[Evénement] Bi'cause le 26 juillet : bi'envenue mensuelle

Les activités de l’association bisexuelle parisienne Bi’cause, bien que ralenties pendant les vacances, continuent néanmoins tout l’été sous la forme des réunions mensuelles « Bi’envenue », destinées avant tout aux nouveaux venus souhaitant venir parler de bisexualité avec les membres de l’association.

Celle du mois de juillet aura lieu ce jeudi 26 juillet, à partir de 20h, au Banana Café (lieu habituel des Bi’envenues). L’association se réunira comme d’habitude au sous-sol du café, dans la salle du piano-bar.

Une Bi’envenue aura également lieu au mois d’août, toujours à la fin du mois : elle est pour le moment prévue pour le 30.

Outre les annonces que je relaie ici, vous pouvez vous tenir au courant des activités de l’association par la page d’agenda de son site, ou bien par le profil Facebook.

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Brèves en retard de la Marche parisienne

(Oui, bon, on est déjà à la mi juillet, et alors, tout le monde peut avoir du retard…)

Donc je suis allé à la Marche des fiertés parisienne le 30 juin, il y a un peu plus de deux semaines. Ce n’était pas ma première Marche, loin de là, ça doit faire trois ou quatre ans que j’y vais, mais cette fois j’ai fait toute la manif près du cortège de Bi’cause, histoire de donner un coup de main pour une fois. C’était différent des années précédentes, et un brin plus éprouvant, mais je suis plutôt content de l’expérience. Je ne me sens pas de faire un grand récit complet, parce que je n’ai pas le temps et parce que j’ai sûrement déjà oublié des choses, alors je me contenterai de brèves, de bribes et d’aperçus (comme des tranches de vie mais en plus fin).

Mais avant tout, je tiens à clouer le bec aux mauvaises langues qui racontent encore que Bi’cause n’était pas visible à la marche, ou qu’on n’a pas vu son char, etc. : c’est faux, et j’ai une photo pour le prouver ! Bi’cause était là, comme les années précédentes, et son cortège ressemblait à ceci :

Là, comme ça, l’an prochain, vous saurez que la camionnette avec écrit « BI » en gros dessus et avec une bannière « Bi’cause » devant… c’est Bi’cause. Non, ça n’est pas très spectaculaire, mais je rappelle que Bi’cause est encore une toute petite structure par rapport au rôle qu’elle a à jouer à l’échelle nationale et auprès des autres organisations LGBT parisiennes, donc si vous voulez voir un char « Bi’cause » gigantesque avec une sono d’enfer et une décoration à faire passer les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence pour des jésuites ayant fait vœu de monochromie, vous n’avez qu’à leur donner des sous et venir donner un coup de main pour la déco. Voilà, ça, c’est fait.

Maintenant, quelques instantanés :

– Équipement pour la circonstance : lunettes de soleil, mon ignoble chapeau informe, une bouteille d’eau et un drapeau arc-en-ciel. Le tout indispensable, vu le soleil de plomb qui a dardé tout l’après-midi. Je n’avais pas encore de drapeau bi, mais j’en ai un maintenant : les gens de Bi’cause en vendent pendant la marche (ça et des boissons fraîches). Tarif réduit parce que j’étais adhérent, youpi. J’ai pu faire ma première Marche aux couleurs bi.

– Mis un petit moment à retrouver la camionnette Bi’cause dans la foule sur la place. Accueil très sympathique des gens du bureau de l’association et de plusieurs sympathisantes déjà sur place. Une majorité de femmes, et idem pendant la suite de l’après-midi (ben alors les mecs ?). Ambiance fort sympathique, et même familiale dans plusieurs cas.

– Le départ près de la tour Montparnasse : infernal. (Zut, ça fait un nul jeu de mots.) Mais vraiment infernal : le soleil encore au zénith qui tapait à mort (merci le chapeau pour ne pas finir cramé directement), la chaleur, bon, ça allait encore. Le bruit : l’énôôôrme camion de la Région Île-de-France n’a pas cessé de lancer des coups de klaxon assourdissants et interminâââbles toutes les trente secondes, et hélas pour nous ils étaient juste derrière nous dans le cortège. Deux théories : soit c’était un sourd du genre Quasimodo au volant, soit ils espéraient disperser la foule agglutinée autour des chars et notamment juste devant le camion, pratique pour se faire écraser. Dans ce dernier cas, l’espoir fut hélas vain.

