité. Il faut « juste » (je sais, il y a une peur à dépasser) oser s’affirmer et puis montrer qui nous sommes vraiment (à savoir des personnes comme les autres, avec pas plus de défauts et pas plus de qualités, avec des modes de vie divers, au-delà de notre identité bi).

Fred a raison : il faut oser s’investir en tant que bi.
Pour deux raisons :
D’abord si les LGT côtoient les bis en les trouvant sympa sans savoir qu’ils sont bis, ça n’aide pas à contrebalancer les mauvais fantasmes et clichés sur les bis. Les gens continueront de trouver untel ou untel (bi du placard) sympa, fiable, engagé, etc, tout en restant persuadés que les bis sont je ne sais pas, traîtres, inconstants, pas fiables, etc..
Et ensuite pour faire connaître activement la réalité de la bisexualité et lutter contre les clichés de façon militante.

Et j’abonde dans le sens de ce que dit Fred : on ne peut pas déplorer une réalité si on ne fait rien pour la changer.
Il ne faut pas attendre que cela vienne des autres. La réalité associative c’est ça : une association n’est pas une entité, c’est un ensemble de personnes qui donnent du temps pour ce qu’ils croient juste et ce qui leur parle.
Si la défense de la bisexualité vous parle, venez apporter vos forces vives pour la défendre et construire des actions.

Pour ce qui est des fiches de témoignage d’SOS-Homophobie, comme je le disais, nous en avons aussi (Léa nous en a données). Reste plus que les personnes viennent y déposer leur témoignage.
Et encore merci à Silvius pour ses relais
@ Silvius : il faut que je t’envoie quelques documents qui vont t’intéresser et nourrir ta réflexion

bi’amicalement
Nelly Présidente de Bi’Cause

De fait, les gens de Bi’cause m’ont envoyé plein de documentation, ce qui m’a donné pas mal d’idées pour de futurs billets sur ce blog. À suivre, donc ! 🙂

Rapport sur l'homophobie 2012 : les bi et la biphobie quasi invisibles

À l’occasion de la publication du rapport annuel 2012 de l’association SOS Homophobie, j’ai lu le rapport avec mon regard de jeune homme bisexuel… et avec mon regard militant : alors, comment y parlerait-on des bi et de la biphobie ? Le résultat est, malheureusement, accablant : il n’y a pas pratiquement rien sur nous, et, croyez-moi, ce n’est certainement pas parce que tout irait bien pour les bi en 2012.

Couverture du Rapport annuel 2012 sur l'homophobie de l'association SOS Homophobie.

Bi et biphobie dans le rapport 2012 : beaucoup de mots, presque aucune information

Dans le rapport 2012, les personnes bisexuelles et la biphobie sont principalement présents dans des énumérations. La définition de la biphobie, en page 11 (numérotation du rapport, pas du pdf), est regroupée dans une même phrase avec celle de la transphobie : « Les termes de biphobie, désignant les discriminations et les manifestations de rejet à l’encontre des bisexuel-le-s, et de transphobie, à l’encontre des trans, sont souvent associés à celui d’homophobie. » Il est vrai que le rapport se destine à un public large et que ces deux termes sont encore peu connus : mettons. Au paragraphe d’après, les bi figurent dans l’explication du sigle « LGBT ». Mais dans la suite du rapport, la plupart des autres occurrences du nom ou de l’adjectif « bisexuel-le-s » se trouvent aussi dans des énumérations : « aux dépens des gays, lesbiennes et bisexuels » (toujours en page 11) ; « violences observée cette année à l’égard des lesbiennes, gays, bisexuel-le-s et trans (LGBT) » (page 29) ; « les droits des homosexuels, des bisexuels et des trans » (page 135) ; l’homosexualité, la bisexualité ou la transidentité » (même page). La même chose vaut pour le mot « biphobie » : « les actes de lesbophobie, gayphobie, biphobie » (page 7) ; « l’homophobie (gayphobie, lesbophobie, biphobie) et la transphobie sur Internet » (page 57) ; les « personnes victimes de lesbophobie, gayphobie, biphobie ou transphobie » (page 99) ; « les discriminations racistes et LGBTphobes (lesbophobe, gayphobe, biphobe et transphobe) » (page 118) ; « les victimes de lesbophobie, gayphobie, biphobie et transphobie » (page 153) ; « toutes les formes de discrimination liées à l’orientation sexuelle (lesbophobie, gayphobie, biphobie) » (page 167).