– Le départ de la place a été extrêmement laborieux pour les conducteurs des chars : la foule était énorme et se pressait dangereusement contre les camions. Il faut bien voir deux choses : d’abord, conduire un véhicule à la Marche, c’est terriblement délicat, ça suppose de faire des kilomètres à genre deux à l’heure en s’arrêtant et en repartant à intervalles rapprochés et imprévisibles ; et ensuite, le faire quand une foule de gens tous complètement ailleurs (à cause de la fête, des amis, de l’alcool, de cigarettes qui puent etc.) reste collé aux flancs des camions et que des dizaines de petits pieds joyeusement dénudés se posent toutes les deux secondes à quelques centimètres (ou millimètres) des roues, c’est carrément anxiogène. Le cordon blanc que tiennent les bi sur la photo délimitait le périmètre de sécurité obligatoire pour éviter tout accident. Ils ont eu beaucoup de mal à le mettre en place au début (la blague pas drôle : les gens bouteille en main qui se baissent gaiement pour passer sous le cordon puis devant la camionnette comme si la corde était là pour faire joujou). Les choses se sont heureusement calmées ensuite et les cortèges ont pu mieux circuler.

– La Marche… comment dire ? C’est un mélange improbable entre une manif politique et les Saturnales. Il y a tout, il y a de tout. Des associations qui sont là pour faire entendre leurs revendications sur les droits des LGBTIQQ+++. Des chars représentatifs d’absolument toutes les tendances, toutes les communautés et sous-communautés, toutes les identités et fluctuations d’identités, toutes les pratiques, tous les goûts. Et puis des gens qui sont là pour voir, et d’autres encore qui viennent pour faire la fête comme ils auraient pu aller en boîte,  pour s’assourdir dans la musique, boire, brailler, parler de cul, se rincer l’œil et s’exhiber, sans trop connaître le rapport avec quoi que ce soit du genre droits de l’homme, études sur le genre, Stonewall ou quoi que ce soit d’autre. Tous espèrent se retrouver dans quelque chose, une partie espère surtout se retrouver dans quelqu’un (ou l’inverse). Bref, c’est la pagaille. Je fais partie des gens qui râlent régulièrement contre ce côté à double tranchant de la Marche : je crains que son aspect de protestation politique finisse par trop s’effacer, et je m’inquiète de ce que son côté « fête du cul » peut donner pour l’image des LGBT dans le pays. Mais toutes les Marches ne sont sans doute pas comme celle de Paris. Et je crois que j’aime bien quand même. Même une fête du sexe, ça garde un côté protestataire par les temps qui courent.

– Des jeunes, des âges moyens, des vieux, des enfants, même des bébés (sérieusement, c’est un endroit pour un bébé ?). Des gens isolés, beaucoup de groupes d’amis, et beaucoup de familles : les LGBT parias chassés par les parents, visiblement, ce n’est plus la tendance, et c’est chouette.

– Les drag queens, dans des tenues plus ou moins élaborées, de plus ou moins bon goût, mais toujours voyantes, souvent ingénieuses, et dans un nombre non négligeable de cas, tout simplement à tomber par terre.

– Un type avec d’énormes ailes de papillon en tissu peint dont l’armature avait visiblement été bricolée avec des cannes à pêche. Et ça rendait bien.

– Les gens qui s’entassent debout sur les toits de cabines téléphoniques : un jour je vous verrai tomber, j’espère que vous n’aurez pas les deux bras cassés, parce que même si c’est l’endroit idéal pour appeler le samu si on tombe, il faut quand même le décrocher, le téléphone…

– Un des plaisirs de l’après-midi a été de voir des gens arriver et se joindre spontanément au cortège des bi. Je suis bi, nous sommes bi. C’est bête, mais c’est bon de ne plus se sentir seul. J’ai le même sentiment dans une réunion d’association ou à un rendez-vous DVV* de forum, mais à la Marche, c’est à une autre échelle : il ne s’agit plus de se voir en petit comité dans un bar LGBT, ou de discuter dans un bar sans revendiquer une identité quelconque. À la Marche, on est au grand jour. On peut se dire : je suis comme ça, je ne suis pas seul, ce n’est pas anormal, ce n’est pas non plus un crime ou un vice, c’est une façon d’être qui a et doit avoir sa place dans le monde et dans la société.

– Tractage. J’ai participé au tractage. Recette pour un bon tractage : une bonne pile de tracts, pas trop grosse histoire d’avoir un espoir de la distribuer complètement ; de bonnes jambes pour pouvoir circuler autour du cortège, partir un peu en avant ou au contraire le rattraper au besoin, et surtout aller chercher la foule dans les moments où (miracle) il y a un espace de respiration entre la foule et les chars. Avantage des lunettes, du chapeau et des divers symboles bi qu’on peut aborder : ça crée comme un costume de militant dans lequel je me sentais plus en confiance. Après tout, passer devant une foule d’inconnus dans un contexte où évidemment ils sauront que je suis bi, c’est déjà impressionnant, alors tenter en plus de les convaincre de s’intéresser au sujet…Bref, très intimidant au début, mais j’ai appris sur le tas :

Conseil n°1 : se dire que par défaut le quidam ne prend pas le tract. Cela évite de se décourager si la pile peine à partir.

Conseil n°2 : ne pas insister lourdement. Ne pas non plus être parano et s’imaginer que ceux qui ne prennent pas le tract sont forcément de sales biphobes. Inutile aussi de se lancer dans de grandes explications sur la bisexualité dans ce contexte-là : ça marche bien avec une personne ou à la rigueur un groupe, mais pas quand on est en train de défiler devant une foule. En ayant simplement la pile à la main d’une façon qui permette de voir ce que c’est, en marchant assez près de la foule avec un tract tendu à la main, sans tenter de le refiler à toute force à une personne en particulier, ça va bien. Les gens ne se sentent pas agressés et ceux qui sont intéressés peuvent prendre un tract.

Conseil n°3 : la politesse c’est pour les humains. Personnellement je disais merci quand quelqu’un prenait un tract (même que c’était sincère, ça fait franchement plaisir).

Conseil n°4 : si quelqu’un a l’air d’hésiter, ralentir l’air de rien, voire s’arrêter si quelqu’un à côté veut un tract. Parfois les gens ont besoin de temps pour prendre la décision de prendre un tract. Pas de problème, on n’est pas là pour faire la course. Après tout on n’est pas pressé un jour de Marche.

Conseil n°5 : la distribution de tracts, comme un peu tout, est foncièrement chaotique et irrégulière. Il peut se passer cinq minutes complètes sans que personne ne soit intéressé, et puis d’un coup tout un groupe en veut.

Hébin finalement il en est parti pas mal, des tracts…

  – Entendu dans la foule : une femme qui disait en substance (j’ai oublié la formulation exacte) que les bi cherchent les problème. Elle concluait : « Ben oui, ils pourraient être hétéros ! » Ben non.

– Le type bourré qui prenait les tracts les uns après les autres, pour lui, et les froissait, et continuait à essayer d’en prendre d’autres, juste pour faire ch*** le monde.

– Vu près de la camionnette : une fille avec un panneau : « Don’t hate me because I’m bi, hate me because I stole your chick » (« Ne me déteste pas parce que je suis bi, déteste-moi parce que je t’ai piqué ta copine »).

– Moyen facile de rire sous cape : entendre un groupe de filles occupées à pouffer de rire en parlant des bi, visiblement pas pour écrire un éloge à leur sujet ; faire le naïf et leur tendre un tract avec un sourire dentifricesque : « Vous voulez des infos sur les bi ? » Fou rire gêné, certaines ont pris des tracts.

– Vu devant le cortège : une fille portant dans le dos un tatouage reproduisant l’inscription sur l’Anneau Unique dans Le Seigneur des Anneaux, avec ses pleins et ses déliés finement reproduits, courant le long de la colonne vertébrale de la nuque jusqu’à très bas. Somptueux.

– 14h-17h en seconde sans jamais caler. Bravo au conducteur.

– Souvenirs du démontage à la Bastille : beaucoup de tissu violet, énormément de scotch.

– La Bastille pour qui va à la Marche à Paris : Le Mauvais Plan. Le soleil de plomb, le retour (pas un arbre sur cette place, ou alors jamais assez de feuilles à l’arbre pour faire une ombre digne de ce nom). La foule qui se réentasse en peinant à avancer. Les CRS toujours nerveux pour rien qui font genre je disperse la foule profane alors qu’on fait partie des équipes des cortèges. Et surtout, la plaie par excellence de la Bastille : jamais, jamais de réseau. Chaque année ça nous rejoue les mêmes tours. Pas moyen d’appeler, ni d’envoyer un sms, ni même de recevoir ceux qu’on vous envoie. Manqué plusieurs amis comme ça. Croisé Prose qui tentait de retrouver des Yaggeuses et se trouvait dans la même galère que moi (j’espère que tu les as retrouvées finalement !). Pour l’an prochain c’est bien noté, surtout pas de rendez-vous à la Bastille…

Voilà. Au retour j’étais complètement crevé et le soleil avait tout de même trouvé moyen de me griller le bout du nez (seule partie de moi qui dépassait du chapeau), mais j’étais tout de même bien content. J’ai aussi l’impression qu’on était plus nombreux que les années précédentes. Venez voir le cortège des bi l’an prochain !

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* Dans la Vraie Vie. In real life ou IRL pour les frangleurs.