Le constat est clair : on ne veut pas oublier les bi dans les énumérations. C’est un symbole fort de la prise en compte de toutes les minorités et de toutes les formes de discrimination (1). Ça, c’est bien.

Bon… maintenant, qu’en est-il en dehors des énumérations ?

En dehors des énumérations, eh bien… il n’y a quasiment rien.

Un coup d’œil au sommaire (en page 5) montre que si des sections à part entière sont consacrées à la lesbophobie et à la transphobie, ce n’est pas le cas de la biphobie. Or il me semble qu’une section « Biphobie » serait un ajout utile, tant par la matière, qui ne manque pas, que par le nombre de personnes concernées à qui cela permettrait de retrouver aisément les chiffres et témoignages qui les concernent directement.

Mais ne nous arrêtons pas à des problèmes de division de chapitres (qui paraîtront toujours futiles et mesquins aux yeux d’une partie des gens) et tenons-nous-en au fond.

Lorsque les bisexuel-le-s apparaissent dans les statistiques du rapport 2012, c’est la plupart du temps regroupés avec les homosexuel-le-s. Aux pages 28-29, les bisexuelles sont regroupées avec les lesbiennes dans la présentation des statistiques sur les personnes ayant contacté l’association. À la page 154, la présentation des chiffres de l’enquête menée par SOS Homophobie et le Caélif sur les représentations de l’homosexualité dans le milieu étudiant ne donne pas de statistiques distinctes pour les homosexuel-le-s et les bisexuel-le-s, à nouveau mis dans le même sac.

Ces regroupements sont peut-être plus faciles à court terme quand il s ‘agit de concevoir des enquêtes, mais ils ont des résultats catastrophiques à moyen et long terme : ils aboutissent tout simplement à prolonger l’absence totale de données sur la population bi en France. On ne voit pas les bi, on ne les connaît pas… et je ne vois pas comment on pourrait les défendre si on ne les connaît même pas. C’est là une grosse lacune, non pas du rapport, mais des enquêtes sur lesquelles il est bien obligé de se fonder, notamment l’enquête SOS Homophobie/Caélif sur le milieu étudiant. Il faut systématiquement prendre en compte à part entière les personnes bisexuelles dans les enquêtes et les sondages pour les années à venir !

Aux pages 111-112, les hommes bisexuels figurent à côté des hommes homosexuels parmi les personnes exclues du don du sang : là c’est normal puisque les hommes bi et homo sont victimes d’une même discrimination – un combat loin d’être terminé pour les LGBT.

En page 74, les bisexuel-le-s ont cette fois droit à leurs propres chiffres, dans l’enquête de l’Institut de veille sanitaire sur le suicide chez les minorités sexuelles : «La prévalence de tentatives de suicide au cours de la vie a été estimée à 10,8 % pour les femmes homosexuelles et à 10,2 % pour les femmes bisexuelles, contre 4,9 % pour les hétérosexuelles. Dans le cas des hommes, les estimations étaient de 12,5 % pour les homosexuels et 10,1 % pour les bisexuels, contre 2,8 % pour les hétérosexuels. » Enfin un chiffre ! Nous pouvons remercier François Beck et Marie-Ange Schiltz, qui ont conçu l’enquête, pour leur méticulosité.

C’est là le seul chiffre sur les bi relaté par ce rapport 2012. Ce n’est pas rien, mais c’est terriblement maigre.

Quels chiffres aurait-on pu attendre, et lesquels faudrait-il trouver dans un prochain rapport ? Il y a énormément d’autres façons possibles de connaître la population bi, ses problèmes et les discriminations dont elle est victime, comme le Bisexual Report au Royaume-Uni en a donné l’exemple il y a trois mois. Encore faut-il effectuer le travail de fond nécessaire sur le calibrage des enquêtes, des sondages et des statistiques. Bien sûr, SOS Homophobie n’a pas les moyens de mener toutes ces enquêtes. Mais il y a aussi des choses tout à fait à la portée de l’association. Pourquoi, par exemple, avoir décidé de regrouper dans un même chiffre le nombre de témoignages de femmes lesbiennes et bisexuelles, et les avoir tous classés dans « Lesbophobie » ? Ce choix de regroupement rend invisibles les femmes bisexuelles victimes de discriminations en empêchant de connaître la proportion précise de femmes bisexuelles parmi les victimes. (Accessoirement, je serais curieux de savoir s’il s’agissait de lesbophobie dans tous les cas, et pas parfois de biphobie.) Plus généralement, une présentation des proportions du nombre de victimes par orientation sexuelle déclarée, quand elle est connue, aurait été pleinement à sa place en page 17 dans la typologie générale des cas de LGBTphobie recensés, et aurait permis de connaître le nombre de bi parmi les victimes. Cette statistique figurait dans au moins certains des rapports précédents : je ne comprends pas pourquoi elle a disparu (mais il y a peut-être une bonne raison).

En dehors des chiffres, il n’y a dans ce rapport 2012 aucune manifestation de biphobie identifiée comme telle, qu’il s’agisse de témoignages ou du bilan de l’année écoulée. La biphobie n’existerait-elle plus ? SOS Homophobie n’a-t-elle pas eu de témoignages ? Manque-t-elle de données ? N’a-t-elle simplement pas eu l’idée d’inclure un exemple représentatif de la biphobie dans le rapport de cette année ? Je ne saurais le dire. Mais des manifestations de biphobie, moi, j’en entends parler souvent sur Internet, et l’année 2011 en a connu son lot. Encore faut-il prendre la peine d’y prêter attention.

À côté de ces manques criants, les clichés sur la bisexualité font une apparition dans le rapport de SOS Homophobie, ce qui est un comble. En page 89, la page « La parole à… Sébastien Carpentier » est l’occasion d’un superbe cliché psychanalytique sur la bisexualité, puisque l’homophobie est analysée comme une réaction d’angoisse face à « la bisexualité fondamentale de l’être humain ». On sait combien les associations bi luttent contre cette conception freudienne de la « bisexualité innée » qui aboutit au mythe d’une bisexualité originelle, conception plus que douteuse qui cohabite dans l’harmonie la plus paradoxale avec la négation de la bisexualité en tant qu’orientation sexuelle de plein droit. Au moins les propos de Sébastien Carpentier ne sont-ils pas présentés comme étant l’avis collectif de l’association. Mais enfin ça fait bizarre.

 Je dois préciser, en terminant ce relevé, que je n’ai naturellement pas encore lu in extenso les 174 pages du rapport : j’ai effectué un feuilletage détaillé et plusieurs recherches de mots-clés (« bisex » et « biphobie »). Il est possible que je sois passé à côté de quelque chose, par exemple un témoignage sur une manifestation de biphobie où ne figurerait ni le mot « bisexuel » ou « bisexualité » ni le mot « biphobie ». Mais un tel témoignage ne serait pas très visible pour les lecteurs et lectrices bi qui chercheraient ce genre d’information dans le rapport, ce qui ne serait pas bon signe pour la clarté et la practicité dudit rapport…

En un mot, le Rapport sur l’homophobie 2012 témoigne d’une invisibilité persistante des bisexuel-le-s et des manifestations de biphobie, y compris au sein des travaux d’une association comme SOS Homophobie. En dehors de sa définition, la biphobie n’est pas réellement prise en compte dans ce rapport, et les lecteurs n’y trouveront pratiquement rien sur les problèmes des bisexuel-le-s considérés en tant qu’orientation sexuelle/sentimentale à part entière.

Et dans les précédents rapports ?

La curiosité m’a poussé à consulter les rapports des années précédentes, éminemment pratiques puisque disponibles en ligne depuis 2003, afin de voir comment les bi et la biphobie y étaient abordés. Je vous donne le détail pour chaque année, à lire si cela vous intéresse, mais, si vous n’avez pas le temps, vous pouvez directement sauter au dernier paragraphe pour un bilan général.

Précaution préalable : pour ces anciens rapports, il faut veiller à ne pas tomber dans l’anachronisme. S’il est vrai que SOS Homophobie se devait depuis le début de prendre en compte les bisexuels dans ses rapports, le concept de biphobie, en revanche, n’a émergé que très récemment : pour autant que je le sache, son premier emploi dans une publication grand public remonte à l’article « Biphobie » rédigé par Catherine Deschamps dans le Dictionnaire de l’homophobie, paru aux Presses universitaires de France en… 2003. De toute façon, les rapports des années précédentes ne sont pas disponibles en ligne et je n’y ai pas eu accès sous forme papier, alors nous partirons de 2003.

Le rapport 2003  (ici en pdf) mentionne les bi aux côtés des homos et des trans dans des énumérations (pages 11 et 21). Mais les bi sont aussi présents dans le détail des témoignages. Dans les statistiques générales de l’association (page 21) on voit que sur les 398 personnes ayant contacté l’association par téléphone en 2002, huit se déclaraient bisexuelles (pour 338 personnes homosexuelles, 16 hétérosexuelles et 36 d’orientation inconnue). En page 62, on lit que, sur les 93 femmes ayant appelé l’association, deux se déclaraient bi (contre 56 lesbiennes, 12 hétéros et 22 d’orientation inconnue).

La revue de presse est tout aussi intéressante : en page 105, il est question d’articles parus dans Le Monde le 30 juin 200, dont l’un consacré aux revendications des bi et des trans – un point plutôt positif, a priori. Si le mot « biphobie » n’apparaît jamais dans le rapport, on voit que, en termes d’informations, il y a plus d’informations statistiques sur le nombre de bi victimes de discriminations que dans le rapport 2012 où le mot « biphobie » est partout.

Le rapport 2004 (ici en pdf), bien que ne contenant pas non plus le mot « biphobie », contient lui aussi pas mal de données précises sur les manifestations de biphobie relevées par l’association pour l’année 2003. La partie consacrée aux sites Internet est instructive : en page 17, il est question du site « Catholique et royaliste » qui publie alors un article LGBTphobe contre une manifestation où défilent des lesbiennes, des gays, des trans et des bi. En page 19, l’association dénonce le site Citeok.com, où figurait alors la recommandation suivante : « Ne seront pas acceptées les annonces à caractère homosexuel, couple, bisexuel, sm… » En revanche, le site Doctissimo fait l’objet d’un paragraphe élogieux qui mentionne son forum consacré à l’homosexualité et à la bisexualité (ladite bisexualité est ajoutée entre parenthèses).

En page 33, le très intéressant relevé de réactions d’élèves du secondaire lors d’une intervention de l’association dans un lycée de Seine-Saint-Denis montre le cliché sur les femmes bi rapporté par un(e ?) élève : « C’est plus facile de voir les lesbiennes que les homosexuels. Les femmes bisexuelles c’est bien. » (Pourquoi ? On ne le saura jamais…)

Tout aussi intéressante est la partie consacrée à l’homophobie dans la vie quotidienne : on y trouve un témoignage d’un homme bi : « Un homme, bisexuel marié, témoigne de ces peurs à la suite du chantage dont il est victime par un ancien amant. » Le témoignage est malheureusement regroupé dans un paragraphe « L’homophobie dans les lieux publics », alors qu’un tel témoignage intéresse au premier chef les hommes et les femmes bi qui risquent encore plus d’être victimes du même genre de manipulations !

Le rapport 2005 (ici en pdf) contient un peu moins de choses. En page 64, dans l’analyse des formes de l’homophobie, est rapporté un propos violemment LGBTphobe d’ un internaute qui en a contre « les homosexuels, lesbiennes, et bisexuels et personnes utilisant des accessoires » (on voit qu’aux yeux de cet internaute les bi sont regroupés dans un vaste fourre-tout de personnes anormales, qu’il voudrait « exterminer »). En page 92 est rapportée une enquête sur le suicide chez les homosexuels qui… regroupe les homos et les bi :

« Ces appels au secours font écho aux données connues sur la prévalence du suicide chez les jeunes homosexuels, et notamment l’enquête réalisée par Marc Shelly, médecin en santé publique à l’hôpital Fernand-Widal, à Paris, et David Moreau, ingénieur de recherche à l’association de prévention Aremedia. Leurs travaux, cités le 4 mars 2005 par le quotidien Libération, montrent que la probabilité qu’un homosexuel ou un bisexuel se suicide est treize fois supérieur à celle qu’un hétéro le fasse. »

Pas de chiffres distincts pour les deux populations : les bi sont en situation de « satellites ». On voit que sept ans après, les choses ne changent qu’avec une lenteur désespérante, puisqu’on commence tout juste à s’aviser qu’il pourrait être utile d’avoir des chiffres spécifiquement sur les bi.

Le rapport 2006 (ici en pdf) voit l’arrivée du mot « biphobie » aux côtés de « transphobie », en page 11. (la phrase de définition a été reprise depuis dans les rapports suivants). Les résultats de l’enquête de Marc Shelly et David Moreau, présents dans le rapport 2005, sont brièvement rappelés en page 39 dans la chronologie de l’année passée, puis à plusieurs reprises dans la suite du rapport (pages 131 et 138).

La partie consacrée au mal de vivre contient, en page 124, le témoignage d’un lycéen bisexuel qu’un camarade tente apparemment de forcer à avoir des rapports avec plusieurs personnes. En page 125, c’est une jeune bisexuelle de 24 ans qui exprime son malaise et ses problèmes de dépression après avoir été rejetée par une copine dont elle était tombée amoureuse : elle « se sent mal vis à vis de son identité sexuelle » – mais encore une fois, son témoignage de bisexuelle est regroupé avec ceux d’homosexuels, ce qui n’aide pas vraiment les lecteurs et lectrices bi à se sentir bien vis à vis de leur identité sexuelle, toujours pas prise en compte à part entière…

Aux pages 221-224, le texte de la résolution du Parlement européen sur l’homophobie en Europe, votée à Strasbourg le 16 janvier 2006, rappelle l’avancée majeure que constitue alors cette condamnation de toutes les formes de discrimination fondées sur l’orientation sexuelle, et où les personnes bisexuelles ne sont pas oubliées.

Le rapport 2007 (ici en pdf) montre que les communiqués de SOS Homophobie (récapitulés dans le rapport, comme chaque année) incluent à présent systématiquement les personnes bisexuelles, mentionnées dans des énumérations des personnes à protéger des discriminations (une lettre ouverte à Libération sur des paroles de chansons violemment LGBTphobes en page 124, un communiqué contre l’obscurantisme religieux en Iran en page 139, et un autre contre les violences occasionnées par la gay-pride à Moscou, en page 190). Mais aucun témoignage ni aucun chiffre sur les bi victimes de discrimination. La biphobie n’est abordée que dans sa définition au début du rapport (identique à celle des rapports précédents).

Le rapport 2008 (ici en pdf) contient plusieurs témoignages de personnes bisexuelles. Mais là encore, il faut les chercher un peu partout. Dans la partie sur l’homophobie dans les commerces et services figure le témoignage d’un couple de bisexuels : « Ainsi, Pierre et son ami, tous deux mariés, ne souhaitent pas porter plainte pour ne pas dévoiler leur bisexualité alors qu’ils sont victimes d’un refus de location dans un hôtel. »La partie sur l’homophobie dans la police et la gendarmerie contient le témoignage détaillé d’un policier bisexuel de 39 ans aux pages 116-117. La partie dévolue au domaine de la santé est tout aussi instructive, avec le témoignage d’une jeune trentenaire bisexuelle confrontée à un psy homophobe, en page 156. C’est le Rapport annuel sur l’homophobie qui contient le plus de témoignages de victimes se déclarant bi. Certes, elles sont visiblement confrontées à des manifestations d’homophobie plus qu’à des propos spécifiquement biphobes, mais étant donnée l’invisibilité des bi, ça n’est guère surprenant.

La partie consacrée au taux de suicide dans la population LGBT rappelle ou ajoute, en page 98, les résultats de plusieurs enquêtes. Il y a une information nouvelle incluant les bi : « L’étude de Gary Remafedi (1998) arrivait à des résultats plus alarmants encore : 28 % des répondants homosexuels ou bisexuels de cette étude rapportent avoir fait une tentative de suicide. » Mais pour une information nouvelle, on a droit à une information ancienne tronquée, puisque les résultats de l’enquête de Marc Shelly et David Moreau, qui sont à nouveau rappelés, ne mentionnent plus que les homosexuels…

Des témoignages de bi, donc, mais aucun chiffre spécifique à la population bi, reflet des manques persistants des enquêtes menées alors. Et là encore, rien de neuf sur la biphobie dans ce rapport, en dehors de sa définition au début du document (identique à celle des rapports précédents).

Le rapport 2009 (ici en pdf) est étonnamment vide. Seul point positif : le questionnaire « Contre l’homophobie, je m’engage » (page 21) laisse la liberté aux personnes interrogées de s’identifier comme bisexuelles.  En dehors de ça, à l’exception de la même phrase sur la biphobie, il n’y a ni témoignage de bi, ni chiffres sur les personnes bisexuelles. Le recul est complet.

Dans le rapport 2010 (ici en pdf). Les bi sont systématiquement mentionnés dans les énumérations des minorités sexuelles un peu partout dans les propos généraux et les communiqués. Voyons maintenant le fond. C’est mieux que l’année précédente. Le chapitre sur les agressions physiques prend en compte les bisexuel-le-s dans ses statistiques : à la page 22, les chiffres par orientation sexuelle montrent que 1% des personnes agressées se définissent comme bi. Et on trouve à nouveau des témoignages : en page 48, celui de Kevin, 15 ans, harcelé dans son établissement scolaire après avoir révélé sa bisexualité à un ami qui l’attirait ; en page 56, celui de Richard, 42 ans, victime d’acharnement judiciaire et d’une assimilation de sa bisexualité à de la pédophilie.

Le rapport 2011 (ici en pdf) vaut encore une fois surtout par les témoignages et propos qu’il rapporte. La partie sur les LGBTphobies sur Internet montre, en page 56, les propos transphobes d’un bisexuel sur Internet (décidément la preuve qu’aucune minorité n’est immunisée aux haines ou aux préjugés…). Dans le chapitre sur le mal de vivre, on trouve, mis en valeur comme « focus » en page 73, le témoignage d’un lycéen bisexuel confronté aux réactions négatives de son entourage et de sa famille :

« Antoine, 21 ans, témoigne des difficultés qu’il a eues pour s’affirmer bisexuel. L’école ne l’a pas aidé car elle est le lieu où se mettent en acte les pensées homophobes transmises par la famille : « Dans la cour de récré du collège, les gars se traitaient de PD, de tapettes (…), difficile d’assumer une attirance pour les garçons quand on se rend compte que ladite attirance est sujette à raillerie et à l’origine d’insultes assez violentes. » Antoine a pris conscience à 18 ans que sa bisexualité n’était pas, comme les préjugés peuvent le montrer, une simple histoire de sexualité, mais que cela touchait les sentiments. Suite à sa rencontre avec un autre homme, il a mesuré l’impact de l’absence de modèles positifs. Antoine a refusé toute relation durable car c’était affirmer sa bisexualité. Il a préféré les histoires d’un soir, et a nié ainsi la possibilité que son orientation sexuelle implique des sentiments véritables. Il témoigne des différentes réactions face à l’affirmation de sa sexualité : toutes sont blessantes, dit-il, même les plus positives, car dans un sens elles l’amènent à se sentir différent. Aujourd’hui encore, il redoute de le dire à ses parents. Il a peur de leur réaction et se sent blessé de leur difficulté à l’envisager d’eux-mêmes. Les remarques allant toujours dans le sens d’une vision hétérosexuelle (« quand est ce que tu ramènes une copine à la maison ? ») blessent Antoine, qui comprend que sans coming out, ses parents ne chercheront pas à considérer leur fils autrement qu’hétérosexuel. »

À côté de ça, plus la moindre statistique sur le nombre de bisexuel-le-s parmi les personnes ayant contacté l’association, et toujours rien sur la biphobie en tant que telle, en dehors de la désormais acquise définition en début de document.

Conclusion : un traitement aléatoire et trahissant un manque de vrais moyens

Ce qui ressort de ce survol général des anciens rapports, c’est le caractère étonnamment aléatoire de la part réservée aux bisexuels d’une année sur l’autre. C’est particulièrement frappant en ce qui concerne les chiffres : si SOS Homophobie semble avoir mis au point avec le temps des techniques bien rôdées permettant de cerner précisément les différentes formes d’homophobie, leurs contextes et les personnes qui en sont victimes, et si ces techniques ont été récemment appliquées aussi à la lesbophobie et à la transphobie, la prise en compte la plus basique de la population bisexuelle parmi les victimes ne paraît toujours pas acquise. D’une année sur l’autre, on a des chiffres ou non.

Pour les témoignages, ce n’est pas la même chose, car tout dépend évidemment des appels et des messages reçus par l’association dans l’année écoulée. Mais on peut se demander si tout est fait pour cibler les bi autant que les autres populations. De fait, des bi qui ont des problèmes, il y en a : les témoignages ne laissent aucun doute là-dessus.

Mais ce qui me frappe le plus dans ce parcours, c’est la façon dont la biphobie en tant que telle n’a, au fond, pas du tout été prise en compte par ces rapports. Certes, le mot est apparu en 2006, mais c’est à se demander si l’association elle-même a vraiment compris ce qu’il désigne. Six ans après, il n’y a toujours pas de section ou même de paragraphe consacré spécifiquement aux manifestations de biphobie ou aux témoignages de biphobie. On se contente de copier-coller la définition d’un rapport à l’autre, et d’ajouter « bisexuel-le-s » ou « biphobie » dans les énumérations des minorités LGBT. Bref, on se paye de mots et de symboles, mais le vrai travail, l’étude de la biphobie comme phénomène spécifique, n’est toujours pas commencé !

Le plus étonnant, c’est que les anciens rapports sont parfois plus riches et plus précis que les récents, par exemple en ce qui concerne les manifestations de biphobie sur Internet. Dans la communauté bi, c’est une vérité quotidienne que ces discriminations biphobes, sur les forums gays et lesbiens ou les sites de rencontre par exemple, de même que les clichés véhiculés par les articles de journaux et l’imagerie du « bisexuel chic ». Mais il n’y a rien dans les rapports. Officiellement, ça n’existe pas.

Est-ce si dérangeant de parler de cette biphobie ordinaire si répandue au sein même de la communauté LGBT ?

Contre l’occultation des bi et la biphobie, tout reste à faire

Je suis mécontent et triste de parvenir à un tel constat. Je me garde bien d’en tirer une conclusion unilatérale : j’ai la plus grande admiration pour les activités de l’association SOS Homophobie, et je n’aurais pas une seconde l’idée de lui faire un procès d’intention. Mais en termes de résultats, le constat est accablant. La population bi n’est pas assez prise en compte dans ce rapport, les types de problème qu’elle rencontre ne sont pratiquement pas représentés, et les bi restent noyés au sein de statistiques générales, ce qui ne permet même pas d’évaluer la nature et la fréquence de ces problèmes.

Or, un résultat si pauvre trahit un manque de réel investissement, en termes de calibrage des statistiques et des enquêtes et en termes d’études de la vie quotidienne des bi et des manifestations de la biphobie en tant que phénomène spécifique, distinct de l’homophobie par exemple. Il est important de changer cela, et cela nécessite un travail de fond.

La part la plus compliquée de ce travail – mais aussi celle que SOS Homophobie est la plus à même d’accomplir – consistera à recueillir des témoignages sur la biphobie. Entreprise ardue à laquelle l’association Bi’cause vient de s’attaquer en lançant un appel à témoignages de son côté, mais il est tout aussi important que SOS Homophobie emploie les structures, les volontaires, les moyens et le savoir-faire dont elle dispose déjà pour aider à cette tâche. Je crois d’ailleurs avoir lu que des travaux communs entre Bi’cause et SOS Homophobie sont aussi prévus.

La biphobie existe, tous les bi en parlent, mais au moment de le leur faire dire aux associations qui peuvent s’en occuper, c’est une autre paire de manches. L’esprit communautaire n’est sans doute pas le même chez les bi que chez les homos, et les formes que revêt le rejet des bi sont différentes, souvent plus insidieuses, consistant autant en une occultation de leur existence et en clichés mensongers qu’en rejets brutaux et directs. Mais les dégâts causés par ces rejets existent eux aussi bel et bien, et il est primordial qu’ils ne soient pas occultés aussidans un document aussi important que le Rapport annuel sur l’homophobie.

Je ne peux donc qu’appeler toutes les associations, les associations de personnes bisexuelles comme les associations LGBT généralistes, à redoubler d’attention afin de mieux cerner les problèmes spécifiques aux personnes bisexuelles et de mieux recueillir leurs témoignages, et afin d’obtenir enfin des statistiques permettant de mieux cerner la population bi au sein des victimes de discriminations.

Mais il faut aussi en appeler aux personnes bisexuelles elles-mêmes, qui ne semblent pas avoir encore assez le réflexe de s’adresser aux associations comme SOS Homophobie ou Bi’cause lorsqu’elles sont en butte, sur Internet ou ailleurs, à des manifestations de biphobie ou à des propos cousus de clichés. Ne croyez pas qu’on ne peut rien y faire : on peut, mais si vous voulez faire changer les choses, il faut témoigner ! Aucune association ne peut rien faire si les intéressés eux-mêmes ne prennent pas le temps de parler.

En ce 17 mai, je vous souhaite à tou-te-s une bonne Journée internationale de la lutte contre l’homophobie, la transphobie… et la biphobie !

EDIT : voici une mise au point et un complément sur cet article, intégrant des informations qui m’ont été données par des gens de SOS Homophobie et de Bi’cause au cours de la discussion qui a suivi la publication de l’article.

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(1) Sauf que ça ne marche pas à tous les coups. Tenez, en page 13 par exemple, dans « Comment est réalisé le rapport sur l’homophobie ? », il est précisé que « Ce document n’est donc pas le recensement exhaustif de toutes les manifestations homophobes, lesbophobes ou transphobes survenues en 2011″… pas de manifestations de biphobie dans l’énumération, cette fois. Ça me fait bizarre. Ah ben désolé, à force de voir les bi scrupuleusement inclus dans les énumérations là où ça relève de la précaution diplomatique, je m’attendais à nous trouver aussi dans la partie où on parle vraiment du contenu !